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Le Mozart du Yémen : comment Ahmed a retrouvé sa joie de vivre avec la musique

“ A l’école, les profs me surnomment « Mozart » et mes camarades de classe me demandent sans arrêt de leur jouer quelque chose. Quand je joue du violon, j’ai l’impression de parler avec un ami. Et ça me fait du bien.”

Ahmed joue du violon à l’Institut de Musique d’Aden. ©UNICEF Yemen/2019/Ansar Rasheed

Lorsqu’on le voit assis et confiant derrière son micro, on a du mal à imaginer qu’Ahmed Tariq Abdullah Saleh a vécu des expériences traumatisantes. Il a dû travailler dur pour réaliser son rêve et jouer de la musique. Pour l’instant, le jeune prodige de 12 ans joue du violon et du piano et participe à des concerts à Aden. Il est aussi régulièrement l’invité de de Radio Lana, une radio locale qui diffuse le programme « Talented children Live ». Les enfants y ont l’occasion de parler les uns avec les autres de leur vie quotidienne et de leurs peurs alors que leur pays, le Yémen, est déchiré depuis près de quatre ans par une guerre terrible.

L’année dernière, Ahmed était un garçon fort différent de ce qu’il est devenu. Etudiant de 5e année à la Comprehensive International School d’Aden, il n’avait pas pour habitude de se mêler aux autres élèves. La plupart du temps, il restait à sa place ou à son banc. On pouvait lire le chagrin dans ses yeux.

Lors du programme radio "Talented children live" Ahmed parle avec d’autres enfants d’Aden et raconte sa passion pour la musique. ©UNICEF Jemen/2019/Ansar Rasheed

Ahmed vit avec sa maman qui est sans emploi. Sa tante vit également chez eux. Elle pourvoit à leurs besoins grâce à son salaire d’enseignante. Son père les a abandonnés quand Ahmed était encore petit. Le jeune garçon se souvient quand la guerre a commencé à Aden. « Je me rappelle le bruit des tirs, les explosions et les gens qui couraient dans la rue. » Il a été tellement traumatisé qu’il est resté des mois sans parler.

C’est principalement grâce à la musique qu’Ahmed a repris pied. « J’ai parfois encore des cauchemars. Mais lorsque je me réveille, je prends mon violon et je commence à jouer. C’est un peu comme si je parlais à un ami. La musique m’entraîne dans un autre monde dont la guerre est absente », raconte Ahmed tandis qu’il serre son violon contre lui.

« Nous sommes fiers d’Ahmed. C’est un excellent élève et grâce à son courage, il est parvenu à dépasser les traumatismes qu’il a vécus. Il n’a jamais faibli et a retrouvé sa joie de vivre grâce à la musique », raconte Ahlam, l’un des enseignants d’Ahmed.

Le Forum artistique de l’UNICEF

Assrar, sa tante, est une fan inconditionnelle de son neveu. « J’ai toujours cru en lui. Malgré tout ce qu’il a traversé, on voit dans ses yeux toute la passion et la résolution qui l’anime quand il joue de la musique. Je serai toujours là pour lui et je continuerai à l’encourager dans ses rêves », dit Assrar.

Elle et les professeurs d’Ahmed n’ont pas hésité à prendre contact avec l’UNICEF. Le jeune prodige a ainsi pu prendre part au Forum artistique que l’UNICEF a fondé en 2018, dans le but de favoriser des comportements positifs par le biais de l’art et de la musique. 25 enfants et jeunes – issus des filières musicales, théâtrales ou picturales, de l’Institut des Arts d’Aden font partie pour l’instant de cette plateforme. Actuellement, ils répètent car ils préparent leur prochaine apparition publique cet été à Aden

25 jeunes artistes sélectionnés et formés par l’UNICEF prennent part aux activités du Forum artistique d’Aden

Les jeunes artistes n’ont pas uniquement reçu du soutien de l’UNICEF pour pouvoir développer leur passion et affiner leurs talents – les musiciens ont reçu, par exemple, des instruments, pour pouvoir les pratiquer le plus souvent possible. Ils ont aussi été formés à certaines techniques afin qu’ils puissent faire passer des messages cruciaux à leur communauté par le biais de leur art. Les jeunes musiciens et artistes ont ensuite pris part à de nombreuses activités : concerts, événements sportifs, théâtre de rue pour sensibiliser la population à des thématiques telles que le choléra, la vaccination, l’importance du lavage des mains, …

Muziekconcerten zijn een van de instrumenten die UNICEF gebruikt om de bevolking te sensibiliseren over hoe cholera kan voorkomen worden en wat ze moeten doen als ze de ziekte hebben.

« Les musiciens qui participent au Forum artistique entretiennent une relation directe avec leur communauté et entrent facilement en contact avec les gens grâce à des événements musicaux ou grand public. Nous utilisons ces moyens de communication et d’autres méthodes pour changer certains comportements et nous assurer que les communautés que nous rencontrons acquièrent ainsi les connaissances et les bonnes pratiques au niveau de la santé et dans d’autres domaines », explique Ansar Rasheed, spécialiste en communication pour l’UNICEF à Aden.

La musique a non seulement sorti Ahmed de son état de prostration mais elle lui a aussi permis de s’ouvrir aux autres. Ahmed a été sauvé par l’art. Maintenant, c’est lui qui met son art au service des autres. Une main tendue par l’UNICEF qu’il tend maintenant aux autres.

Ahmed et ses camarades de classe lors de la remise des diplômes. Ahmed était le premier de sa classe lors de la dernière session d’examens. © UNICEF Jemen/2019/Antar Rasheed

« J’aimerais que chaque enfant puisse connaître quelqu’un avec qui parler quand il est angoissé. Je voudrais aussi que tous les enfants aient l’occasion de faire quelque chose qui leur plaise, sur quoi ils peuvent se concentrer. Je pense qu’alors tout le monde irait mieux, » explique Ahmed sur Radio Lana. C’est ainsi qu’il clôture le programme. Avec un récit inspirant, mêlé d’espoir et de courage, tout en n’oubliant pas qu’il vit dans l’un des endroits les plus terribles de la planète et qu’il n’est encore qu’un enfant.

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