Le BVES, l’association qui libère les enfants soldats

“J’avais 13 ans, quand les rebelles sont arrivés dans mon village”, raconte Christian (prénom d’emprunt). « Ils n’ont pas posé de questions. « Venez avec nous ou on vous tue” Je suis resté avec eux pendant trois ans, sans réfléchir, juste en fonctionnant.

Kindsoldaat- Enfant soldat
© UNICEF/NYHQ2005-1247/LeMoyne

Christian a été un enfant soldat dans 5 armées différentes. II a été démobilisé et accueilli dans un CTO (Centre de Transit et d’Orientation), qui lui a permis de se remettre de ses expériences douloureuses. Dans le centre il a reçu de l’assistance psycho-sociale et des soins médicaux. Il a pu retourner à l’école et a même obtenu une licence en sociologie.  Aujourd’hui, il veut rejoindre l’équipe du BVES pour aider les enfants qui ont vécu la même chose que lui. « Je veux aider mes petits frères ».

Le Centre pour Transit et Orientation (CTO) à Bukavu est géré par le Bureau pour le Volontariat au Service de l’Enfant et de la Santé (BVES), créé en 1992 et partenaire de l’UNICEF. Nous avons rencontré son  Directeur Monsieur Murhabazi Namegabe, qui nous a expliqué les points d’action principaux du BVES.

Directeur du BVES, Monsieur Murhabazi Namegabe  © Bukavu Online
Directeur du BVES, Monsieur Murhabazi Namegabe
© Bukavu Online
  1. Plaidoyer, sensibilisation et négociations
    Le BVES fait du plaidoyer pour l’application des lois protégeant les enfants, ainsi que de la sensibilisation des officiers militaires ou des commandants de groupes armés sur les droits et la protection des enfants en situation de conflits armés. Une fois sensibilisés ou formés, le BVES peut débuter les difficiles et longues négociations avec ces chefs militaires ou chefs de guerre pour obtenir la libération des enfants soldats.
  1. Accueil et prise en charge des enfants soldats démobilisés
    Lors de leur démobilisation les enfants reçoivent une attestation officielle de sortie des forces et groupes armés délivrée par le Commandant de la Région Militaire pour les protéger contre tout re-recrutement. Ils sont ensuite accueillis dans les centres du transit du BVES, où ils suivent des programmes de réintégration. Ils bénéficient d’un suivi médical et d’un accompagnement psychosocial contre les effets des traumatismes
  2. Education et apprentissage professionnel
    Les enfants bénéficient d’une remise à niveau scolaire ou de cours d’alphabétisation s’ils ne sont jamais allés à l’école. Les assistants sociaux aident également les enfants à élaborer leurs projets personnels de développement. Murhabazi Namegabe, explique :

    « Il est très important qu’ils aient un projet bien défini pour construire leur avenir. Nous voulons qu’ils poursuivent leur rêve, de manière réaliste. »

  3. Réintroduction dans les familles
    Le séjour des enfants dure environ 3 mois. C’est le temps minimum pour que l’encadrement transitoire facilite le passage de la vie militaire à la vie civile et à la réintégration familiale. C’est aussi le temps nécessaire au BVES et ses partenaires pour faire la recherche et la médiation familiale ou communautaire, retrouver les familles et procéder à la réunification des enfants. 83% des afmilles sont retrouvés dans les 3 mois. Les enfants pour lesquels la réunification familiale a été impossible sont orientés vers des Foyers pour Jeunes Autonomes (FJA) et suivis par le BVES.

En septembre 2015, le BVES a obtenu le Prix International de la Paix 2015. Par la remise de ce prix, L’OENZ (le Réseau Œcuménique de l’Afrique Centrale), veut honorer le travail infatigable du BVES et de son Directeur, Monsieur Murhabazi Namegabe, en faveur des enfants. Sous sa direction, le BVES a conquis une place de première importance parmi les ONG congolaises engagées dans la protection et la défense des enfants dans le contexte particulier de la guerre.

Des victoires très importantes ont été remportées en matière de législation. Depuis 2009, une loi interdit officiellement le recrutement des enfants soldats. Depuis lors les recruteurs risquent 20 à 25 ans de peine de prison. Le nombre d’enfants soldats a diminué fortement. Néanmoins, l’utilisation des enfants par des groupes armés demeure une préoccupation en République  Démocratique du Congo. Monsieur Murhabazi Namegabe appelle  tous les acteurs-clés de la société à plus d’engagement pour mettre fin à la violence contre les enfants.

En 2011, Murhabazi Namegabe a également obtenu le ‘Prix des enfants du monde pour les droits de l’enfant’:

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