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Interview de Luc Chauvin, Conseiller régional de l’UNICEF pour l’urgence en Asie, à Peshawar.

Samedi, 21 août 2010
Interview de Luc Chauvin, Conseiller régional de l’UNICEF pour l’urgence en Asie, à Peshawar.

La ville de Peshawar est le chef-lieu de la province de Khyber-Pakhtunkhwa, la première à avoir été touchée par les inondations qui ont affecté près de 2,5 millions de personnes.

Quelle est la situation actuelle dans le nord-ouest du pays ? Est-ce que les pluies se sont calmées ?

Luc Chauvin : En ce moment, il ne pleut pas ici dans le nord-ouest, mais nous devons faire face aux ravages qui sont énormes : l’infrastructure est largement détruite, par exemple plus de 200 écoles et 40 hôpitaux et centres de sante ont été endommagées ou entièrement détruites. Et il faut savoir que nous avons encore devant nous un bon mois de mousson; des pluies importantes sont donc encore possibles voire probables.

Est-ce que certaines populations sont encore coupées du reste du monde ?

Oui, malheureusement, nous n’avons toujours pas accès à tous les villages. En plaine dans cette province, ça va, mais le problème, ce sont les zones montagneuses où il y a encore des villages hors d’accès. Dans le district de Kohistan par exemple, 31 communautés villageoises sont quasiment totalement isolées à ce jour. Le seul mode d’accès actuellement pour ces zones, c’est l’acheminement de l’aide humanitaire par hélicoptère, à pied ou par convois de mules, ce qui est très lent pour ces deux derniers modes de transport. Nous avons besoin de plus d'hélicoptères. Les Nations Unies ont active le Service Humanitaire Aérien (UNHAS) et trois hélicoptères sont attendus prochainement ce qui devrait faciliter l'acheminement de l'aide, qui pour l'instant sur les moyens de l'armée Pakistanaise et Américaine.

Le risque de maladies est énorme, surtout pour les enfants. En quoi consiste l’aide d’urgence de l’UNICEF pour les enfants ?
Dans notre région, nous distribuons de l’eau potable à environ 750'000 personnes, mais 2,5 millions de personnes au moins sont concernées et près de la moitié sont des enfants. Nous devons donc élargir très rapidement nos interventions pour éviter une flambée de maladies qui sont propagées par les eaux contaminées. En même temps, nous avons commencé à remettre en état les systèmes d'adduction en eau qui avaient été détruits dans de nombreuses villes et villages. Mais tant reste à faire!

Nous fournissons également des compléments nutritionnels aux enfants, car il faut savoir que 15-20% des enfants sont mal nourris dans la région – et nous n’avons pas encore atteint tous les enfants. Le 17 août, nous avons entrepris une campagne de vaccinations contre la rougeole dans le district de Peshawar, entre autres dans les écoles qui servent de camp provisoire.

Le début de l’année scolaire a été repoussé de 15 jours – est-ce que les enfants pourront bientôt retourner à l’école ?

Oui, l’année scolaire commencera le 1er septembre, mais il n'est pas sur loin de là que tous les enfants pourront retrouver leur école. En effet rien que dans la province de KPK plus de 1000 écoles sont actuellement occupées par des personnes déplacées par les inondations. Il est évident que toutes ces familles n'auront pas trouvé un nouveau toit d'ici là. L’UNICEF fournit des tentes provisoires et du matériel scolaire pour que les enfants puissent aller à l’école même sous des structures provisoires, en attendant que les écoles soient réhabilitées ou reconstruites. Par la suite, l'UNICEF appuiera la reconstruction des écoles, où nous avons une grande expérience après le tremblement de terre de 2005 ici, notamment grâce à une coopération avec la Coopération Suisse (SDC) qui a été exemplaire.

Comment fonctionne la collaboration avec les autres organisations sur place ?
Cette zone du Nord Ouest Pakistan connaît depuis près de deux années une crise humanitaire liée aux affrontements entre l'armée Pakistanaise et insurges Talibans et la coordination multisectorielle fonctionne bien : l’UNICEF est responsable des secteurs eau/assainissement, nutrition et éducation en collaboration avec différentes ONG, et tous les projets sont toujours coprésidés par les ministères respectifs. Dans le sud du pays sur les provinces du Punjab et du Sindh, par contre, il y a moins d’organisations humanitaires, ce qui pose aujourd'hui des problèmes de coordination importants – et continuera d’en poser au moins dans le court terme.

D’après ce que vous observez, y a-t-il des choses encourageantes – même des petites choses – pour les gens ?

Il y a une frustration, c’est sûr, des populations qui attendent beaucoup des organisations humanitaires et qui sont logiquement exaspérées par la lenteur de la mise en œuvre de l’aide fournie par la communauté internationale. Mais entre-temps, 50% des moyens financiers requis dans l'appel des Nations unies pour l’aide d’urgence ont déjà été promis. On attend maintenant, d'une part, un décaissement rapide de ces fonds et, d'autre part, une augmentation substantielle des contributions des pays donateurs. Il est d'ores et déjà clair que le chiffre de 459 millions de dollars demandés par le Secrétaire Général de l'ONU pour l'aide d'urgence devra être revu à la hausse d'ici un mois, tant les besoins sont immenses. Imaginez un territoire grand comme l'Angleterre sous les eaux et ça vous donne une image du niveau des dégâts pour les infrastructures, les récoltes, les habitations... C'est énorme et les enfants sont au premier rang de ces millions de victimes. Il faut vraiment que la communauté internationale se mobilise sans attendre. 
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