En Ukraine orientale, on tire sur les écoles.

Des impacts de balles dans les châssis des fenêtres des salles de classe, des bus scolaires qui ne sont jamais certains d’arriver entiers à destination, des caves servant d’abris antiaériens, des munitions non explosées sur les plaines de jeux, voilà le décor affreux dans lequel grandissent les enfants en Ukraine orientale.

Cinq années de conflit ont eu un impact dévastateur sur le système scolaire et des conséquences très négatives sur la scolarité de près de 400.000 étudiants qui vont à l’école près de la ligne de front. Depuis le début du conflit, ce ne sont pas moins de 750 écoles qui ont été la cible volontaire ou arbitraire de tirs et de bombardements. Beaucoup sont détruites ou plus du tout opérationnelles.

Le tribut psychologique payé à la guerre est très élevé. Les enfants ne dorment plus la nuit à cause du bruit de tirs incessants. Le stress qu’ils éprouvent parce que leur bus scolaire longe la ligne de front a des conséquences psychologiques importantes sur eux.

Voici quelques-uns de ces enfants qui vivent et grandissent dans ces conditions.

Masha et Yura, deux enfants comme tous les autres

Masha, 11 ans, et son frère Yura, 9 ans, en route pour l’école en Ukraine. – UNICEF/UN0263670/Morris VII Photo

Avec leurs parents et leur petit frère, ils vivent à Novotoshkivske, en Ukraine orientale. Les cours préférés de Yura sont l’anglais et l’informatique. Il aime jouer à cache-cache dans le parc et collectionne les châtaignes qu’il y ramasse. Masha préfère les mathématiques et aime lire. Plus tard, elle veut devenir chanteuse.

Mais …

UNICEF/UN0243152/Morris VII Photo

En janvier 2015, leur école a été détruite par des grenades et des chars. “Il n’y a pas que l’école qui a été détruite. La ville aussi a essuyé des tirs et durant de longues heures,” raconte Masha. “J’avais très peur. Le bruit était assourdissant. Je n’entendais plus rien.” poursuit-elle.

Masha explique que son plus jeune frère pleure encore dès qu’il entend des tirs. Alors, elle lui donne des bonbons et essaie de le consoler en lui faisant croire que « ce sont les adultes qui jouent.”

“J’étais à la maison chez ma grand-mère lorsque les tirs ont commencé et que les vitres ont volé en éclats. J’étais choquée et je me suis réfugiée dans la salle de bains. »

Artyom, 10 ans, un enfant comme tous les autres

UNICEF/UN0243035/Morris VII Photo

Artyom vit avec sa famille dans la ville de Mayorsk, le long de la « ligne de contact » là où les combats entre belligérants peuvent être les plus violents. Il aime jouer au football et son équipe préférée est le FC Barcelone. Quand il sera grand, Artyom aimerait jouer pour le club local. A la maison, il peut regarder la télé mais uniquement quand ses devoirs sont terminés et qu’il a donné un coup de main aux travaux domestiques. En hiver, il adore jouer avec ses amis dans la neige. L’hiver dernier, les enfants ont aménagé eux-mêmes une patinoire même si aucun d’entre eux n’a de patins.

Mais …

UNICEF/UN0243147/Morris VII Photo

Artyom a reçu un éclat de grenade dans le bas du dos. Les médecins ont déjà enlevé trois morceaux de métal de son dos. En septembre 2014, un tir de mortier est tombé près de lui et de sa famille au moment où ils étaient dans le jardin. Depuis, le jeune garçon éprouve régulièrement des maux de tête et se rend plusieurs fois par mois chez un médecin pour faire contrôler sa vue.

Diana, 14 ans, une enfant comme toutes les autres.

UNICEF/UN0243115/Morris VII Photo

Diana vit avec sa maman près de la zone des combats. Elle se rend tous les jours à l’école à Opytne et veut devenir puéricultrice. « J’adore m’occuper des enfants. Je m’entends bien avec eux,  » raconte-t-elle.

Mais …

© UNICEF/UN0243118/Morris VII Photo

Diana doit se réveiller chaque jour à 5h30 pour effectuer les deux heures de trajet qui la conduise vers une école plus sûre. Son ancienne école à Horlivka a été détruite. Elle doit franchir quotidiennement un point de contrôle pour aller à l’école ou pour faire des courses dans des magasins. Les autres jeunes du village ne peuvent pas lui rendre de visite parce qu’elle vit dans une zone trop dangereuse.

A la maison sa famille n’utilise que le strict nécessaire. Le reste est empaqueté dans l’éventualité où il faudrait fuir d’urgence. « Nos paquets sont prêts au cas où les choses se gâteraient et où nous devrions partir, » raconte la maman de Diana.

Sonya, 16 ans, une enfant comme toutes les autres

UNICEF/UN0243137/Morris VII Photo

Sonya vit avec sa mère et sa petite sœur. Plus tard, elle espère devenir procureur. Ou peut-être juge, raconte sa maman. Ils vivent dans un flat dans la zone de combats à Mayorsk, en Ukraine orientale. Avant, elle jouait à cache-cache avec ses amies ou jouait dans les bois.

Mais …

UNICEF/UN0243132/Morris VII Photo

Les endroits où Sonya avait l’habitude de jouer sont devenus beaucoup trop dangereux. « Nous avons encore le terrain de football où nous pouvons jouer. Ailleurs c’est trop risqué à cause des mines qui sont partout », précise la jeune fille. Sonya et sa famille sont originaires de Mayorsk et ont quitté la ville au plus fort des combats. Mais ils sont revenus en 2017.

Sonya fut choquée lorsqu’elle a découvert l’état de leur petit appartement – les vitres étaient au sol, les alentours truffés de mines et de munitions non explosées. « Je ne reconnaissais rien – tout avait changé », se souvient Sonya. « Le poste de contrôle, les blocs de ciment, les panneaux d’avertissement ; tout cela était tellement nouveau et étrange à la fois »

Dima, 15 ans, un enfant comme tous les autres

© UNICEF/UN0243117/Morris VII Photo

Dima vit avec ses parents aux abords d’un petit village nommé Bakhmutka, dans l’est de l’Ukraine. Il aime faire du sport. Avant, il jouait souvent au volleyball ou au football dans son école après les cours. Dima aime les animaux, surtout les chiens. Plus tard, il voudrait être vétérinaire.

Mais …

© UNICEF/UN0243144/Morris VII Photo

Dima entend presque chaque jour des coups de feu, parce que sa maison est fort proche de la zone des combats. Il dit qu’il est déjà habitué à cette situation et à cette nouvelle manière de vivre. Sa mère explique cependant que son fils peut être nerveux à certains moments de la journée et qu’il se réveille parfois la nuit en criant.

Dima explique que les enfants qui sont nés lors du conflit sont privés d’une partie de leur enfance. « Ils ont grandi avec des bruits d’artillerie dans la tête. Moi j’ai quand même connu un peu la paix.”

Edik, 13 ans, un enfant comme tous les autres

© UNICEF/UN0243126/Morris VII Photo

Edik vit avec ses parents et sa petite sœur dans un appartement au centre de Bakhmutka. Il raconte qu’il joue parfois au ballon, et qu’il aimait se rendre dans les bois pour cueillir des champignons ou des groseilles. Maintenant, il participe aux tâches ménagères ou va chercher de l’eau à la pompe avec son père pour que sa maman puisse faire les lessives. « Quand j’ai terminé tous ces travaux, je peux commencer à jouer », raconte-t-il. Il se rend à l’école en bus scolaire. Plus tard, il voudrait être agent de police.

Mais …

© UNICEF/UN0243123/Morris VII Photo

Ce n’est pas facile d’aller à l’école. Avant Edik se rendait à l’école de Horlivka jusqu’au moment où celle-ci fut bombardée. En 2015, lorsque nous étions au plus fort des combats, Edik recevait des cours à domicile. Maintenant, il est inscrit dans une école plus éloignée mais moins exposée aux tirs et aux bombardements.

Le chemin pour aller à l’école est difficile et fatigant. Un jour son bus a pu éviter de justesse un tir de mortier qui a laissé un cratère ouvert sur la route.

« Ici, il n’y a pas d’autres enfants avec qui jouer », déplore le jeune garçon. « Avant, il y avait six autres enfants. Mais ils sont tous partis en 2014. »

Sasha, 9 ans, une enfant comme toutes les autres.

© UNICEF/UN0243127/Morris VII Photo

Elle vit avec ses parents et sa sœur aînée à Bakhmutka dans la région de Donetsk. Sasha dit qu’elle n’aime pas aller à l’école et qu’elle préfère rester à la maison avec sa maman et ses six petits chats à regarder des dessins animés ou à jouer à cache-cache avec ses amies du village. La nuit, elle dort avec sa chatte préférée Mitiay, et un énorme ours en peluche qui s’appelle Bublik. Elle prend le bus pour aller à l’école.

Mais …

© UNICEF/UN0243129/Morris VII Photo

Il est difficile voire dangereux de se rendre à l’école. Le bus s’approche assez bien de la zone des combats et se trouve pendant une bonne partie du trajet complètement exposé aux bombes.

Bien que leur maison n’ait pas encore été touchée, ils ont vu 4 ou 5 tirs de mortier s’abattre sur les maisons du voisinage. « Les voisins ont trop peur de dormir dans leur maison et préfère passer la nuit dans leur cave », raconte Sasha. « L’année dernière, nous avons assisté à des combats très violents et nous avons vu des grenades voler au-dessus de notre maison. Papa nous a emmenés nous réfugier dans la cave des voisins. Nous y sommes restés deux nuits.”

Selon la maman de Sasha, on a spolié les enfants de la région d’une grande partie de leur enfance. « Les enfants jouent à des jeux violents ou à des jeux de guerre, imitent des scènes de violence, avec des checkpoints et des soldats. Ils grandissent trop vite et ont déjà trop vécu pour leur âge : ils connaissent le type d’armes que l’on utilise, comment on les décharge, etc. »

Que fait l’UNICEF?

L’UNICEF demande de mettre immédiatement un terme aux combats et d’assurer la protection des enfants. Nous demandons à toutes les parties au conflit de respecter la ‘Safe Schools Declaration’, un accord politique intergouvernemental destiné à prendre des mesures concrètes pour protéger les élèves, les enseignants et les établissements scolaires contre des attaques délibérées ou arbitraires lors de conflits armés.

L’UNICEF travaille avec différents partenaires en Ukraine orientale pour dispenser un soutien psychologique et des informations préventives quant aux dangers des mines aux centaines de milliers d’enfants touchés par ce conflit. Nous apportons également notre soutien aux institutions scolaires. Nous mettons tout en œuvre pour restaurer les écoles primaires et maternelles et remplacer le matériel éducatif, les infrastructures sportives et le mobilier de classe.

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