A la recherche d’opportunités: plus de 7 millions d’enfants sur les routes en Afrique

La moitié des 12 millions d’Africains de l’ouest et du centre qui quittent leur foyer chaque année sont des enfants. 75% restent dans la région et 1 sur 5 seulement tente d’atteindre l’Europe. La croissance démographique, l’urbanisation, les changements climatiques, un développement économique inéquitable et les conflits sans fin vont provoquer de plus en plus de départs d’enfants et de jeunes.

Tempête de sable au Tchad, en 2010.
Les changements climatiques affecteront surtout l’Afrique sub-saharienne, prédisent les scientifiques, qui annoncent une hausse des températures de 3 à 4 degrés, soit plus que les prévisions mondiales. L’agriculture et l’élevage seront rendus plus difficiles par des sécheresses plus longues. La population sera forcée de partir pour trouver des conditions de vie meilleures.

Embouteillages au Nigeria (2016)

L’urbanisation est l’une des causes de la migration en Afrique occidentale et centrale. De nombreuses personnes quittent les campagnes pour tenter de trouver en ville des métiers mieux payés afin d’être moins dépendants des récoltes ou des pluies. Les villes les mettent aussi en contact avec une nouvelle culture et de nouvelles idées qui peut créer une seconde vague de migration vers l’Europe.

Côte d’Ivoire, 2016 : un club de lecture scolaire.

La croissance de la population dans la région devrait doubler d’ici 2050. Cela mettra sous pression les ressources environnementales et les structures de santé et d’éducation actuellement insuffisantes. La lutte pour des ressources encore raréfiées va s’intensifier.

Elizabeth, 14 ans, a fui la guerre en République centrafricaine il y a deux ans. En cours de route, elle a été séparée de ses parents. Une famille l’a accueillie, mais à quel prix ! Elle a été promise en mariage à un homme qu’elle ne connaissait pas. « Je sais que l’éducation est le seul moyen de réaliser mes rêves » déclare-t-elle.

Anne Marie*, 12 ans, vit dans cette petite pièce qu’elle partage avec sa maman et sa sœur. Toutes trois ont fui de Centrafrique au Sénégal sans rien pouvoir emporter. Leur maison a été incendiée en 2011. Vivant sans-papiers depuis des années, l’accès à l’éducation et à un minimum de nourriture est un défi quotidien.
*nom d’emprunt

Des gamins aussi vulnérables que Chris, 9 ans, nous aident à comprendre combien il est dur de quitter son pays. De nombreux migrants sont marginalisés. L’éducation ou les soins de santé leurs sont inaccessibles. Chris et sa maman vivent sous une bâche en Côte d’Ivoire. Quand il pleut, leur abri est inondé. Quand il ne pleut pas, il est infecté de moustiques.

Du haut de six ans, Mahazouna considère la vie comme une longue tragédie. Il y a cinq ans, son papa a quitté son village et le Niger pour chercher du travail en Libye. Sa maman a pris des risques énormes pour traverser le désert et tenter de gagner de l’argent en Algérie. Interceptée, elle a été renvoyée au Niger. Le manque de moyens économiques a finalement forcé sa grande sœur à quitter l’école pour se marier à un âge bien trop jeune.

Au Gabon, Helene*, 14 ans, brandit une pancarte sur laquelle elle a écrit « Je suis un enfant et non une marchandise ». Ses parents, restés au Bénin, rêvaient pour elle d’un bel avenir et ont cru les mensonges des trafiquants. « Je ne suis jamais allée à l’école au Gabon » témoigne-t-elle, « J’ai été battue, on ne m’a pas soignée quand j’étais malade et on ne me donne pas assez à manger ».

*nom d’emprunt

A 16 ans, Hafsa Oumar, une réfugiée nigériane, pose devant une tente-école installée dans le camp de Daresalam, au Tchad. Elle n’avait jamais été scolarisée jusqu’à son arrivée au camp en 2015. Malheureusement, elle a dû interrompre ses études pour se marier en février 2017.

En 2017, la façade d’une station de bus au Mali est couverte d’une liste déconcertante de villes situées sur la piste vers la Libye.  S’y retrouver dans le réseau complexe de transports est souvent un cauchemar pour les migrants qui n’avaient jamais quitté leur village. Des trafiquants d’êtres humains offrent alors leurs services pour trouver des étapes sûres pendant le voyage. Mais souvent, ils trahissent leurs promesses.

“Des migrants se font abattre, roués de coups et torturés » témoigne Mustapha, qui a atteint la Libye avant de rentrer dans son pays en Gambie. « Je n’avais jamais entendu une détonation de fusil avant d’arriver en Libye. Là-bas, on les entend chaque jour, chaque nuit. » Mustapha a maintenant créé une organisation pour aider les migrants qui sont rentrés chez eux.

Dans le centre de détention libyen où il est enfermée depuis cette année, Issaa, 14 ans, raconte son parcours. « Mon père a rassemblé une somme suffisante pour payer mon voyage. Il m’a dit ‘bonne chance’ et m’a laissée partir. » En travaillant pour gagner moins de 26 euros par mois, Issaa est parvenu à économiser assez d’argent pour payer la traversée vers l’Italie. Mais il a été arrêté avant son départ.

Yusuf a 4 ans et rêve de retourner en Guinée, son pays d’origine. Son papa, Baboucar, était parti vers l’Espagne mais il s’est retrouvé sans argent en Mauritanie. Il a dû accepter un poste de maçon pour joindre les deux bouts. Six ans plus tard, il a abandonné son rêve d’Europe et ne désire plus qu’une chose, rentrer chez lui avec sa famille.

A 16 ans, Cira est déjà mariée et jeune maman. Son mari a quitté le Mali pour tenter sa chance en Guinée équatoriale. Elle n’a plus de nouvelles de lui depuis longtemps, mais il envoie de l’argent à sa famille. Pourtant, la vie de Cira reste très pénible, entre la cuisine, les lessives, le ramassage du bois et le travail dans une mine d’or artisanale toute proche.

Tant qu’on ne s’attaquera pas aux causes profondes de la pauvreté et tant que des solutions ne seront pas mises en œuvre pour offrir aux gens des possibilités de développement économique, d’accès à la santé et à une éducation de qualité, les populations continueront vraisemblablement à prendre de grands risques pour migrer à la recherche de meilleures opportunités.

L’UNICEF continue à exhorter tous les gouvernements, en Afrique de l’Ouest et du centre, en Europe et ailleurs à adopter le plan d’action en 6 points pour la protection des enfants réfugiés et migrants :

  1. Protéger les enfants réfugiés et migrants, en particulier les enfants non accompagnés, de l’exploitation et de la violence
  2. Mettre fin à la détention des enfants migrants ou demandant le statut de réfugié en proposant d’autres solutions pratiques
  3. Préserver l’intégrité des familles – le meilleur moyen de protéger les enfants et de leur donner un statut juridique
  4. Permettre à tous les enfants réfugiés et migrants de continuer à apprendre et leur donner accès aux services de santé et à d’autres services de qualité
  5. Insister pour que des mesures soient prises afin de combattre les causes sous-jacentes des mouvements massifs de réfugiés et de migrants
  6. Promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation dans les pays de transit et de destination

Lisez le rapport « A la recherche d’opportunités : Voix d’enfants sur les routes d’Afrique de l’Ouest et du Centre« .