Hiver : une Europe paralysée et des enfants migrants transis

Nous pensions ne plus revoir cela. Et pourtant, cet hiver encore, des images d’enfants migrants exposés aux rigueurs de l’hiver sont apparues dans les médias et nous ont touchés.

© UNICEF/UN049071/Georgiev
© UNICEF/UN049071/Georgiev

Il y a un an, on voyait des enfants réfugiés transi de froid en Macédoine. Aujourd’hui, les mêmes scènes se répètent en divers endroits de la Grèce et dans les Balkans.

La vague de froid et la situation dramatique qu’elle a provoquée pour les migrants et les réfugiés s’est à nouveau invitée à l’agenda. Elle nous rappelle à quel point l’Europe fait preuve d’inertie pour protéger ces enfants. Chronique d’une crise annoncée en cinq chapitres :

1. La fermeture des frontières

Devant le flux massif de familles désespérées fuyant la violence, plusieurs pays ont décidé de fermer leurs frontières. Ces fermetures ont eu pour conséquence de bloquer des milliers de personnes et d’enfants dans les Balkans.

L’UNICEF a calculé que près de 23.700 enfants migrants et réfugiés (parmi lesquels des bébés et des nouveau-nés) se trouvaient coincés en Grèce et dans les Balkans. La plupart sont originaires de Syrie, d’Iraq et d’Afghanistan. Beaucoup séjournent dans des centres d’accueil inadaptés aux rudes conditions hivernales, sans parler des besoins spécifiques des enfants.

La signature d’un accord entre l’UE et la Turquie, en mars 2016, visant à contrôler les flots migratoires vers l’Europe a eu pour effet de bloquer les réfugiés en Grèce afin de vérifier leur statut. La plupart de ceux qui ne sont pas reconnus comme réfugiés politiques, sont renvoyés vers la Turquie.

2. Des décisions politiques au ralenti

Bien que les pays européens aient été confrontés à des flux migratoires bien plus importants dans les années 90, la crainte de voir arriver d’importantes vagues d’immigration  semble toujours paralyser les décisions politiques. Beaucoup de migrants et de réfugiés sont contraints de tout abandonner, fuyant pauvreté ou violences extrêmes. L’Italie et la Grèce continuent à demander l’aide de l’Europe. Mais la volonté publique et politique de cette dernière pour trouver les solutions de protection auxquelles ces enfants ont droit, n’est pas du tout à la hauteur des idéaux qu’elle défend.

Malgré les promesses des Etats membres de l’UE, la redistribution des personnes réfugiées  depuis la Grèce et l’Italie vers les autres pays européens s’éternise. Il en va de même pour les engagements officiels destinés accueillir les réfugiés.

3. Collaboration insuffisante entre les pays

La collaboration entre pays est laborieuse et manque de flexibilité quand il s’agit des méthodes de travail. Dès lors, dans bien des cas, l’intérêt de l’enfant ne constitue plus une priorité. Des erreurs importantes sont commises en ce qui concerne l’identification, l’enregistrement et la protection des enfants qui franchissent les frontières européennes et les procédures de réunifications familiales accusent d’importants retards.

4. Des capacités défaillantes et une bureaucratie en excès

Les procédures en vigueur au sein de l’UE sont peu flexibles et  souvent bureaucratiques. Par manque de volonté politique, trop peu de moyens sont libérés pour améliorer la situation. Cette tendance se confirme dans la gestion des demandes d’asile et dans la prise des décisions liées à la redistribution des réfugiés vers d’autres pays. Cette complexité a également un impact à un niveau plus opérationnel lorsqu’il s’agit de répondre aux organisations concernées par la crise.

Pour accélérer le traitement de milliers de demandes d’asile, il faudrait bien plus de fonctionnaires, de collaborateurs et d’intermédiaires dans les pays où se retrouvent bloqués les réfugiés, de même pour effectuer les 160.000 déplacements prévus. L’aide technique se met très lentement en route.

5. Les systèmes de protection des mineurs sont surchargés

Le nombre d’enfants arrivés ces deux dernières années en Europe est plus élevé que jamais : plus de 700.000 demandes d’asile depuis janvier 2015. Les systèmes de protection des mineurs – déjà très limités avant la crise – se sont alors retrouvés très engorgés.

Les limites sont très vite apparues dans les pays confrontés les premiers aux arrivées des réfugiés. Ces carences administratives explique pourquoi des enfants sont restés plusieurs mois sans avoir été interrogés, alors que d’autres restaient détenus dans des centres fermés. De nombreux enfants séjournent encore dans des endroits inadaptés à leur âge et où leur sécurité ne peut pas être garantie. Le personnel encadrant ces enfants bénéficie rarement d’une formation appropriée et ceux qui sont formés arrivent au compte-gouttes. Le système scolaire n’est pas plus adapté pour accueillir autant d’enfants et en si peu de temps. De ce fait, beaucoup n’ont pas accès à l’éducation. La législation en vigueur n’est pas adaptée à la situation actuelle et crée plus d’obstacles qu’elle n’en supprime.

Il est normal qu’il faille du temps pour adapter les lois afin que les enfants puissent enfin bénéficier de la protection à laquelle ils ont droit. Les pourparlers et les négociations à ce sujet sont en cours mais empruntent un cours laborieux parce qu’il faut obtenir la collaboration de plusieurs pays et leur accord.

De nombreux arguments ralentissent le processus. Mais aucun d’entre eux ne justifie ce qui se passe actuellement en Europe. Des moyens supplémentaires sont nécessaires et nous devons redoubler d’efforts. Tout le monde mérite ce à quoi il/elle a droit.

Quatre mesures pour aider les enfants

  1. Les états membres européens doivent rivaliser d’énergie pour accélérer les procédures de réunifications familiales.
  2. Les états membres de l’UE doivent urgemment se pencher sur la question de la redistribution des réfugiés en Europe en ciblant d’abord les familles et les enfants non accompagnés.
  3. Les critères de répartition des réfugiés doivent être revus et assouplis ; il ne suffit pas de se pencher uniquement sur les questions du passeport et de la nationalité mais d’évaluer la vulnérabilité des personnes.
  4. Et surtout : il faut investir dans les enfants avant de penser à fermer les frontières.

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