Lettre ouverte aux enfants du monde

Huit raisons pour lesquelles je suis préoccupée, et optimiste, pour la prochaine génération

© UNICEF

Chers enfants d’aujourd’hui et de demain,

Il y a 30 ans de cela, dans le contexte d’un ordre mondial en pleine mutation – entre la chute du mur de Berlin, le déclin de l’apartheid et la naissance de la toile mondiale – le monde s’est uni pour défendre les enfants et leur enfance. À l’époque, la plupart des parents à travers le monde avaient grandi sous une dictature ou un gouvernement déchu et souhaitaient donner à leurs enfants une vie meilleure, et davantage de possibilités et de droits. Ainsi, en 1989, lorsque les dirigeants du monde se sont réunis dans un moment de rare unité mondiale pour prendre un engagement historique envers les enfants de toute la planète en leur promettant de protéger et de respecter leurs droits, cet événement a fait naître un véritable espoir pour la prochaine génération.

Qu’en est-il des progrès réalisés depuis ? Malgré l’explosion de la croissance démographique dans le monde, le nombre d’enfants privés d’enseignement primaire a baissé de près de 40 % au cours des trois décennies qui ont suivi l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant. Plus de 100 millions d’enfants de moins de 5 ans en moins souffrent d’un retard de croissance. Il y a 30 ans, la poliomyélite paralysait ou tuait près de 1 000 enfants tous les jours. Aujourd’hui, 99 % de ces cas ont été éliminés. La plupart des interventions qui ont permis de réaliser de tels progrès, telles que les vaccins, les sels de réhydratation orale et l’amélioration de l’alimentation, sont pratiques et économiques. L’essor de la technologie numérique et mobile et d’autres innovations a permis de fournir plus facilement et de manière plus efficace des services essentiels à des communautés difficiles à atteindre et de multiplier les possibilités.

“8 raisons pour lesquelles je m’inquiète pour votre avenir, et 8 raisons pour lesquelles je pense qu’il y a de l’espoir.”

Malgré ces progrès, la pauvreté, les inégalités, la discrimination et la distance privent toujours des millions d’enfants de leurs droits chaque année, sachant que 15 000 enfants de moins de 5 ans continuent de mourir chaque jour, la plupart de maladies traitables ou d’autres causes évitables. Le nombre d’enfants en surpoids augmente de manière alarmante, de même que le nombre de filles souffrant d’anémie. La défécation à l’air libre et le mariage des enfants – deux problèmes tenaces – continuent de menacer la santé et l’avenir des enfants. Le nombre d’enfants scolarisés n’a jamais été aussi élevé, mais nous n’avons toujours pas réussi à atteindre notre objectif de leur fournir une éducation de qualité. En effet, ce n’est pas parce qu’un enfant est scolarisé qu’il apprend. De fait,  plus de 60 % des enfants scolarisés dans le primaire dans les pays en développement n’acquièrent toujours pas les compétences minimales requises en matière d’apprentissage. Par ailleurs, la moitié des adolescents dans le monde sont confrontés à la violence à l’école et aux abords de l’école, ce qui signifie que l’école n’est pas un lieu sûr. Les conflits continuent de priver des enfants de la protection, des services de santé et de l’avenir auxquels ils ont le droit. Et la liste des défis relatifs aux droits de l’enfant est encore longue.

Quant à vous, les enfants d’aujourd’hui, votre génération doit faire face à une nouvelle série de défis et de transformations mondiales que vos parents auraient été incapables d’imaginer. Les changements climatiques sont spectaculaires. Les inégalités sont de plus en plus profondes. La technologie transforme notre manière de percevoir le monde. Jamais autant de familles n’avaient migré. L’enfance a changé et nous avons besoin de modifier nos approches en conséquence.

Ainsi, à l’heure où nous dressons le bilan des 30 ans de la Convention relative aux droits de l’enfant, nous devons regarder vers l’avenir, et plus précisément vers les 30 prochaines années. Pour cela, il est essentiel que nous écoutions ce que vous, les enfants et les jeunes d’aujourd’hui, avez à nous dire sur les questions qui vous préoccupent le plus actuellement et que nous commencions à chercher ensemble des solutions du XXIe siècle aux problèmes du XXIe siècle.

Dans ce contexte, je souhaite vous parler des huit raisons pour lesquelles je m’inquiète pour votre avenir et des huit raisons pour lesquelles je pense qu’il y a de l’espoir.

  1. Vous avez besoin d’eau salubre, d’air propre et d’un climat sûr.

     

  2. Un jeune sur quatre parmi vous est susceptible de vivre, et d’apprendre, dans une zone touchée par un conflit ou une catastrophe.

     

  3. La santé mentale ne doit plus être un sujet tabou.

     

  4. Vous êtes plus de 30 millions à avoir migré du lieu où vous êtes nés

     

  5. Si nous n’agissons pas, des milliers d’entre vous n’existeront jamais officiellement.

     

  6. Vous avez besoin de compétences du XXIe siècle pour évoluer dans une économie du XXIe siècle.

     

  7. Votre empreinte numérique doit être protégée.

     

  8. Vous pourriez devenir la génération de citoyens la plus méfiante de l’histoire.

     

Ce qui m’inquiète :

Il est évident que tous les enfants ont besoin de ces éléments fondamentaux (un environnement propre dans lequel vivre, un air propre à respirer, de l’eau salubre à boire et de la nourriture à manger) pour mener une vie saine et il semble incroyable que nous ayons besoin de rappeler cela en 2019. Cependant, les changements climatiques ont le potentiel de saper tous ces droits fondamentaux ainsi que la plupart des progrès réalisés en matière de survie et de développement de l’enfant au cours des 30 dernières années. Les changements climatiques pourraient constituer la menace la plus importante pour les droits de la prochaine génération d’enfants.

L’année dernière, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a remarqué que les changements climatiques étaient en passe de devenir l’un des principaux facteurs responsables de la récente augmentation constante de la faim dans le monde. Alors que des sécheresses et des inondations de plus en plus graves dégradent la production alimentaire, les enfants de la prochaine génération devront subir de plein fouet les effets de la faim et de la malnutrition. Nous constatons déjà que des événements climatiques extrêmes induits par des changements climatiques provoquent des catastrophes naturelles plus fréquentes et plus destructrices. Les prévisions pour l’avenir varient, mais selon l’Organisation internationale pour les migrations, le nombre de migrants environnementaux attendus dans le monde d’ici à 2050 est le plus souvent estimé à 200 millions de personnes, certaines estimations atteignant même un milliard de personnes.

Au fur et à mesure que les températures augmentent et que l’eau se fait de plus en plus rare, les enfants sont en passe de devenir les premières victimes des effets meurtriers des maladies transmises par l’eau. Aujourd’hui, plus d’un demi-milliard d’enfants vivent dans des régions très régulièrement frappées par des inondations et près de 160 millions, dans des régions frappées par des sécheresses extrêmement graves. Des régions comme le Sahel, qui dépendent fortement de l’agriculture, des pâturages et de la pêche, sont particulièrement vulnérables aux effets des changements climatiques. Dans la région déjà aride du Sahel, les pluies devraient devenir encore plus courtes et de moins en moins prévisibles. Parallèlement, la région se réchauffe à une vitesse alarmante, une fois et demie supérieure à la moyenne mondiale. Alors que les températures augmentent et que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres, il n’est pas rare que les groupes armés tirent profit des revendications sociales qui émergent dans un tel climat de tension.

Ces problèmes ne feront que s’aggraver avec les effets de la pollution atmosphérique, des déchets toxiques et de la pollution de la nappe phréatique qui auront une incidence délétère sur la santé des enfants. En 2017, près de 300 millions d’enfants vivaient dans les régions qui enregistraient les niveaux les plus toxiques de pollution de l’air extérieur, c’est-à-dire un niveau au moins six fois supérieur aux limites internationales, une situation qui a entraîné la mort de près de 600 000 enfants de moins de 5 ans. Or, le nombre d’enfants qui souffriront de dommages permanents au niveau de leur cerveau et de leurs poumons en développement sera encore plus important.

Enfin, d’ici à 2040, un enfant sur quatre vivra dans une région soumise à un stress hydrique extrême et des milliers d’enfants tomberont malades à cause de la pollution de l’eau.  La gestion et la protection de réserves d’eau souterraine propres, abondantes et accessibles ainsi que la gestion des déchets plastiques vont rapidement devenir des questions déterminantes pour la santé des enfants de notre époque.

Ce qui me donne de l’espoir :

Pour atténuer les changements climatiques, les gouvernements et les entreprises doivent unir leurs efforts pour s’attaquer aux racines du problème et réduire les émissions de gaz à effet de serre conformément à l’Accord de Paris. Parallèlement, nous devons accorder une priorité absolue aux efforts déployés en vue de trouver des adaptations susceptibles de réduire les retombées environnementales sur les enfants.

L’UNICEF s’efforce d’atténuer les effets des événements climatiques extrêmes, notamment en concevant des systèmes d’approvisionnement en eau capables de résister aux cyclones et à la contamination par l’eau de mer, en renforçant les structures scolaires et en facilitant des exercices de préparation aux catastrophes, ainsi qu’en soutenant des systèmes de santé communautaires. Déployées à grande échelle, certaines innovations, telles que les projets Gestion de la recharge des aquifères (MAR), pourraient préserver les réservoirs d’eau salubre afin de protéger des millions d’enfants des dangers liés à la pénurie d’eau et aux maladies transmises par l’eau.

Tout espoir n’est pas perdu, même dans des environnements complexes comme le Sahel. En effet, le pays est doté d’une population jeune, avide de travail et d’opportunités, et les conditions climatiques offrent de multiples possibilités d’exploiter des sources d’énergie renouvelables et durables. Si l’on investit dans l’éducation et dans l’emploi et que l’on s’efforce d’améliorer la sécurité et la gouvernance, il y a toutes les raisons d’être optimiste quant à la capacité de la région de faire preuve de résilience et de s’adapter aux changements climatiques.

Pour inverser la tendance en matière de pollution atmosphérique, les gouvernements et les entreprises doivent travailler de concert afin de réduire la consommation de combustibles fossiles, de développer des systèmes agricoles, industriels et de transport plus propres et d’investir dans le déploiement à plus grande échelle de sources d’énergie renouvelables. De nombreux gouvernements ont pris des mesures pour limiter la pollution émanant des centrales électriques, des installations industrielles et des véhicules routiers en adoptant une réglementation stricte. Selon une étude réalisée par l’Agence américaine pour la protection de l’environnement en 2011, la loi sur la lutte contre la pollution atmosphérique (Clean Air Act) adoptée par les États-Unis en 1990 a permis de réaliser 30 dollars É.-U. de bénéfices sur la santé des citoyens pour chaque dollar dépensé. De telles politiques sont essentielles pour protéger les poumons des tout-petits et les cerveaux des bébés des effets dévastateurs des polluants atmosphériques et des particules en suspension.

En attendant, il est vital que nous cherchions des solutions susceptibles d’atténuer les effets les plus graves de la pollution atmosphérique sur la santé des enfants. Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, fait partie des villes qui enregistrent les niveaux les plus élevés au monde de pollution atmosphérique durant l’hiver. La plus grande source de pollution est la combustion du charbon, utilisé par 60 % des habitants de la ville. Les spécialistes de l’innovation de l’UNICEF, en collaboration avec des acteurs de la communauté, du gouvernement, du monde universitaire et du secteur privé, ont commencé à concevoir et à mettre en œuvre des solutions écoénergétiques visant à aider les occupants des habitations traditionnelles à réduire leur consommation de charbon et à améliorer la qualité de l’air. Pour cela, ils ont notamment conçu la « yourte du XXIe siècle ».

Par ailleurs, nous trouvons également des moyens innovants de recycler et de réutiliser les plastiques, en réduisant les déchets toxiques et en donnant une utilité aux déchets.  Conceptos Plasticos, une entreprise à vocation sociale colombienne, a développé une technique pour fabriquer des briques à partir de plastiques qui ne sont pas en PVC. Ces briques sont moins chères, plus légères et plus durables que les briques traditionnelles et sont utilisées pour construire des salles de classe. La toute première salle de classe en plastique recyclé d’Afrique a été construite en Côte d’Ivoire plus tôt cette année, en l’espace de quelques semaines seulement. La construction de ces salles de classe coûte 30 % moins cher que la construction de salles de classe traditionnelles. Cette approche innovante, qui consiste à transformer les déchets plastiques en briques de construction, a le potentiel de transformer le défi de la gestion des déchets plastiques en véritable atout, en satisfaisant le droit à l’éducation grâce à la construction d’écoles, en autonomisant les communautés concernées et en nettoyant l’environnement en même temps.

© UNICEF/UN0287092/Grove Hermansen

Ce qui m’inquiète :

Les enfants ont toujours été les premières victimes de la guerre. Jamais autant de pays n’avaient été touchés par un conflit depuis l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant en 1989. Aujourd’hui, un enfant sur quatre vit dans un pays touché par des combats violents ou une catastrophe et 28 millions d’enfants ont été contraints de partir de chez eux en raison de la guerre et de l’insécurité. Beaucoup perdent plusieurs années d’école et n’obtiennent pas les bulletins scolaires et les qualifications dont ils ont besoin pour poursuivre leurs études et construire leur vie professionnelle. Les conflits et les catastrophes naturelles ont déjà perturbé l’apprentissage de 75 millions d’enfants et de jeunes, parmi lesquels beaucoup ont migré à l’extérieur de leur pays ou ont été déplacés. C’est une tragédie personnelle pour chacun de ces enfants. Le fait d’abandonner les aspirations d’une génération tout entière représente une véritable perte de potentiel humain. Surtout, le fait de produire une génération perdue d’enfants non instruits, désenchantés et en colère est un jeu dangereux que nous pourrions tous payer.

Ce qui me donne de l’espoir :

Certains États ont adopté des politiques efficaces qui permettent aux réfugiés de poursuivre leur apprentissage. Face à l’arrivée de plusieurs grandes vagues d’enfants syriens fuyant la guerre en République arabe syrienne, le gouvernement libanais a dû faire face au défi d’accueillir des centaines de milliers d’enfants supplémentaires au sein de son système scolaire public déjà sous pression. Avec le soutien de partenaires internationaux, le gouvernement a réussi à tirer parti de ce défi : il a renforcé son système éducatif afin de pouvoir intégrer les enfants réfugiés dans ses écoles, ce qui a également bénéficié aux élèves libanais.

Les innovations numériques peuvent aussi nous aider à intensifier nos efforts. L’UNICEF collabore avec Microsoft et l’Université de Cambridge à la conception d’un dispositif baptisé « passeport pour l’apprentissage » – une plateforme d’apprentissage qui donnera des occasions d’apprentissage aux enfants et aux jeunes à l’échelle nationale et transfrontalière. Cette plateforme est mise à l’essai dans le cadre d’un programme pilote dans des pays accueillant des réfugiés, des migrants et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Un monde inclusif sur le plan numérique doit permettre à tous les jeunes, quelle que soit leur situation, de recevoir une éducation. Le déploiement à plus grande échelle de solutions comme ce passeport numérique pour l’apprentissage pourrait aider des millions d’enfants déplacés à acquérir les compétences dont ils ont besoin pour s’épanouir.

Ce qui m’inquiète :

À en croire les articles sur les adolescents d’aujourd’hui, ainsi que la manière dont ils sont représentés à la télévision et au cinéma, nous nous trouvons face à une génération de jeunes déchaînés et antisociaux. Or, rien n’est moins vrai. De fait, les données montrent que les adolescents d’aujourd’hui fument moins, boivent moins, s’attirent moins d’ennuis et prennent de manière générale moins de risques que ceux des générations précédentes. Certains disent même qu’il s’agit de la « génération raisonnable ».

Cependant, les adolescents font face à un problème extrêmement préoccupant qui ne cesse de s’aggraver et qui nous rappelle que les jeunes portent toujours en eux une part invisible de vulnérabilité. Les troubles de la santé mentale chez les moins de 18 ans n’ont eu de cesse d’augmenter au cours des 30 dernières années et la dépression fait désormais partie des principales causes de handicap chez les jeunes. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 62 000 adolescents sont morts en 2016 des suites d’automutilation, le suicide constituant désormais la troisième cause de décès chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans.

Ce problème ne touche pas seulement les pays riches. Selon les estimations de l’OMS, plus de 90 % des suicides d’adolescents enregistrés en 2016 ont eu lieu dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Si les jeunes qui souffrent de troubles mentaux sévères dans les pays à plus faible revenu ne bénéficient souvent d’aucun traitement et d’aucune aide, aucun pays dans le monde ne peut toutefois s’enorgueillir d’avoir réglé ce problème. Pour citer Shekhar Saxena, spécialiste de la santé mentale de l’OMS, « en matière de santé mentale, tous les pays sont considérés comme des pays en développement ». Sachant que les pays à revenu faible et intermédiaire consacrent moins de 1 % de la totalité de leur budget de santé à la santé mentale, et que ce chiffre n’atteint que 4 à 5 % dans les pays à revenu élevé, il est évident que ce problème doit être traité de manière bien plus prioritaire dans le monde entier.

© UNICEF/UN0232616/Zehbrauskas

L’UNICEF vient en aide à des enfants qui ont subi des traumatismes impensables, qui ont été victimes d’une discrimination liée aux genres, d’extrême pauvreté ou de violences sexuelles, qui souffrent d’un handicap ou d’une maladie chronique, qui sont pris au piège de conflits ou qui ont traversé d’autres expériences qui les exposent à un risque élevé de détresse mentale. Le coût de cette détresse mentale n’est pas seulement personnel. En effet, pour le Forum économique mondial, la santé mentale fait partie des problèmes de santé non transmissibles qui ont le plus de retombées économiques. Malgré la multiplication des signes indiquant l’imminence d’une crise et l’augmentation alarmante des taux d’automutilation et de suicide, la santé mentale et le bien-être des adolescents sont constamment négligés dans les programmes de santé mondiaux.

Ce qui me donne de l’espoir :

Sachant que la moitié des troubles de santé mentale permanents commencent avant l’âge de 14 ans, il est impératif d’accorder la priorité à la nécessité de promouvoir la santé mentale, de prévenir les problèmes de santé mentale et de fournir des traitements thérapeutiques et une aide à la réadaptation d’une manière adaptée à l’âge. Une détection et un traitement précoces sont essentiels si l’on veut éviter que les épisodes de détresse mentale atteignent un point critique et que de jeunes vies soient brisées ou perdues. Cependant, trop souvent, les stigmatisations et les tabous empêchent les communautés de parler ouvertement des problèmes de santé mentale et dissuadent les jeunes de chercher de l’aide à un stade précoce. Heureusement, les tabous entourant ces problèmes tendent à disparaître et, une fois de plus, des jeunes ouvrent la voie, que ce soit en fondant des organisations non gouvernementales, en développant des applications, en sensibilisant le public et en parlant de leurs propres problèmes de santé mentale et de leurs efforts pour traiter leur état, dans l’espoir de donner à d’autres jeunes les moyens de s’en sortir aussi.

L’UNICEF organise des campagnes dans les établissements scolaires afin d’encourager des discussions ouvertes sur la santé mentale. Par exemple, au Kazakhstan, pays qui enregistre l’un des taux de suicide chez les adolescents les plus élevés du monde, l’UNICEF a intensifié ses efforts pour améliorer le bien-être psychologique des adolescents en mettant en place un programme pilote à grande échelle dans plus de 450 écoles. Ce programme a permis de sensibiliser les communautés, de former le personnel à identifier les élèves à risque élevé et de veiller à ce que les adolescents vulnérables soient orientés vers des spécialistes de la santé. Près de 50 000 jeunes ont bénéficié de ce programme pilote qui a considérablement amélioré le bien-être de nombre d’entre eux. Depuis, le programme a été déployé à plus grande échelle et est désormais mis en œuvre dans plus de 3 000 écoles.

Le fait d’accorder la priorité à la promotion de la santé mentale et à la prévention du suicide chez les adolescents a permis de faire baisser de 51 % la mortalité des suites de mutilation et de réduire le nombre de suicides de 212 en 2013 à 104 en 2018 dans la tranche d’âge des 15-17 ans à l’échelle nationale. Surtout, la santé mentale est désormais intégrée dans les services de santé primaires, ce qui contribue à lutter contre la stigmatisation qui dissuade souvent les jeunes de demander de l’aide.

Ce qui m’inquiète :

Les hommes ont toujours migré. Depuis des milliers d’années, des enfants et des familles quittent leur lieu de naissance pour s’installer dans de nouvelles communautés à la recherche de perspectives d’éducation ou d’emploi. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Nous vivons dans un monde mobile dans lequel au moins 30 millions d’enfants se sont installés dans un autre pays.

Pour beaucoup, la migration est motivée par la volonté de se construire une vie meilleure. Cependant, pour un trop grand nombre d’enfants, la migration n’est pas un choix positif, mais une nécessité d’urgence – ils n’ont tout simplement pas la possibilité de se bâtir une vie sûre, saine et prospère dans l’endroit dans lequel ils sont nés. Motivée par le désespoir, la migration peut conduire les enfants à se déplacer sans les autorisations juridiques nécessaires et à devenir ce que l’on appelle des « migrants clandestins ». Cela les pousse à entreprendre des voyages périlleux à travers des déserts, des océans et des frontières armées, et à s’exposer en chemin à la violence, aux mauvais traitements et à l’exploitation.

L’un des plus grands mouvements migratoires que le monde ait jamais connu ne survient pas à travers les frontières, mais à l’intérieur des frontières. En effet, des millions de personnes migrent à l’intérieur de leur propre pays, quittant les régions rurales pour s’installer en zone urbaine. En 1989, lorsque la Convention relative aux droits de l’enfant a été adoptée, la majorité des enfants du monde vivaient en zone rurale. Aujourd’hui, la majorité des enfants vivent en ville et le taux d’urbanisation devrait continuer à augmenter. Si les habitants des villes bénéficient en moyenne d’un meilleur accès aux services et de meilleures possibilités, les inégalités peuvent être telles que beaucoup d’enfants parmi les plus défavorisés sont moins bien lotis en zone urbaine qu’en zone rurale. Par exemple, dans un pays sur quatre, les enfants les plus démunis des zones urbaines risquent davantage de mourir avant leur cinquième anniversaire que leurs pairs des régions rurales. Par ailleurs, dans un pays sur six, les enfants les plus pauvres des zones urbaines ont moins de chances d’aller au bout de l’enseignement primaire que les enfants des zones rurales.

Ce qui me donne de l’espoir :

Aucun enfant ne devrait se sentir obligé de partir de chez lui. Cependant, tant que nous ne nous attaquerons pas aux raisons qui les poussent à partir, la situation n’est pas près de changer. Pour cela, nous devons éliminer les violences communautaires et les violences liées aux bandes organisées, renforcer les systèmes de protection de manière à ce que les enfants puissent être en sécurité dans leur communauté, améliorer l’accès à une éducation de qualité et à des possibilités d’emploi, et nous assurer que les jeunes ont la possibilité d’acquérir les compétences dont ils ont besoin pour se bâtir un avenir meilleur – et plus sûr – que ce soit pour eux ou pour leur pays natal.

Selon les estimations de l’UNICEF, des dizaines de milliers d’enfants, accompagnés de leur famille ou voyageant seuls, migrent sans les autorisations juridiques nécessaires, ce qui les rend extrêmement vulnérables. Il est essentiel que les enfants migrants, qu’ils soient clandestins ou non, puissent faire valoir leurs droits. Où qu’ils soient et quelle que soit leur histoire, les enfants migrants sont avant tout des enfants. Les gouvernements ont la capacité de protéger les enfants migrants en faisant prévaloir l’intérêt supérieur de l’enfant lors de l’application de leurs lois sur l’immigration. Dans la mesure du possible, ils doivent également veiller à ce que les familles ne soient pas séparées et utiliser des méthodes éprouvées en remplacement de la détention, telles que le placement dans des familles d’accueil ou des foyers. De nombreux gouvernements mettent à l’essai de telles approches et obtiennent de bons résultats.

Ce que l’on appelle « l’avantage urbain » disparaît dès lors que l’on regarde au-delà des moyennes et du contrôle des richesses. Les politiques et les programmes sociaux axés sur la survie et le développement de l’enfant doivent donc davantage cibler les enfants les plus pauvres et les plus marginalisés des zones urbaines. Les villes modernes offrent généralement un meilleur accès à l’eau salubre, aux services de santé, aux services sociaux et à des possibilités d’éducation. Ainsi, si les municipalités s’attachaient à créer un accès inclusif et à donner les mêmes chances à tous les enfants vivant dans leur ville, la vie urbaine pourrait réellement stimuler la survie et le développement de l’enfant.

Ce qui m’inquiète :

Chaque enfant a le droit d’avoir une identité juridique, ce qui passe par l’enregistrement de sa naissance et l’octroi d’une nationalité. Pourtant, un quart des enfants nés aujourd’hui, soit près de 100 000 bébés, risquent de ne jamais disposer d’un certificat de naissance officiel ou de ne jamais être en mesure d’obtenir un passeport. Si vos parents sont apatrides ou appartiennent à une communauté persécutée ou marginalisée, ou simplement si vous vivez dans une région reculée défavorisée, il est possible que vous ne receviez jamais d’identité ou de certificat de naissance. On pourrait même vous refuser la citoyenneté ou vous la retirer.  Privé de la reconnaissance officielle d’un État, vous risquez de ne pas pouvoir accéder à des soins de santé, à une éducation ou à d’autres services publics. Plus tard dans votre vie, vous risquez d’être marié·e, de réaliser un travail dangereux ou d’être conscrit·e dans les forces armées avant l’âge minimum légal. En tant qu’enfant non enregistré ou « apatride », vous êtes invisible aux yeux des autorités – c’est comme si vous n’aviez jamais existé.

Par exemple, des bébés naissent chaque jour dans les camps de fortune installés au Bangladesh, où des centaines de milliers de familles rohingyas se sont réfugiées. Ces bébés ont peu de chances de voir leur naissance enregistrée ou de recevoir une nationalité, ce qui les prive dès le début de leur vie de leur « passeport de protection » fondamental.

En ce moment, un autre groupe d’enfants risque de passer sa vie sans identité juridique claire et de rester apatride. Ce sont les enfants innocents des combattants étrangers enrôlés dans des groupes armés, qui risquent de ne pas avoir de citoyenneté ou de se la voir retirée. Rien qu’en République arabe syrienne, l’UNICEF estime que près de 29 000 enfants étrangers, pour la plupart âgés de moins de 12 ans, n’ont aucun document d’état civil. Mille autres enfants se trouveraient dans la même situation en Iraq. Ces enfants risquent également de devenir apatrides et invisibles.

Ce qui me donne de l’espoir :

L’enregistrement des enfants à la naissance est la première étape pour assurer leur reconnaissance devant la loi, pour protéger leurs droits et pour garantir que toute atteinte à ces droits ne passera pas inaperçue. Les Nations Unies se sont fixé l’objectif de garantir que chaque être humain présent sur la planète disposera d’une identité juridique d’ici à 2030. L’UNICEF soutient les efforts déployés par les gouvernements à cet égard, à commencer par l’enregistrement de toutes les naissances.

En ce qui concerne les enfants privés d’une identité officielle en raison de désaccords sur leur statut juridique, la seule issue possible est de nature politique. L’UNICEF exhorte les États Membres à assumer leurs responsabilités de protéger toute personne de moins de 18 ans conformément à la Convention relative aux droits de l’enfant. Cela inclut les enfants de ressortissants étrangers, que ce soient des migrants, des réfugiés ou des combattants étrangers, parce que les enfants sont avant tout des enfants.

© UNICEF/UNI159401/Pirozzi

Dans d’autres situations, la technologie et des partenariats innovants promettent de belles avancées. Dans l’État plurinational de Bolivie, par exemple, TIGO, une entreprise nationale de télécommunications, le Haut tribunal électoral et l’UNICEF se sont attachés à augmenter l’enregistrement des naissances dans les hôpitaux et les centres de santé, réussissant ainsi à accroître les enregistrements à la naissance de plus de 500 % entre 2015 et 2018.  Au Rwanda, l’enregistrement automatique des enfants à la naissance dans les hôpitaux a permis d’augmenter le taux d’enregistrement des naissances, qui est passé de 67 % en 2017 à 80,2 % en 2018. Il est urgent que nous déployions à plus grande échelle davantage de programmes de la sorte si nous voulons atteindre davantage d’enfants. Cela passe par le fait d’élargir considérablement l’accès des communautés les plus isolées et les plus vulnérables aux technologies numériques, de manière à ce qu’elles puissent utiliser des systèmes d’enregistrement en temps réel.

Ce qui m’inquiète :

Il y a plus de 1,8 milliard de jeunes âgés de 10 à 24 ans dans le monde aujourd’hui. C’est l’une des plus grandes cohortes de jeunes de l’histoire de l’humanité. Trop souvent, les jeunes n’ont pas accès à une éducation qui les préparera aux possibilités d’emploi et d’entreprise du monde d’aujourd’hui en leur donnant les compétences et la vision dont ils ont besoin pour évoluer dans une économie du XXIe siècle. Parallèlement, les inégalités relatives de revenus entre les pays ont diminué au cours des 30 dernières années, mais les inégalités absolues* ont considérablement augmenté, si bien que certains enfants et familles à faible revenu sont laissés pour compte et ne disposent pas des mêmes possibilités que leurs pairs plus aisés. En outre, la mobilité économique est au point mort depuis 30 ans, ce qui signifie qu’une génération supplémentaire d’enfants est prise dans un engrenage de pauvreté entièrement déterminé par le contexte dans lequel ils sont nés.

Ce qui me donne de l’espoir :

L’UNICEF et ses partenaires mondiaux ont lancé une nouvelle initiative visant à préparer les jeunes à devenir des citoyens productifs et engagés. « Génération sans limites » vise à garantir que chaque jeune reçoit une forme d’éducation, d’apprentissage ou de formation, ou trouve un emploi d’ici à 2030. En Argentine, un programme met en rapport des élèves vivant dans des régions rurales isolées avec des enseignants du secondaire, qui échangent en personne ou en ligne. En Afrique du Sud, une initiative baptisée TechnoGirl donne à des jeunes femmes issues de milieux défavorisés des occasions d’emploi dans les domaines des STIM. Au Bangladesh, des dizaines de milliers de jeunes sont formés au commerce, notamment dans le secteur de la téléphonie mobile. Nous avons lancé un Défi pour la jeunesse qui rassemble de jeunes esprits brillants afin qu’ils trouvent des solutions aux problèmes de leur communauté, car les jeunes sont les spécialistes de leur propre vie et de leurs expériences. Ce Défi pour la jeunesse organisé par Génération sans limites a impliqué plus de 800 innovateurs répartis dans 16 pays qui ont créé des solutions innovantes, telles que l’application mobile SpeakOut, développée par des jeunes en Macédoine du Nord, qui donne aux jeunes victimes de harcèlement la possibilité de demander de l’aide à leurs pairs de manière anonyme, et The Red Cod, un programme micro-entrepreneurial autonome mis en place au Pakistan, qui aide des jeunes femmes à gérer leur hygiène menstruelle et à générer des revenus.

UNICEF/UN0210214/Noorani

Ce qui m’inquiète :

f
La toile mondiale a vu le jour il y a 30 ans, en même temps que la Convention relative aux droits de l’enfant. Aujourd’hui, Internet a radicalement changé le monde et transformé la vie des enfants comme celle des adultes. On estime que plus d’un enfant sur trois à travers le monde se rend régulièrement en ligne et ce chiffre est voué à augmenter au fur et à mesure que les enfants de cette génération grandissent.

Alors que les débats sur les avantages et les dangers des médias sociaux pour les enfants deviennent de plus en plus fréquents, il est indéniable que nous devons prendre davantage de mesures pour protéger les jeunes du harcèlement et de l’exposition à des contenus néfastes. Les parents et les enfants prennent aussi conscience des dangers associés au fait de partager une trop grande quantité d’informations personnelles sur les médias sociaux. Cependant, en réalité, les données contenues dans les profils créés par les enfants sur les médias sociaux ne représentent que la partie visible de l’iceberg en matière de données. En effet, l’énorme accumulation de données recueillies sur les enfants est un phénomène tout aussi important, si ce n’est plus, même s’il est moins bien compris. Durant leurs activités quotidiennes sur la toile, que ce soit lorsqu’ils parcourent les médias sociaux, utilisent des moteurs de recherche, des plateformes de commerce en ligne ou des sites gouvernementaux, jouent à des jeux, téléchargent des applications ou utilisent des services de géolocalisation, les enfants accumulent une empreinte numérique composée de milliers de données. Il se peut même qu’une partie de ces données ait été recueillie avant leur naissance, avant même qu’ils ne soient capables de consentir en tout état de cause à leur collecte et à leur utilisation.

Ce que l’on appelle l’ère des « mégadonnées » a le potentiel d’améliorer la fourniture de services efficaces, personnalisés et adaptés aux enfants. Cependant, elle peut aussi avoir des effets négatifs sur leur sécurité, sur leur vie privée, sur leur autonomie et sur les choix qu’ils feront dans leur vie. Les informations personnelles générées durant l’enfance sont susceptibles d’être partagées avec des tierces parties, d’être vendues à des fins commerciales ou d’être utilisées pour exploiter les jeunes, en particulier les plus vulnérables et les plus marginalisés. Parallèlement, les usurpateurs d’identités et les pirates informatiques exploitent les vulnérabilités des plateformes de commerce en ligne dans le but de duper et d’exploiter des adultes et des enfants, les moteurs de recherche suivent les comportements des utilisateurs de tous âges et les gouvernements du monde entier ont recours à des méthodes de plus en plus sophistiquées pour surveiller nos activités en ligne. Les données recueillies durant l’enfance ont également le potentiel d’influer sur les possibilités auxquelles les enfants auront accès plus tard dans leur vie, en matière de financements, d’éducation, d’assurances et de soins de santé, par exemple. Le lien entre la collecte et l’utilisation des données, le consentement et la vie privée est déjà complexe pour les adultes, mais il l’est doublement pour les enfants, d’autant qu’Internet n’a pas été conçu en tenant compte des droits et des besoins des enfants et que peu d’enfants sont équipés des outils nécessaires pour comprendre les questions complexes de partage de données et de contrôle de la vie privée.

Trop souvent, les enfants ne sont pas informés des droits qu’ils ont sur leurs propres données et ne comprennent pas les conséquences de l’utilisation de ces données ni la situation de vulnérabilité dans laquelle cela peut les placer. La plupart des politiques de confidentialité des plateformes de médias sociaux sont à peine compréhensibles pour des adultes ayant un niveau élevé d’éducation et sont donc impossibles à comprendre pour des enfants. Une analyse du New York Times a montré qu’il est souvent nécessaire d’avoir un niveau de compréhension écrite supérieur au niveau universitaire moyen pour comprendre les politiques de confidentialité des médias sociaux, ce qui signifie qu’un grand nombre d’utilisateurs, en particulier les plus jeunes, consentent probablement à des utilisations qu’ils ne comprennent pas pleinement.

© UNICEF/UN0159305/Hahn

Ce qui me donne de l’espoir :

Aujourd’hui, notre défi est de veiller à concevoir des systèmes qui optimisent les avantages des mégadonnées et de l’intelligence artificielle, et qui préservent en même temps la vie privée, protègent les utilisateurs des abus et donnent les moyens aux internautes, notamment les enfants, d’exercer leurs droits. Des mesures commencent à être prises en ce sens : les gouvernements renforcent leurs cadres réglementaires, les fournisseurs du secteur privé prennent conscience de leurs responsabilités et les professionnels de l’éducation réfléchissent à la manière de donner aux enfants les outils nécessaires pour naviguer en ligne en toute sécurité. C’est un début.

La Convention relative aux droits de l’enfant indique clairement que chaque enfant a le droit à la vie privée et il n’y a aucune raison pour que ce droit ne s’applique pas en ligne. Si l’on replace le droit des enfants à la vie privée dans le contexte de tous leurs autres droits, de leur intérêt supérieur et du développement de leurs capacités, il est évident que la notion de vie privée n’a pas la même portée et la même application pour les enfants que pour les adultes et qu’il est impératif d’offrir aux enfants une protection encore plus solide.

Les enfants qui utilisent les médias sociaux  doivent avoir la possibilité d’accepter ou de refuser facilement que leurs données soient utilisées, que ce soit par le fournisseur ou à d’autres fins commerciales, et doivent avoir accès à une politique de confidentialité claire et compréhensible adaptée à leur âge. Certains enfants ont même demandé que ces mesures s’appliquent également à la possibilité d’effacer d’anciens profils sur les médias sociaux, par exemple. Par ailleurs, il est indispensable de disposer de politiques de confidentialité claires, transparentes et accessibles en ce qui concerne le suivi du comportement en ligne des enfants à des fins de collecte de données, de façon à ce que les enfants aient vraiment la possibilité de fournir un consentement éclairé, de comprendre leurs droits et d’être informés de la manière dont seront utilisées les données collectées. Il est essentiel d’équiper les jeunes des connaissances et des compétences nécessaires pour faire valoir leurs droits numériques.

Les fournisseurs de services Internet du secteur privé et les plateformes de médias sociaux ont un rôle fondamental à jouer en ce qui concerne le renforcement des protections offertes aux enfants. Il leur incombe de développer des normes éthiques et transparentes et de contrôler et de protéger davantage l’ensemble des données relatives aux enfants, notamment leurs informations personnelles et les informations relatives à leur situation géographique et à leurs habitudes de navigation.

Certains nouveaux cadres réglementaires, tels que le Règlement général sur la protection des données (RGPD), adopté par l’Union européenne, représentent un pas en avant prometteur. Le RGPD indique que les internautes, notamment les enfants, ont le droit de recevoir des informations transparentes et claires sur la manière dont seront traitées leurs données ainsi que sur la possibilité d’obtenir une copie de leurs données personnelles et de faire rectifier les informations incorrectes.

Global Pulse est une initiative des Nations Unies qui étudie la manière dont les nouvelles sources de données numériques et les technologies d’analyse en temps réel peuvent nous aider à mieux comprendre l’évolution du bien-être et des vulnérabilités émergentes des êtres humains et, ce faisant, soutenir le développement. Face aux inquiétudes légitimes sur la protection de la vie privée et des données, Global Pulse a élaboré, en consultation avec des spécialistes de la vie privée, une série de principes en matière de confidentialité visant à garantir la transparence concernant l’utilisation prévue des données, à protéger la vie privée de chacun, à reconnaître la nécessité d’obtenir un consentement explicite pour l’utilisation des données personnelles et à respecter l’attente raisonnable de tout un chacun en matière de protection de la vie privée, tout en empêchant, dans la mesure du possible, toute réidentification illégale et injustifiée des personnes.

Ce qui m’inquiète :

Chaque enfant a le droit de jouer un rôle actif au sein de la société et vous serez nombreux à vivre vos premières expériences d’engagement civique en ligne. Cependant, la plupart d’entre vous grandiront au sein d’un environnement en ligne saturé d’informations erronées et de « fausses nouvelles », qui sapent la confiance et l’engagement du public à l’égard des institutions et des sources d’information. Selon plusieurs études, aujourd’hui, beaucoup d’enfants et de jeunes ont des difficultés à distinguer le vrai du faux en ligne. En conséquence, votre génération ne sait plus à qui se fier ni ce qu’elle peut croire.

Selon une commission sur les fausses nouvelles soutenue par le parlement britannique et dirigée en partenariat avec Facebook, le journal britannique pour enfants First News et le site The Day, seul un quart des enfants qui lisent les actualités en ligne font réellement confiance aux sources des articles qu’ils lisent. On pourrait se dire qu’il s’agit d’un signe positif qui montre que les enfants exercent sainement leurs compétences de pensée critique, mais d’après la même étude, seuls 2 % des enfants et des jeunes au Royaume-Uni disposent des compétences de littératie critique nécessaires pour déterminer si une information est vraie ou fausse. Près de deux tiers des enseignants ont par ailleurs déclaré que les fausses nouvelles nuisaient au bien-être des enfants en augmentant leurs niveaux d’anxiété et en faussant leur vision du monde. Selon une étude réalisée dans des établissements scolaires dans 12 États américains afin d’évaluer « le raisonnement civique en ligne » ou la capacité des élèves à évaluer la crédibilité des informations en ligne, les enfants et les jeunes se laissent facilement prendre au piège lorsqu’ils évaluent des informations sur les médias sociaux.

Nous savons que les fausses informations ont une incidence pernicieuse et des retombées dans le monde réel. Par exemple, des milliers de parents de la génération actuelle ont été bernés par de fausses informations sur la sécurité des vaccins qui circulaient sur les médias sociaux et sur des applications de messagerie mobile. Cela a généré une vague de méfiance à l’égard de la vaccination et une résurgence inquiétante de la rougeole dans des pays à revenu élevé comme à revenu faible, notamment en France, en Inde et aux Philippines.

Des enfants ont également été piégés par des campagnes de désinformation qui les ont amenés à donner de l’argent, à révéler leurs données ou à être victimes de pédopiégeage et d’exploitation sexuelle. Au cours des dernières années, nous avons vu que la désinformation avait le pouvoir de fausser le débat démocratique, d’influer sur les intentions des électeurs et de susciter la méfiance envers d’autres groupes ethniques, religieux ou sociaux, suscitant des divisions et des troubles. Ce problème touche le monde entier. Des signalements ont été effectués dans des pays très différents, comme le Brésil, l’Ukraine et les États-Unis, qui ont parfois été obligés d’instaurer des cours visant à enseigner aux élèves à « Apprendre à discerner » dans leurs écoles afin de lutter contre des campagnes de désinformation élaborées. Au Myanmar, une campagne de désinformation aurait même contribué à inciter le peuple à perpétrer des actes d’une violence terrible à l’encontre de la minorité rohingya.

Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg de cette ère de « post-vérité ». Alors que les technologies malveillantes s’améliorent, et que la vérification des contenus devient de plus en plus difficile, les risques de perdre la confiance du public à l’égard des institutions et de subir une discorde sociale augmentent de manière exponentielle. Par exemple, des technologies élaborées de manipulation des vidéos utilisent une technique de synthèse d’images basée sur l’intelligence artificielle pour déformer et manipuler la réalité, dans le but de prêter à des personnes des propos qu’elles n’ont jamais tenus. C’est ce que l’on appelle le « deep fake » ou l’hypertrucage. Ces technologies progressent et, si nous ne prenons pas de mesures pour aider la prochaine génération à éliminer les fausses nouvelles, ces dernières ont le potentiel de saper considérablement la confiance du public à l’égard des sciences et de la médecine, d’affaiblir nos institutions et nos convictions fondamentales, de diviser les communautés et de constituer de graves menaces pour nos démocraties.

À l’ère du numérique, nous ne pouvons plus nous permettre de penser naïvement que la vérité l’emportera toujours sur le mensonge. En tant que sociétés, il est impératif que nous développions une résilience face à l’avalanche quotidienne des fausses nouvelles en ligne. Cela commence par le fait de donner aux jeunes la capacité de comprendre à qui ils peuvent se fier et ce qu’ils peuvent croire, de manière à ce qu’ils puissent devenir des citoyens actifs et engagés.

© UNICEF/UN0120662/Brazier

Ce qui me donne de l’espoir :

Certaines données suggèrent que les adultes devraient avoir confiance en la capacité des enfants et des jeunes à ne pas tomber dans le piège des fausses nouvelles. Selon une étude récente publiée par l’Association américaine pour l’avancement des sciences, les utilisateurs des médias sociaux de plus de 65 ans partagent près de sept fois plus d’articles contenant de fausses nouvelles que les plus jeunes. Si les raisons de ce phénomène restent inexpliquées à l’heure actuelle, cela peut toutefois indiquer que le niveau élevé de littératie numérique et médiatique des « enfants du numérique » fait office d’écran de protection. Il reste néanmoins clair que nous devons redoubler d’efforts pour former de jeunes citoyens perspicaces à même de résister aux manipulations et pour entretenir la confiance du public à l’égard des informations fiables et vérifiables et des connaissances institutionnelles.

Les plateformes de médias sociaux semblent prendre au sérieux la lutte contre la désinformation et travaillent avec de nouvelles organisations afin d’identifier clairement les sources fiables. Cependant, nous ne pouvons pas nous reposer uniquement sur elles pour trouver des solutions. Les enfants ont le droit de recevoir une éducation qui les prépare à affronter le monde dans lequel ils vivront. Or, aujourd’hui, cela passe par une meilleure littératie numérique et médiatique, une pensée critique renforcée et la capacité à évaluer des éléments probants. Le Directeur de la Direction de l’éducation et des compétences de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui considère l’esprit critique comme une compétence mondiale, inclut actuellement des questions visant à évaluer la capacité des candidats à démêler le vrai du faux dans la prochaine série de tests PISA, utilisés dans le monde entier. La mise en place d’initiatives similaires pourrait contribuer à généraliser l’éducation et la formation aux compétences de littératie numérique, lesquelles pourraient compter parmi les compétences les plus utiles à la prochaine génération. Nous devons également faire tout notre possible pour rétablir un climat de confiance et nouer des liens solides entre les jeunes et les institutions si nous voulons préserver la pérennité de nos sociétés démocratiques.

Un dernier mot…

Pour conclure, ce qui me donne le plus d’espoir, c’est que vous, les enfants et les jeunes d’aujourd’hui, prenez les choses en main en réclamant la mise en place de mesures immédiates et en vous donnant les moyens de découvrir et de façonner le monde qui vous entoure. Vous prenez position et nous vous écoutons.

À l’instar des enfants de 1989 qui sont devenus les dirigeants d’aujourd’hui, vous, les enfants et les jeunes de 2019, deviendrez les dirigeants de demain. C’est vous, désormais, qui nous montrez la voie.

Nous souhaitons œuvrer à vos côtés afin que nous trouvions ensemble les solutions dont vous aurez besoin pour relever les défis de notre époque et pour bâtir un avenir meilleur, pour vous et pour le monde dont vous hériterez.

Henrietta H. Fore

Directrice générale de l’UNICEF