En Belgique certains enfants sont moins égaux que d’autres

UNICEF Belgique remet le rapport alternatif des enfants au Comité des Droits de l’Enfant des Nations unies. Enfants migrants, enfants en situation de pauvreté ou en difficulté scolaire. Tous espèrent que leur voix sera entendue.

Genève/Bruxelles/4 juin 2018 – Une délégation d’UNICEF Belgique a remis aujourd’hui au Comité des Droits de l’Enfant, cet organe mondial indépendant de contrôle de l’application des droits de l’enfant à Genève, un rapport alternatif reprenant les témoignages et les recommandations d’enfants et de jeunes vulnérables de Belgique.

Depuis 1999, « What do you think ?», un projet de l’UNICEF, permet de collecter la parole des enfants vulnérables.  Le rapport présenté aujourd’hui est le résultat de trois consultations successives réalisées ces huit dernières années. La lecture de ce document est primordiale. Elle offre un canal direct sur le vécu, les sentiments et les opinions d’enfants fragilisés, ici, en Belgique.
« On m’a demandé d’aller là-bas seule. Moi là-bas, près de l’Office, je m’embrouille, il y a beaucoup d’entrées, beaucoup de sorties. Je me suis promenée avec mon enfant toute la journée. Ma tutrice est venue me chercher gare du nord puis, après le rendez-vous, elle est partie. Je ne savais même pas où on achetait les tickets, où était la voie. Ça s’est mal passé. Pour retrouver la gare du nord, trouver le bon quai, acheter mon ticket et rentrer au centre, il m’a fallu plus de trois heures. » Le témoignage est brut. Sans filtre. Il émane d’une jeune fille. Mineure. Migrante. Et déjà maman. Son désarroi et sa solitude sont symptomatiques des difficultés rencontrées par de jeunes mères mineures en exil.

Les centaines de récits d’enfants qu’UNICEF Belgique a récoltés depuis 1999 sont forts et bouleversants. Des récits multiples et variés qui donnent un écho puissant à la parole des enfants les plus vulnérables. Ceux qui ont quitté leur pays et se sont réfugiés en Belgique. Ceux qui souffrent de pauvreté. Ceux qui pâtissent des inégalités scolaires dans le système d’enseignement belge.

A chaque fois, l’UNICEF est allé à leur rencontre. Collectant patiemment les opinions, les sentiments de ces enfants. Impossible pour des adultes d’ignorer ces témoignages ou de parler à la place des enfants. Ces enfants savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin. Ils décrivent parfaitement les épreuves qu’ils traversent. Il suffit de tendre l’oreille.

L’égalité des chances à l’école est un des thèmes prioritaires du rapport.  Ce qui frappe d’emblée c’est la clairvoyance des jeunes socialement vulnérables qui ont été interrogés.

Dès le plus jeune âge, ils réalisent que la Belgique est faite d’un système scolaire à deux vitesses. D’écoles « de pauvres » et d’écoles « de bourges ». Un système qui les relègue de filières en filières, qui véhicule parfois des préjugés flirtant avec le racisme et ne leur donne pas les mêmes chances qu’à des enfants plus aisés. « J’ai l’impression qu’on regarde surtout d’où je viens et pas qui je suis », lâchait, avec une franchise désarmante, une jeune fille que nous appellerons Latifa.

Les enfants décrivent l’état de délabrement de leur quartier, de leur école. « Il y avait dans notre classe beaucoup d’humidité dans les murs, les plafonds. En hiver, les fenêtres étaient cassées. » Leurs rapports au corps professoral sont contrastés. Certains enseignants font tout pour l’avancement de leurs élèves, pour leur donner confiance. Mais dans de nombreux cas, les enfants issus de catégories populaires ont l’impression que les professeurs ont lâché l’affaire, qu’ils ne croient plus en eux. « Un mauvais prof, quand tu ne comprends pas, il te dit  »laisse tomber » », témoigne un jeune enfant.

Cette fracture sociale, les enfants qui vivent dans les quartiers populaires la ressentent en permanence dans leur environnement, dans leur quartier. Elle fut l’objet de nombreuses consultations des enfants menées entre 2010 et 2017. Leur quartier est fait de rencontres, de joies et d’amitiés. Mais aussi de délabrement, et parfois de violences, de mauvaises fréquentations. « Dans le quartier, on y grandit, on y survit, on s’y protège comme on peut. Dans le parc on joue au milieu des dealers, des trafics, des crottes de chiens et des gangs. »

Et puis surtout, il y a la pauvreté, jamais très loin des réalités quotidiennes des enfants. Ces derniers se plaignent rarement de leur situation. Ils disent ne manquer de rien. Mais au détour d’une phrase, on comprend l’ampleur de leurs difficultés. « Dans la chambre, il y a de la moisissure sur les murs », raconte une jeune fille. « Chez nous, il pleut à l’intérieur », enchaîne un petit garçon. Et cette pauvreté contamine des droits élémentaires, comme ceux de l’accès aux soins : « Tout le monde a le droit d’être soigné, affirmait un jeune enfant. Mais on n’a pas les mêmes moyens et il faut payer. Des familles se privent de soins. »

Les enfants qui se sont confiés et livrés, espèrent que leur participation aura du sens. Qu’elle servira à quelque chose. Ces jeunes gens ne se contentent pas d’exprimer un ressenti, ils adressent aux dirigeants des recommandations précises et calibrées, qu’UNICEF Belgique se charge de transmettre aux autorités compétentes.

Des enfants migrants et réfugiés réclament, par exemple, des procédures limitées dans le temps ou un accompagnement dans des petites structures ou des familles d’accueil. Des enfants pauvres et placés en institution, donc loin de leur famille, demandent à ne pas être séparés de leurs frères et sœurs.

Dans les quartiers populaires, des enfants aimeraient jouer dans des parcs, des terrains de foot et de basket bien entretenus. Ils aimeraient vivre dans un environnement sain et sécurisé. Plus largement, les enfants souhaiteraient que toutes les écoles donnent les mêmes chances à tous les enfants.

« Les recommandations des enfants sont nombreuses et forment un programme d’action ambitieux. Selon le vieil adage, « la vérité sort de la bouche des enfants ». « What do you think ? » permet d’écouter la vérité des enfants en difficulté. Leur vision des choses. Il est temps de prendre en compte cette parole. Au niveau des autorités compétentes, bien sûr.  Mais aussi à chaque niveau où nous pouvons contribuer à améliorer la vie de ces enfants, que ce soit au niveau de notre engagement personnel, de nos familles, de nos communes, de nos associations, de nos clubs sportifs. En diffusant les recommandations des enfants, et en contribuant à les mettre en œuvre », explique Olivier Marquet, Directeur général d’UNICEF Belgique.

 


Rapport disponible ici


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Philippe Henon
Attaché de presse
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