Mots-clés

Au Yémen, les enfants construisent leur avenir dans des centres d’apprentissage soutenus par l’UNICEF

Le conflit qui sévit au Yémen prive près de 2 millions d’enfants d’éducation. Beaucoup d’écoles ont été détruites, de nombreux enseignants ne sont plus rémunérés et les parents préfèrent garder leurs enfants à la maison pour les préserver de la violence. A ces trois problèmes qui hypothèquent l’avenir des enfants, l’UNICEF a su apporter une solution. De nombreux enfants ont ainsi retrouvé les bancs de l’école. Shatha et Ashraf sont deux d’entre eux.

Shatha et ses condisciples participent à des activités éducatives et récréatives dans l’école de Sinan Hatroum à Sana’a, © UNICEF Yémen/2018/Ahmed Aldobhani.

Shatha Abdul Aziz a 13 ans. Elle et sa famille ont fui Hodeidah, la ville où elle a grandi, lorsque les combats se sont intensifiés l’année dernière. Ils ont trouvé refuge dans la capitale Sana’a mais il leur a fallu repartir de zéro. “Nous avons dû abandonner notre maison et tout ce que nous possédions pour fuir la guerre”, raconte Shatha.

Shatha entamait alors sa 7e année. Pour elle, il était essentiel de reprendre l’école au plus vite. Son souhait a été exaucé puisqu’elle est actuellement dans un centre d’apprentissage soutenu par l’UNICEF à Sana’a. Elle y reçoit des cours particuliers pour rattraper son retard et bénéficie d’un suivi psychologique.

Shatha, 13 ans, a fui Hodeidah. Elle est occupée à réaliser un bricolage dans le centre d’apprentissage de Sana’a. ©UNICEF/2018/Ahmed Aldobhani.

Lorsque je me suis rendue pour la première fois dans le centre d’apprentissage de l’école de Sinan Hatroum, je ne me sentais pas à l’aise. C’était l’été dernier”, confie Shatha. “J’étais triste et je me tenais à l’écart dans la classe. J’avais honte de ma couleur de peau”.

Mais son institutrice, Aman Salam, a vite remarqué le trouble de sa jeune élève. “Lors des activités ludiques et récréatives qui sont organisées pour déstresser les enfants et leur apporter un soutien psychosocial, Shatha se tenait fort en retrait. Elle hésitait à se présenter aux autres élèves et à jouer avec elles”, raconte Aman.

Dans le centre d’apprentissage de Sinan Hatroum, à Sana’a, les élèves pratiquent des activités très différentes telles que la peinture, la couture et le tricot. © UNICEF Yemen/2018/Ahmed Aldobhani

L’enseignante de Shatha n’a pas baissé les bras. Elle a aidé la jeune fille à développer sa confiance en elle pour l’aider à s’intégrer plus facilement au groupe. “Mon institutrice me disait que j’avais un beau sourire et que je devais plus souvent le montrer. Elle m’a encouragée à participer aux activités”, se rappelle Shatha. La jeune fille timide a pris peu à peu de l’assurance, surtout après avoir gagné un concours dans le cadre des cours sur les compétences de vie.

“Maintenant j’ai beaucoup d’amies. Nous déjeunons et jouons souvent ensemble”, raconte Shatha en riant. “J’espère pouvoir revoir ma maison bientôt et trouver là-bas un centre comme ici. »

Ashraf surmonte son handicap grâce au soutien éducatif et psychosocial qu’il reçoit

Ashraf ,17 ans, prend part à des activités fort différentes dans le centre d’apprentissage de l’école Ibn Majed à Sana’a, © UNICEF Yémen/2018/Ahmed Aldobhani.

Dans un autre centre d’apprentissage que celui où nous avons laissé Shatha, qui est lui aussi soutenu par l’UNICEF, Ashraf a vécu une histoire un peu similaire. L’adolescent est en 8e année. A la suite d’une maladie néonatale, il a contracté un handicap qui réduit sa mobilité et sa faculté de s’exprimer.

Ses parents ne disposaient pas de moyens financiers suffisants pour l’envoyer dans une école spécialisée. Le jeune ado a donc fréquenté une école publique jusqu’à ses 15 ans. Un jour, son papa, qui est professeur de mathématiques, a entendu parler d’un centre d’apprentissage spécialisé soutenu par l’UNICEF qui ouvrait ses portes dans le voisinage. Il a convaincu aussitôt son fils d’y aller.

Evidemment, s’il appréhendait un peu de rencontrer tous des nouveaux visages, Ashraf s’est très vite senti à l’aise dans le centre.

“J’aime bien venir ici. Les enseignants sont très gentils. Je peux me consacrer à mes hobbys et pratiquer le football avec d’autres élèves.“

Ashraf étudie des mathématiques avec son père en s’aidant d’un jeu « électro” conçu par le laboratoire d’innovation de son école. Cette méthode facilite les processus d’apprentissage. © UNICEF Yémen/2018/Ahmed Aldobhani.

Ashraf prend une part active aux activités sportives et culturelles du centre tout en bénéficiant d’un suivi psychosocial de la part de ses éducateurs.

Le centre d’apprentissage Ibn Majed se singularise par la part importante qu’il dédie aux sciences. L’école n’a pas hésité, par exemple, à ouvrir un laboratoire d’innovation, où les élèves sont encouragés à développer leurs aptitudes scientifiques. Avec l’aide de son père, Ahraf a participé à un projet destiné à faciliter l’apprentissage des tables de multiplication grâce à un jeu de type « électro » concu dans l’incubateur d’innovation.

“Je suis très fier de mon fils et heureux de voir qu’il apprend mieux depuis qu’il est au centre”, raconte le père d’Ashraf. “Je tiens à remercier tous les assistants sociaux et les enseignants qui soutiennent mon fils et qui l’encadrent psychologiquement quand il en a besoin.”

Ashraf joue aux échecs avec des amis au centre Ibn Majed de Sana’a, © UNICEF Yémen/2018/Ahmed Aldobhani.

Les conséquences du conflit sur l’éducation

Le conflit au Yémen laisse des cicatrices importantes. Le pays risque de sacrifier toute une génération à cause de la violence, des déplacements de population, de la pauvreté et de l’analphabétisme. Voici quelques chiffres édifiants :

  • Une école sur cinq n’est plus fonctionnelle parce qu’elle a été détruite ou réquisitionnée à des fins militaires ou humanitaires.
  • La plupart des enseignants des écoles publiques ne sont plus payés depuis deux ans. De ce fait, ce sont 4 millions d’enfants qui risquent d’être complètement déscolarisés avec une part importante qui pourraient être victimes de mariages précoces.
  • Au moins 2 millions d’enfants, soit 1 enfant sur 3, ne vont pas à l’école pour l’instant au Yémen.

Avec l’aide de ses partenaires, l’UNICEF développe des programmes qui visent à garantir une éducation de qualité aux enfants de tout le pays.

En 2018, 157.000 enfants touchés par le conflit ont à nouveau eu accès à l’école grâce à des espaces temporaires d’apprentissage, des écoles rénovées ou remises en état ou des bourses.

En 2019, nous poursuivons nos efforts dans ce domaine pour permettre à au moins 639.000 enfants de continuer leurs études et d’avoir ainsi une réelle chance d’avenir.

L’éducation n’est pas seulement utile pour entretenir la cohésion sociale des communautés, elle est également le moyen qui permet aux enfants d’oublier la violence et les conséquences de la perte. Elle est aussi la seule voie d’avenir pour les enfants.

Vous pouvez également aider en faisant un don en faveur des enfants du Yémen