Quelques histoires venues de là-bas
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« D’une certaine manière, c’est grâce au tremblement que j’ai ce petit garçon en pleine forme »
Le 9 décembre 2010
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| Lucienne et Sébastien, 8 mois. ©UNICEF Haiti/2010/McBride |
Au cœur de Mais Gate, un camp de tentes pour les personnes déplacées par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Lucienne et Sébastien ont trouvé un havre de paix : la tente Amie des Bébés soutenue par l’UNICEF.
Sébastien, âgé de huit mois, est un enfant éveillé et souriant. Il tient presque debout tout seul. Julienne est fière de son fils, un exemple de bébé bien nourri pour les autres jeunes mamans. Selon elle c’est grâce aux infirmières de la tente Amie des Bébés que Sébastien, né quelques semaines après le séisme, est en si bonne santé : « Avant le tremblement de terre, je ne savais pas comment m’occuper d’un bébé, et je ne connaissais rien sur l’allaitement », dit-elle. « D’une certaine manière, c’est grâce au tremblement que j’ai ce petit garçon en pleine forme ».
| Les habitants de Mais Gate vivent dans des conditions difficiles. ©UNICEF Haiti/2010/McBride |
Mauvette, l’infirmière en chef, a déjà vu passer plus de 450 femmes dans sa tente depuis qu’elle a été installée début février. « Expliquer aux parents l’importance de l’allaitement exclusif et la manière de prendre soin des enfants est crucial dans ces conditions difficiles. Beaucoup de mères qui viennent ici ont nourri leur bébé avec d’autres liquides après la naissance et avec des aliments solides avant leurs 6 mois » dit-elle. « Grâce à nos actions d’éducation, nous sommes capables de les convaincre d’allaiter, et leurs enfants grandissent bien ! ».
L’équipe de la tente Amie des Bébés travaille aussi à dissiper les mythes associés au séisme. Beaucoup de femmes craignent, par exemple, que leur lait ait été affecté par le tremblement de terre et fasse du tord à leur bébé. Les sessions d’éducation de Mauvette et son équipe rassurent les mamans : aujourd’hui 80% des mères qui fréquentent la tente allaitent leur enfant.
Prévenir le choléra
Pendant ce temps, dans le camp, les familles vivent, sans intimité, dans des tentes fournies par les agences humanitaires ou sous des abris de bâches improvisés. Ce n’est pas que rien n’ait été fait depuis la catastrophe, mais remettre sur pied toute une capitale et ses environs prend du temps. Même avec les moyens modernes d’un pays riche, cette tâche prendrait des années. D’autant plus que Port-au-Prince était une ville particulièrement pauvre, surpeuplée et chaotique avant le séisme.
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| Mauvette, l’infirmière en chef, a fortement renforcé les mesures de prévention du choléra. ©UNICEF Haiti/2010/McBride |
Dans le camp de Mais Gate, des hommes, des femmes et des enfants se dirigent constamment vers les points d’eau installés afin de remplir des bidons pour boire, se laver et cuisiner.
La tente Amie des Bébés est un havre de paix en cette période de choléra, qui est apparu en Haïti fin octobre. Toute personne qui entre dans la tente doit se laver les mains avec de l’eau traitée au chlore et du savon. Mauvette garde un œil sur tous les visiteurs. Lorsqu’ils ne se lavent pas correctement les mains, elle leur fait une démonstration et leur explique l’importance de prévenir le choléra. « Chacune des mamans reçoit du savon, des Sels de Réhydratation Orale et des tablettes de purification d’eau », explique l’infirmière. « Les tentes Amies des Bébés ne sont pas seulement un endroit où apprendre l’importance de l’allaitement, elles sont aussi cruciales pour divulguer les informations que les parents ont besoin pour maintenir leur famille en bonne santé, et pour éviter à tout prix que le choléra ne se répande davantage ».
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« Nous n’avons pas de toilettes. Nous utilisons un seau et nous le vidons dans les égouts à ciel ouvert »
Le 9 décembre 2010
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| Délivrance avec 3 de ses 7 enfants dans le petit abri qui lui sert de maison depuis 10 mois. ©UNICEF Haiti/2010 |
Délivrance, une maman de 39 ans, vit avec ses 7 enfants dans une structure de béton inachevée à Cité Éternelle, un des quartiers les plus pauvres et les plus densément peuplés de Port-au-Prince. « Après le tremblement de terre du 12 janvier, notre famille a vécu dans des conditions inhumaines », raconte-t-elle. « Mon mari a été tué lors du séisme. Nous dormions dans la rue, jusqu’à ce qu’un ami nous autorise à rester ici ». Un an après la catastrophe, ces conditions de vie difficiles peuvent interpeler. Cependant, au vu de l’ampleur des dégâts, du nombre de personnes affectées et de la situation de Port-au-Prince avant le tremblement de terre, il est normal que le travail de reconstruction d’une zone si vaste et dense prenne du temps, même avec d’énormes moyens.
Comme dans la plupart des quartiers de la capitale, et comme c’était déjà le cas avant le séisme, Cité Eternelle n’est pas approvisionné en eau courante et en installations sanitaires. Les égouts à ciel ouvert, remplis de déchets, obstruent les ruelles étroites. « Nous n’avons pas de toilettes. Nous utilisons un seau et nous le vidons dans les égouts à ciel ouvert », explique Délivrance.
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| Délivrance est allée chercher de l'eau au point d’eau communautaire. ©UNICEF Haiti/2010 |
Ces conditions sont très préoccupantes en temps de choléra. C’est pourquoi les campagnes de prévention du choléra de l’UNICEF ciblent en priorité ce type de quartier. Partout dans Cité Eternelle, les équipes d’agents de santé communautaire ont accroché des posters montrant aux habitants ce qu’ils peuvent faire pour se protéger et pour traiter la maladie. Aux points d’eau, ils diffusent aussi des messages par haut-parleurs et distribuent des tablettes de purification d’eau fournies par l’UNICEF.
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| Délivrance traite l’eau qu’elle est allée chercher au point d’eau communautaire avec des tablettes de purification d’eau fournies par l’UNICEF. ©UNICEF Haiti/2010 |
Délivrance en reçoit chaque fois qu’elle va remplir son seau de 15 litres qui permet à sa famille de boire, de cuisiner et de se laver pendant 2 jours. Elle dit : « Je ne peux pas être certaine que l’eau que je viens chercher ici a été traitée et est vraiment pure, mais au moins avec les tablettes de purification, je suis sûre que mes enfants peuvent la boire sans danger ».
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Une famille réunie
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| Les filles de Joseph et Marie. Le programme soutenu par l’UNICEF a permis aux deux ainées de retrouver leur famille. ©UNICEF/Haiti/2010/McBride |
Le 13 décembre 2010
Joseph Charles* et sa femme vivaient à Leogane, une ville proche de l’épicentre du tremblement de terre du 12 janvier 2010, avec leurs 3 filles. Parmi elles, des jumelles de 12 ans : Latima et Karline. Avant le séisme, Joseph cultivait du riz et gagnait de très maigres revenus. Son épouse vendait des fruits et légumes au centre ville. Comme beaucoup d’autres survivants du tremblement de terre, la catastrophe a détruit leur maison et leur a retiré leur modeste salaire.
Lorsqu’on leur a proposé de placer leurs jumelles dans un centre résidentiel, Joseph Charles et son épouse, incapables de subvenir aux besoins de leur famille, ont accepté. Ils savaient que c’était sans doute la seule solution pour permettre à leurs filles d’avoir accès à l’eau, à de la nourriture et à un abri. « J’étais embarrassée et honteuse », dit Marie, la maman des 3 filles. « Ce fut la chose la plus difficile que je n’ai jamais eu à vivre ».
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| Latima et Karline, heureuses d’être de retour à la maison avec leur petite sœur Jocelyn (qui n'est pas sur la photo). ©UNICEF/Haiti/2010/McBride |
Les parents de Latima et Karline pouvaient leur rendre visite toutes les deux semaines, mais chaque fois qu’ils devaient se séparer de leurs filles, cela leur fendait le cœur. « Nous avions l’impression que nous avions échoué dans notre devoir de parents », disent-ils.
« 40% de tous les enfants enregistrés par le groupe de travail** étaient séparés de leurs parents avant le tremblement de terre », explique le responsable de la protection des enfants pour l’UNICEF en Haïti, Jean Lieby. « Ces inégalités flagrantes de la société haïtienne ont encore été exacerbées par le séisme ».
Afin de réduire ces inégalités, l’ONG Terre des Hommes en collaboration avec l’UNICEF, a mis sur pied un projet visant à apporter des solutions durables aux familles qui ont le sentiment de ne pas avoir d’autre choix que d’abandonner leurs enfants. Vingt-quatre familles ayant placé leurs enfants dans un centre pour des raisons économiques ont ainsi été identifiées pour ce projet pilote. Les parents, comme Joseph et Marie, ont rencontré des travailleurs sociaux qui ont évalué la possibilité de redémarrer leur business. Lorsque ce n’était pas possible, ils ont cherché d’autres solutions, en lien avec leurs compétences, qui leur permettraient de démarrer une petite entreprise.
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| Latima (à gauche) a eu de la chance de pouvoir retrouver sa famille. ©UNICEF/Haiti/2010/McBride |
Grâce à cette aide, la famille de Joseph a pu ouvrir un compte en banque, payer les frais de scolarisation des filles et la nourriture, et construire une nouvelle petite maison. Joseph travaille à nouveau dans ses champs de riz et a même pu employer quelques personnes, leur permettant de subvenir à leur tour aux besoins de leur famille.
Les jumelles ont maintenant pu rentrer à la maison. Le jour de leur retour, le sourire qu’elles affichaient à l’approche de leur maman qui les entendait sur le pas de la porte en disait long sur leur joie d’être à nouveau une famille réunie !
* Les noms des personnes citées ont été changés.
**Le groupe de travail intersectoriel sur les enfants séparés de leur famille est un groupe constitué de diverses organisations dont l’UNICEF.
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« Mon souhait est que nous soyons aidés pour pouvoir redémarrer notre vie »
Le 15 décembre 2010
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| L’école temporaire de Jacquot. ©UNICEF Haiti/2010 |
Il y a peu, les habitants de Jacquot n’avaient ni école ni hôpital dans leur village, un petit bourg situé dans une région montagneuse au Nord de Port-au-Prince. Près d’un an après le séisme, grâce au soutien de l’UNICEF, ils ont maintenant les deux.
Sœur Marie Bénédicte est non seulement l’administratrice de l’école locale, mais elle est aussi le médecin qui gère la seule clinique pour les 8 000 habitants de Jacquot et des villages environnants.
« Je vois 60 à 80 patients chaque jour » dit Sœur Bénédicte. « Avant que nous installions la clinique en réponse au tremblement de terre, la plupart de ces patients devaient aller à Port-au-Prince pour être soignés, s’ils avaient les moyens financiers, et s’ils avaient la chance d’arriver à temps avant que leur maladie ne soit fatale ».
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| Marie Marthe et sa fille de 6 ans, Lourdia, viennent voir un médecin à la clinique de Jacquot. ©UNICEF Haiti/2010 |
« J’ai du me lever à 3 heures ce matin pour emmener ma fille de 6 ans chez le médecin », explique Marie Marthe. « Nous avons marché 4 heures pour arriver ici. Lourdia a de la fièvre depuis plus d’une semaine, je suis très inquiète ». Avant l’installation de la clinique soutenue par l’UNICEF, Lourdia et sa maman auraient du marcher 8 heures pour atteindre le centre de santé le plus proche. « Mon souhait est que nous soyons aidés pour pouvoir redémarrer notre vie », dit Marie Marthe, « Ce fut une année très difficile pour nous ».
« Améliorer l’accès aux soins de santé, particulièrement dans les communautés isolées comme Jacquot, est une priorité pour l’UNICEF, tout spécialement dans les zones touchées par le séisme il y a un an, ou par la crise du choléra actuelle », explique le responsable de la santé pour l’UNICEF en Haïti, Dr Jean-Claude Mubalama.
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| Les enfants prennent leur repas dans l’école temporaire mise en place par l’UNICEF à Jacquot. ©UNICEF Haiti/2010 |
L’école toute proche a été détruite par le tremblement de terre. Elle est maintenant reconstruite, grâce au soutien de l’UNICEF, mais le traumatisme est difficile à surmonter pour les enfants. « Je ne travaille pas aussi bien que je devrais depuis le séisme, je n’arrive pas à me concentrer et j’ai tout le temps peur », confie Darline, une étudiante de 17 ans. Sœur Bénédicte explique que l’école est très importante pour aider les enfants comme Darline à effacer ce traumatisme psychologique : « Ici, ils jouent avec leurs amis et partagent leurs sensations et émotions », dit-elle. De plus, l’école sous tente permet de laisser le temps aux enfants de surmonter la peur qu’ils ont encore souvent de devoir entrer dans un bâtiment.
Un an après la catastrophe, l’UNICEF continue à soutenir des écoles comme celle-ci afin de donner aux enfants qui vivent dans les régions rurales isolées la chance de recevoir une éducation de qualité. « Nos collègues font un boulot remarquable, travaillant sans relâche pour apporter de l’aide dans un environnement très difficile », dit Zaid Juril, un représentant de l’UNICEF.
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