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Elle a échappé à Boko Haram. Elle aide maintenant les autres à se remettre.

Lorsque Tabita Baana a fui son village pendant une nuit de terreur, elle ne savait pas encore qu’elle apprendrait en route comment elle pourrait protéger les autres filles et devenir une jeune dirigeante dans la communauté de réfugiés de Minawao.

UNICEF/A.BRECHER
UNICEF/A.BRECHER

Tabita Baana avait à peine 15 ans quand Boko Haram a attaqué son village au Nigéria pour la première fois.

“Depuis toujours j’ai eu envie de rester dans mon village Tchikele pour le reste de ma vie, » raconte Tabita. « Le seul paysage que je connais, c’est celui qui entoure nos huttes de boue. C’était un endroit paisible. J’y habitais chez ma grand-mère et j’étais heureuse. Je ne voulais aller nulle part ailleurs. Je ne suis pas vraiment une grande voyageuse. Mais parfois la vie en décide autrement. »

Ça s’est passé la nuit. Des tirs, des explosions. Tabita n’a pas toute de suite compris ce qui se passait, mais sa grand-mère le savait. Le groupe armé dont parlaient les aînés du village était arrivé chez nous.

“Ils rentraient chez nous,” se souvient Tabita. Nous pensions qu’ils allaient nous tuer, mais ils avaient d’autres projets.

Ils ont demandé à ma grand-mère de les suivre et ils ont commencé à négocier avec elle. Leur but était clair et atroce; ils voulaient se marier avec Tabita – la seule fille de la famille.

Photo:UNICEF/A.BRECHER
Photo:UNICEF/A.BRECHER

Tabita à Minawao

“Ils ont dit à ma grand-mère qu’elle devait leur payer, si elle ne leur donnait pas Tabita en mariage. Sinon, ils allaient simplement me kidnapper et tuer ma grand-mère. »

De manière inattendue, les hommes armés ont quitté notre maison après avoir fait cet offre. « Ils disaient qu’ils allaient revenir. Ma mère m’a donné un peu de nourriture pour la route et m’a incité à fuir en courant. »

Tabita a mis quelques jours avant d’arriver à Tchinéné, le village où habitait son père et où il travaillait comme fermier. Sur la route, elle s’est caché dans des champs de blé à dans les montagnes.

« C’étaient les pires moments de ma vie, » se souvient-elle. « Mais quand j’ai retrouvé mon père, que je n’avais pas vu depuis des mois, j’étais tellement heureuse que j’ai presque oublié tout ce qui s’était passé. »

Etonnamment, la grand-mère de Tabita a également pu atteindre le village quelques jours après. Elle s’était échappée la même nuit que Tabita, mais elle a dû se cacher plus longtemps. Boko Haram était toujours dans les parages et ils la recherchaient.

« A ce moment-là, nous pensions que tout allait s’arranger. J’avais mon père et ma grand-mère près de moi. Nous avions un sentiment de stabilité. Je me faisais de nouveaux amis et j’étais heureuse.

Mais l’épreuve de Tabita n’était pas finie.

“Il y a eu quelques mois de paix, mais ensuite, tout s’est effondré. De nouveau. »

Une nuit, Boko Haram a attaqué Tchinéné. Ils ont brûlé les maisons et ont tué tous les gens. Dès que les parents de Tabita ont entendu les premiers tirs, ils ont fui le village. Le temps de trouver un abri, le village entier était en feu.

La famille a finalement pu fuir vers la frontière avec le Cameroun. De là, ils ont gagné le camp de réfugiés à Minawao, entassés dans des camions.

Photo: UNICEF/A.BRECHER
Photo: UNICEF/A.BRECHER

Le camp de réfugiés à Minawao

“C’était très difficile pour nous, de nous réinstaller à ce nouvel endroit, vu que nous avions été chassés de notre maison à deux reprises. Mais, au moins, à Minawao, nous savions que nous étions en sécurité. »

Tabita a mis longtemps à se sentir à nouveau à l’aise dans le camp, et à se faire de nouveaux amis. C’est l’organisation ALDEPA, partenaire de l’UNICEF en matière de protection de l’enfance, qui l’a aidé à se rétablir et à retrouver sa place à l’école. Cette organisation œuvre afin de réhabiliter les enfants réfugiés. Dans le programme de réinsertion sociale proposé à Tabita figuraient des jeux et des formations pour apprendre des aptitudes à la vie quotidienne. Tabita était très contente d’apprendre à coudre des robes et des accessoires.

“Grâce à ces activités, j’ai rencontré beaucoup de filles de mon âge. Elles sont devenues mes amies, ma nouvelle famille. Lors de nos conversations, j’ai appris qu’il y avait des cas de violence domestique et des mariages précoces. J’en ai parlé avec l’un des assistants sociaux de l’ALDEPA, qui m’a conseillé de devenir monitrice pour encadrer un groupe de filles. »

© UNICEF/UN058879/Gilbertson / VII Photo
© UNICEF/UN058879/Gilbertson / VII Photo

Ces groupes, qui sont menés par des travailleurs sociaux, aident les jeunes filles réfugiées à parler des problèmes auxquels elles peuvent être confrontés. Ils leurs montrent aussi les opportunités ainsi que les risques susceptibles de se présenter à elles.

“Mon rôle, c’est de monitorer, d’identifier des cas de violence et d’inciter les victimes à parler aux travailleurs sociaux, pour qu’ils puissent prendre action pour protéger les filles.

Que Tabita se soit rétablie après son épreuve, est un vrai miracle. Elle pensait qu’elle ne serait plus jamais capable de profiter de la vie, mais aujourd’hui elle se fait un peu moins de soucis. » Je ne peux pas dire que je suis heureuse, mais j’arrive à oublier ce qui s’est passé et à penser à l’avenir. »

Tabita aimerait bien devenir professeur. Lors du conflit, elle a compris que l’éducation est très importante. « C’est ainsi que nous pourrons vaincre Boko Haram, à jamais.»

Quand nous lui demandons où elle aimerait devenir prof, elle sourit : « Dans mon village à Tchikene. Cet endroit me manque énormément. Un jour, il y aura la paix au Nigéria du nord. C’est à ce moment-là que mon périple se terminera. »
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