175 millions d’enfants ne sont pas inscrits dans l’enseignement préprimaire

Plus de 175 millions d’enfants – soit environ la moitié des enfants en âge d’être inscrits dans l’enseignement préprimaire – ne bénéficient pas de cet atout essentiel à leur développement personnel. L’UNICEF attire l’attention sur le fait que ces enfants risquent de commencer leur scolarité avec des retards d’apprentissage. Le phénomène est particulièrement marqué dans les pays à faibles revenus où à peine 1 enfant sur 5 bénéficie d’éducation préscolaire.

« L’éducation préscolaire est un fondement éducatif pour nos enfants, une étape cruciale et déterminante pour toutes les phases ultérieures de leur parcours scolaire« , explique Henrietta Fore, la Directrice générale de l’UNICEF. « Pourtant, trop d’enfants en sont privés. Ce manque accroît les risques de redoublements ou de décrochages scolaires et exclut de jeunes enfants des joies qu’ils pourraient connaître avec de petits camarades plus chanceux qu’eux.  »

Premier rapport mondial de l’UNICEF dédié à la question de l’enseignement préprimaire, “Un monde prêt à apprendre : accorder la priorité à une éducation préscolaire de qualité” montre que les enfants qui suivent au moins une année d’enseignement préscolaire ont de meilleures chances de développer des compétences essentielles pour réussir à l’école et courent moins de risques de redoubler ou d’abandonner leurs études. Ils seront aussi mieux armés pour jouer un rôle actif au sein de sociétés et d’économies stables et prospères lorsqu’ils seront adultes.

Les enfants inscrits dans le préscolaire ont en moyenne deux fois plus de chances d’obtenir de bons résultats en lecture et en calcul que les enfants qui en sont privés. Au Népal, par exemple, cette différence est bien plus marquée encore puisqu’elle n’est plus multipliée par deux mais par dix-sept. Dans les pays où il y a un fort taux de fréquentation préscolaire, on observe aussi une plus grande réussite dans l’obtention des certificats de fin d’études primaires.

Le rapport montre également que la richesse des ménages, le niveau d’éducation de la maman, la localisation géographique sont des facteurs essentiels qui vont déterminer si un enfant bénéficiera ou pas d’une éducation préscolaire. Dans ce contexte, la pauvreté devient un facteur déterminant.

Quelques constatations :

  • Le rôle de la pauvreté : dans 64 pays, on a observé que les enfants ont 7 fois moins de chances de bénéficier d’un enseignement préscolaire que les enfants issus des familles les plus aisées. Pour certains pays, ce fossé tend encore à se creuser. Les enfants des ménages les plus riches de la République de Macédoine du Nord ont, par exemple, 50 fois plus de chances d’être inscrits dans le préscolaire que les enfants issus de familles moins favorisées.
  • Conséquences des conflits : plus des deux tiers des enfants qui vivent dans 33 régions touchées par la guerre restent exclus de l’enseignement préscolaire. Et pourtant, l’école préprimaire pourrait justement leur apporter tant d’avantages. Celle-ci aide en effet les jeunes enfants à surmonter les traumatismes dus à la guerre en leur apportant une structure et un lieu sécurisé où ils peuvent apprendre, jouer et se libérer de certaines émotions trop fortes pour leur jeune âge.
  • L’instruction de la maman : dans les pays où des données sont disponibles, la chance de suivre un enseignement préprimaire est cinq fois supérieure chez les enfants dont la maman a terminé ses études secondaires ou supérieures que chez ceux dont la mère n’a achevé que ses études primaires.

En 2017, 6,6 pour cent des budgets d’éducation nationaux étaient consacrés en moyenne à l’éducation préprimaire. Dans près de 40 % des pays repris dans les enquêtes, ce budget passe sous la barre des 2%. En Afrique centrale et occidentale, on consacre 2,5 pour cent au préscolaire, ce qui a pour conséquence de voir 70 pour cent des enfants abandonner prématurément l’école. En Europe et en Asie centrale, les gouvernements allouent les pourcentages les plus élevés dans ce domaine, soit 11 pour cent des budgets d’éducation.

Le manque d’investissements mondial dans le préprimaire a évidemment des conséquences négatives sur la qualité des services, il engendre notamment une pénurie d’enseignants dans ce secteur. Plus de 60 % des enfants en âge d’être inscrits dans le préprimaire vivent dans des pays à revenus faibles et intermédiaires alors que ces pays ne comptent que 32 pour cent de tous les enseignants de ce secteur, soit 422.000 personnes. En extrapolant pour atteindre une proportion idéale d’1 enseignant pour 20 élèves, il faudrait trouver 9,3 millions de nouveaux enseignants afin de réaliser les objectifs fixés pour le préprimaire d’ici 2030.

« Si les gouvernements d’aujourd’hui veulent que leur personnel soit compétitif dans les économies de demain, ils doivent commencer par se pencher sur la question de l’éducation préscolaire, » affirme Fore. « De même si nous voulons garantir un bon départ dans la vie aux enfants et leur donner des chances de réussir dans une économie de plus en plus globalisée, les décideurs doivent donner la priorité à une éducation préprimaire de qualité. »

L’UNICEF demande aux gouvernements d’introduire au minimum une année d’éducation préprimaire dans la formation scolaire standard de chaque enfant et en particulier pour les enfants les plus vulnérables ou exclus. Pour réaliser cet objectif, l’UNICEF prévient les décideurs politiques : il faudra consacrer au moins 10 pour cent de leurs budgets d’éducation à l’amélioration de l’éducation des plus jeunes et investir dans de nouveaux enseignants et de nouvelles normes de qualité.

En Belgique

En Belgique, comme dans la majorité des pays européens, la plupart des enfants ont participé à des activités d’apprentissage avant de commencer l’école primaire : le taux de fréquentation de l’enseignement préscolaire est supérieur à 90% (UNICEF, Bilan Innocenti 15, 2018). Il a cependant été montré que la fréquentation de l’enseignement préscolaire est très irrégulière et que ce sont les enfants les plus vulnérables et spécialement les enfants pauvres qui sont le plus souvent absents.
Pour lutter contre ce constat et faire de l’école un véritable ascenseur social pour tous les enfants, plusieurs mesures ont été adoptées récemment. Tout d’abord, la Chambre des représentants a voté le 14 mars dernier une proposition de loi visant à abaisser le seuil de l’obligation scolaire de 6 ans à 5 ans. Cette loi entrera en vigueur le 1erseptembre 2020. Par ailleurs, des réformes au sein des communautés (adoptées ou en cours) ont pour objectif de renforcer la qualité de l’enseignement maternel : citons, par exemple, le renforcement du cadre des enseignants préscolaires, la gratuité ou encore la création d’un référentiel de compétences pour l’enseignement maternel. Ces diverses réformes qui cherchent à réduire les inégalités à l’école et à offrir à chaque enfant un enseignement de qualité et équitable dès le préscolaire sont importantes mais devront être poursuivies, évaluées et renforcées au cours de la prochaine législature.