Guerre au Yémen : le nombre d’enfants soldats augmente

Tout au long de l’histoire mouvementée du Yémen, les enfants ont été armés et envoyés dans la bataille par un réseau de groupes armés et par les forces du régime. La communauté internationale a tenté de mettre fin à cette pratique, et au cours des dernières années, l’ONU a poussé le gouvernement et le groupe rebelle d’al-Houthi à ne plus utiliser des enfants soldats – et ce avec succès.

Une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite a lancé plusieurs frappes aériennes pour aider le gouvernement du Yémen à combattre les rebelles armés d’al-Houthi. Dix mois après le début de la guerre, le nombre d’enfants soldats a fortement augmenté.
Une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite a lancé plusieurs frappes aériennes pour aider le gouvernement du Yémen à combattre les rebelles armés d’al-Houthi. Dix mois après le début de la guerre, le nombre d’enfants soldats a fortement augmenté.

Interview avec Julien Harneis, représentant de l’UNICEF au Yémen, publié le 23/01/2016 dans The Huffington Post

Tout au long de l’histoire mouvementée du Yémen, les enfants ont été armés et envoyés dans la bataille par un réseau de groupes armés et par les forces du régime. La communauté internationale a tenté de mettre fin à cette pratique, et au cours des dernières années, l’ONU a poussé le gouvernement et le groupe rebelle d’al-Houthi à ne plus utiliser des enfants soldats – et ce avec succès.

Toutefois, en mars 2015, une prise de contrôle progressive d’al-Houthi a entraîné l’Arabie Saoudite, ainsi qu’une coalition d’alliés à lancer des frappes aériennes en soutien du gouvernement du Yémen. Dix mois après, la guerre civile a coûté la vie à plus de 6000 personnes, dont 700 enfants, et le nombre d’enfants soldats a de nouveau fortement augmenté.

Entretemps, la guerre a provoqué une catastrophe humanitaire dans le pays, qui figure déjà parmi les pays les plus pauvres du monde arabe. Près de 1.3 million d’enfants en dessous de 5 ans sont exposés au risque de malnutrition, et au moins 2 millions d’enfants ne vont pas à l’école.

Julien Harneis, représentant de l’UNICEF au Yémen, raconte comment les enfants sont placés de force en première ligne.

© UNICEF/UNI182889/Hamoud  La guerre au Yémen a également provoqué une catastrophe humanitaire. Au moins 2 millions enfants dans le pays ne vont pas à l’école.
© UNICEF/UNI182889/Hamoud
La guerre au Yémen a également provoqué une catastrophe humanitaire. Au moins 2 millions enfants dans le pays ne vont pas à l’école.

Est-ce que les enfants ont toujours participé au conflit au Yémen ?
C’est un problème de longue date au Yémen. Dans la culture yéménite, on considère qu’on arrive à l’âge adulte vers 14 ans. Etre un homme signifie entre autre prendre une arme. Le Yémen possède le deuxième taux le plus élevé d’armes par habitant au monde après les Etats-Unis. Il y a donc une forte culture d’armes dans la société yéménite. Cependant, le conflit actuel a amplifié le problème. Plus d’enfants sont recrutés par les groupes armés qu’auparavant. Il y a une guerre dans le pays et les enfants sont entraînés dans le conflit.

Est-ce que toutes les parties au conflit utilisent des enfants soldats?
C’est un phénomène que nous observons plus fréquemment chez les Houthis. Cepandant, nous le remarquons également chez les comités populaires [pro-gouvernementaux] dans le sud du Yémen. Cela ne se limite donc pas à un groupe en particulier.

A quoi ressemble la vie d’un enfant soldat au Yémen? Sont-ils payés ? Sont-ils envoyés au combat?
Ils reçoivent en effet un petit montant. Beaucoup d’enfants surveillent les points de contrôle sur les routes – en fait j’en ai vu ce matin. Mais ils se retrouvent aussi en première ligne dans les combats. Beaucoup d’enfants ont été capturés par des groupes armés rivaux, et de plus en plus d’enfants sont tués lors des combats.

Pouvez-vous nous donner une estimation réaliste du nombre d’enfants soldats au Yémen aujourd’hui?
Malheureusement, cela est impossible à déterminer à l’heure actuelle. Pour faire une estimation, nous devrions être en mesure de voyager à travers le pays et de faire un comptage, ce qui n’est pas faisable dans le contexte actuel. En me basant sur mes voyages dans le pays et en ayant travaillé à plusieurs endroits au Yémen, je peux confirmer qu’une proportion significative des combattants sont des enfants.


« Le Yémen a le deuxième taux le plus élevé d’armes par habitant au monde après les Etats-Unis. Il y a donc une forte culture d’armes dans la société yéménite. »

Quelles sont les raisons principales qui amènent les enfants à rejoindre les rangs des combattants?
La pression sociale est sans conteste l’une des causes de ce phénomène. Les enfants estiment qu’en prenant les armes, ils font ce qui s’impose. Une autre cause est économique. Les jeunes enfants qui rejoignent un groupe armé reçoivent une petite somme d’argent, ce qui les incite à participer. D’ailleurs, nous voyons que de plus en plus de groupes armés encouragent activement les enfants et augmentent la pression sur eux pour qu’ils rejoignent leurs rangs.

Est-ce que des enfants de tous horizons sont recrutés?
Cela dépend vraiment de la dynamique du conflit. Lors des combats dans la ville d’Aden, des enfants des zones urbaines étaient impliqués. Les enfants issus de milieux défavorisés sont en général plus vulnérables, mais il y a aussi des cas d’enfants recrutés venant de familles à revenu moyen. Il s’agit d’un phénomène assez répandu.

© UNICEF/UNI182891/Hamoud - Une grande partie des progrès réalisés pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats a été perdue, dit Harneis.
© UNICEF/UNI182891/Hamoud – Une grande partie des progrès réalisés pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats a été perdue, dit Harneis.

Avant la guerre, l’ONU a fait des progrès en obtenant des engagements de la part du gouvernement du Yémen et des Houthis, de ne plus utiliser des enfants soldats. Est-ce que tout ce travail e été réduit à néant ?
Nous avons réussi à maintenir un minimum de dialogue à ce sujet avec les Houthis, les comités populaires et les forces armées – comment les enfants peuvent être libérés, et comment éviter que plus d’enfants ne soient recrutés. Mais nous n’avons pas encore de résultats.

Bien évidemment, une grande partie des acquis a été perdue – non seulement en matière de recrutement des enfants soldats, mais aussi au niveau du projet politique vers une société plus paisible.

Qu’est ce que la participation des enfants à la guerre au Yémen présage pour l’avenir du pays ?
C’est terrible de voir des enfants qui n’ont que 10 à 11 ans qui portent des Kalashnikovs. C’est vraiment immoral. De plus, l’éducation de centaines, voire de milliers d’enfants est entravée. Au lieu de contribuer au développement de leur société grâce à l’éducation, de se lancer dans les affaires ou de travailler pour les services de santé, ils n’auront pas ces chances. Cette situation rendra la société encore plus violente, ce qui est profondément déplorable.

Cette interview a été éditée et résumée à des fins de clarté.

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