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Après avoir subi quatre années d’occupation, les familles qui ont fui la Ghouta orientale ont plus que jamais besoin de notre aide

Rien ne peut me préparer à ce que je vais découvrir lorsque la voiture s’arrête à Adra, une zone industrielle au nord-est de Damas. C’est là où sont rassemblées les familles qui ont fui la Ghouta orientale. Elles y séjournent dans des écoles vides et dans des conditions extrêmement précaires. En proie à un dénuement toujours plus grand.

Par Yasmine Saker

© UNICEF/UN0185401/Sanadiki – un homme, un enfant dans son sac de voyage, se dirige vers Hamourieh où il pourra se faire évacuer de la Ghouta orientale.

Ces « lieux d’accueil » ne disposent pas d’eau potable ni d’installations sanitaires et sont surpeuplés. Beaucoup de familles sont obligées de ce fait de dormir à la belle étoile. En journée, elles doivent affronter un soleil de plomb. La nuit, en revanche, les températures chutent et le froid est mordant. Ceux qui ont pu s’emparer d’une place à l’intérieur, dorment dans les couloirs à même le sol.

“Je veux juste avoir une place pour dormir que je ne dois pas partager avec des milliers de personnes. Est-ce trop demander ?” me demande une femme.

© UNICEF/UN0187723/Sanadiki – A Adra, en Syrie, un spécialiste de la protection de l’enfance de l’UNICEF tient le petit Yusuf, qui a à peine 6 mois, dans ses bras. Il s’occupe de lui pendant que sa maman avance dans la file pour recevoir de la nourriture.

Dans ce chaos, il arrive souvent que des enfants se perdent. Nous tombons sur un petit garçon, Hamzeh, qui a lâché la main de son papa alors qu’ils faisaient la queue pour obtenir un peu de nourriture. Pendant que mon collègue part à la recherche de sa famille, parmi les milliers de personnes, le petit sanglote : “J’aurais peut-être dû mourir dans la Ghouta ? ”

Aucun enfant, aucun, ne devrait se poser cette question déchirante. Hamzeh n’est pas mort. Lui et sa famille sont des survivants, et nous avons tous une responsabilité pour aider des enfants comme lui à reprendre le dessus et à retrouver les joies de l’enfance.

© UNICEF/Syria/ 2018/ Omar Sanadiki – Des enfants s’approvisionnent en eau pour leur famille à partir de réservoirs installés par l’UNICEF. L’eau est amenée chaque jour à cet endroit par des camions citernes.

L’UNICEF amène quotidiennement de l’eau dans les centres d’accueil avec des camions citernes, et installe des réservoirs, des douches et des latrines.

Mais cela ne suffit pas. Les familles continuent à arriver en masse depuis la Ghouta orientale et les besoins ne font que croître. Les files devant les toilettes sont interminables. Les enfants doivent parfois effectuer leurs besoins à l’air libre.

© UNICEF/UN0186371/Abdulmunem – un camion de l’UNICEF apporte les quantités d’eau quotidiennes nécessaires pour remplir les réservoirs à Adra. 

Dans l’une des écoles, une maman et son fils se tiennent près d’un mur dans la cour de récréation. Pour se laver, elle utilise une bouteille d’eau. Elle attend depuis plusieurs jours son tour pour pouvoir prendre une douche mais elle a fini par abandonner. De nombreuses femmes m’ont confié qu’elles n’avaient pas pu prendre de bain ou changer de vêtements depuis plus d’un mois, lorsqu’elles avaient dû s’abriter dans la sécurité toute relative de caves surpeuplées.

“Je n’avais encore jamais pensé qu’un jour je rêverais de prendre une douche !” me raconte une femme.

De nombreux enfants et familles qui arrivent dans ces places d’accueil, ont depuis plusieurs années eu un accès très limité à des soins de santé adéquats.

© UNICEF/UN0187711/Sanadiki – Un travailleur de santé de l’UNICEF mesure la circonférence du bras d’un bébé. Il remarque très vite que la petite souffre de malnutrition aiguë sévère. Elle recevra immédiatement un traitement et des soins médicaux adaptés.

Les équipes mobiles de santé soutenues par l’UNICEF n’ont aucun répit et effectuent des consultations un peu partout. Les enfants et leurs mamans bénéficient de soins de santé de base, et dans les cas graves, ils sont transférés vers des hôpitaux.  

Ces équipes dépistent les cas de malnutrition, traitent les enfants en leur donnant des micronutriments essentiels. Elles vaccinent les enfants contre la polio, la rougeole et d’autres maladies infantiles qu’il est aisé de prévenir.

“Je traite les enfants contre les poux, la diarrhée et les piqûres d’insectes,” m’explique un médecin qui est soutenu par l’UNICEF pendant qu’elle examine un enfant dans l’une des écoles. “Il s’agit souvent de problèmes liés au manque d’hygiène,” ajoute-t-elle.

© UNICEF/UN0185407/Sanadiki

Les familles ont fui les caves où elles s’étaient abritées dans la Ghouta orientale sans emporter aucun effet personnel. Beaucoup d’enfants portent les chaussures de leur maman, alors que celles-ci marchent pieds nus. Que ne ferait pas une mère pour son enfant ?

Certains enfants ne vont plus à l’école depuis plusieurs mois. D’autres n’ont même jamais vu l’intérieur d’une classe.
“Nous voulons retourner à l’école !” s’exclament des enfants. “A notre âge, c’est vraiment dommage de n’avoir que des connaissances de base dans toutes les branches.”

L’UNICEF a commencé des actions spécifiques dans les différents lieux d’accueil pour les enfants qui n’ont plus fréquenté l’école depuis longtemps afin de leur redonner accès à l’éducation.

Nous avons également distribué des fournitures scolaires, des manuels, des cartables ou sacs à dos afin que les cours puissent reprendre.

Dans les “espaces amis des enfants”, nous organisons des activités ludiques et récréatives pour les enfants afin de les aider à surmonter les expériences difficiles vécues.

© UNICEF/UN0187721/Sanadiki – Des volontaires réalisent des activités avec des enfants qui sont pris en charge dans une des écoles.

Dans les lieux d’accueil, j’ai aussi pu observer de longues files informes et chaotiques : pour de la nourriture, du matériel hygiénique, devant les unités de santé mobiles, les toilettes, etc. Parfois, cela prend jusqu’à 20 minutes pour remonter une file à pied. Ce que je vois des images d’apocalypse, ressemble plus à un film de science-fiction qu’à la réalité. Et pourtant, cette réalité est bien là, en Syrie.

UNICEF/Syria 2018/ Omar Sanadiki- Deux garçons attendent leurs parents qui sont dans la file pour recevoir du pain. Partout, des files interminables pour la nourriture, le matériel hygiénique, devant les centres de santé et les toilettes.

Lorsque nous sommes partis, nous avons vu une maman sortir du centre de santé avec ses enfants. Ils avaient retrouvé des proches qu’ils n’avaient plus vus depuis 4 ans. Alors qu’ils tombaient dans les bras les uns des autres, s’embrassaient et pleuraient, d’autres autour d’eux les regardaient avec respect. C’était un de ces moments qui résume tout le sentiment de la perte d’autrui que des années de guerre peuvent éveiller en nous.

© UNICEF/UN0186366/Abdulmunem – Des enfants se rassemblent autour d’un collaborateur de l’UNICEF.

Nous avons des équipes qui travaillent 24 heures sur 24 pour aider toutes ces familles victimes de l’urgence. Le nombre de personnes qui doivent recevoir de l’aide dépasse clairement notre capacité.  Actuellement, nous devons nous préparer à apporter une aide humanitaire à quelque 200.000 personnes de la Ghouta orientale et de ses environs.

Les enfants de la Ghouta orientale et d’autres qui sont victimes de la violence brutale qui règne en Syrie ont désespérément besoin d’aide. Il leur faut un endroit où dormir et pour prendre une douche. Il leur faut aussi de la nourriture, des vêtements, des jouets, des soins, une éducation; bref tout ce dont ont besoin les enfants pour survivre, se sentir bien et pouvoir s’épanouir.

Yasmine Saker fait partie de l’équipe de communication de l’UNICEF en Syrie.

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