Les dessous des cartes de vœux de l’UNICEF

Les cartes de vœux ont longtemps été associées à l’UNICEF. Il y a peu encore, lorsque l’on interrogeait les gens dans la rue, deux images leur venaient spontanément à l’esprit: les enfants et … les cartes de vœux. Pourquoi la carte de vœux a-t-elle laissé une telle empreinte sur notre organisation ? C’est ce que nous avons tenté de comprendre en ouvrant la malle aux souvenirs de l’UNICEF.

Un merci fondateur

Un arbre de mai enrubanné autour duquel dansent cinq filles. Une maison sous un soleil tout sourire à l’arrière-plan et le mot « UNICEF » dans le ciel bleu. Le décor est planté. Ce sera celui de la toute première carte de vœux de l’UNICEF.

L’auteure de ce dessin ? Jitka Samkova, une petite fille de 7 ans, originaire de l’ancienne Tchécoslovaquie (scindée aujourd’hui en Tchéquie et en Slovaquie).

Cette gouache que n’aurait peut-être pas reniée Henri Matisse, fut réalisée en 1947 sur verre car le papier était rare à l’époque. Jitka vivait à Rudolfov, un petit village dans la Tchécoslovaquie d’après-guerre. Dans son école, elle reçut un jour la visite de l’UNICEF venu distribuer du lait et des médicaments.

Pour remercier le Fonds International de Secours à l’Enfance des Nations Unies qui venait de voir le jour, Josef Bartouska, l’instituteur de Jitka, demanda à sa classe de réaliser un dessin dont le thème serait : « Le bonheur dans un pays, c’est la paix ». Il envoya le dessin de Jitka et celui de huit autres enfants à la représentation de l’UNICEF à Prague. Lorsque Helena Glassey, la responsable locale, le vit, elle décida tout de suite d’en faire une affiche de promotion du travail de l’UNICEF. C’est ainsi que l’œuvre de la petite Jitka se retrouva accrochée aux murs des centres de distribution alimentaire de tout le pays.

Bouche à oreille

La nouvelle d’un « dessin exceptionnel réalisé par une enfant » se mit à circuler un peu partout pour arriver un jour jusqu’aux bureaux du siège de l’UNICEF à New York. Lorsque les dirigeants de l’organisation virent la gouache, ils tombèrent eux aussi sous le charme des couleurs et des formes utilisées par Jitka. En 1949, il fut décidé d’en tirer une carte de vœux produite à quelques milliers d’exemplaires mais uniquement en interne, à l’intention des fonctionnaires des Nations Unies et de l’UNICEF. Elles furent vendues au coût de revient, juste assez pour couvrir les frais de production. Jitka reçut l’une de ces 4.000 cartes. Devant le succès phénoménal de la carte et des commentaires enthousiastes qu’elle suscitait, Maurice Pate, le Directeur général de l’UNICEF, décida de mettre sur pied une véritable « opération cartes de vœux » au sein de l’organisation. Celle-ci démarra en 1950/51. L’aventure était risquée. Il fallait 9.000 dollars US pour produire 1 million de cartes. Pate avança la somme de 5.000 dollars de son compte personnel et convainquit le Conseil d’administration de voter un budget spécial pour les 4.000 dollars manquants. Il estimait que les cartes allaient non seulement rapporter de l’argent à l’UNICEF mais aussi lui assurer une plus grande notoriété. Pari réussi puisque les recettes s’élevèrent cette année-là à 16.000 dollars !

En 1952, il fallait innover. Nora Edmunds, la première responsable des cartes de vœux, eut l’idée de contacter le peintre Raoul Dufy qui vivait à Paris pour lui demander de créer une œuvre spéciale pour l’UNICEF. Le peintre alors âgé de 75 ans proposa à la jeune femme qui venait de débarquer dans son studio une aquarelle représentant le pont de Brooklyn. La jeune femme, envoyée par l’UNICEF, savait ce qu’elle voulait et rétorqua : « Ceci est bien joli. Mais quel rapport cela a-t-il avec les Nations Unies ? ». Dufy dut convenir qu’elle avait raison et lui promit de réaliser une autre aquarelle deux semaines plus tard. La jeune femme revint plusieurs fois à Paris et influença même la composition finale dans laquelle on peut voir le bâtiment des Nations Unies flanqué des trois ponts les plus élégants de New York dont celui de Brooklyn. Tout le monde était finalement satisfait et ce fut à nouveau un grand succès.

Ensuite ce furent Matisse, Steinberg, Chagall, Picasso, Dali, Wyeth, Miro, Kandinsky, Dubuffet, etc qui allèrent mettre leur talent au service des enfants les plus vulnérables de la planète.

L’universalité des cartes de vœux

En 1958, l’UNICEF avait déjà vendu pour 10 millions de dollars de carte de vœux. Le marché des cartes de vœux avait pris de l’ampleur au sein de l’UNICEF. Dès 1968, les Comités Nationaux pour l’UNICEF tels qu’UNICEF Belgique – déjà actif dans ce domaine au début des années 50 – devinrent les principaux vendeurs de cartes de vœux dans le monde. Les Comités Nationaux furent dès lors très vite associés à la sélection des cartes qui avait lieu une fois par an et qui déterminait les collections présentées au public dans chaque pays.

A l’origine, les cartes de vœux étaient centrées principalement sur les fêtes de Noël et du Nouvel An. Elles s’adressaient essentiellement à une clientèle nord-américaine et européenne. Au fil du temps, l’UNICEF a élargi son public afin de faire entrer les cartes de vœux dans une réalité culturelle universelle. On trouva dès lors des cartes pour fêter le Nouvel An juif et la naissance de Bouddha comme le Festival des Lumières chez les Indiens et l’Aïd el-Fitr chez les musulmans.

Le comité de sélection observait une éthique très rigoureuse et bannissait de ses collections toute œuvre qui aurait pu véhiculer des stéréotypes sexuels ou raciaux. Dans certains cas, il fallut faire appel à des experts internationaux pour naviguer au fil des traditions, des cultures et des religions et éviter de verser par mégarde dans ce qui aurait pu être inacceptable pour tel ou tel groupe. Pour les Juifs orthodoxes, il aurait été impensable, par exemple, d’imprimer le nom sacré de Dieu sur une carte de vœux du Nouvel An juif. Car une carte est susceptible d’être jetée ou déchirée, ce qui serait une offense majeure à l’égard de celui que l’on désigne communément sous le tétragramme YHWH.

L’âge d’or

A partir des années 80, l’UNICEF s’est mis à développer une gamme de produits plus large afin de ne pas centrer exclusivement ses ventes sur la période des fêtes. Des fournitures scolaires, des articles de bureau, des jeux et des cadeaux ont alors fait leur entrée dans des catalogues toujours plus fournis de l’UNICEF. Ces produits et ces cadeaux, vendus principalement par des volontaires, des groupes locaux ou via des systèmes de consignation trouvaient désormais acquéreurs en toutes occasions.

En 1996, à l’apogée de « l’opération cartes de vœux », l’UNICEF vendait 158 millions de cartes par an. A cette époque, UNICEF Belgique vendait pour près de 2 millions d’euros de cartes dans notre pays.

Depuis la première carte de vœux dessinée par la petite Jitka Samkova en 1947, plus de 5 milliards de cartes de vœux UNICEF ont été vendues dans le monde, ce qui a contribué pour près de 400 millions d’euros au financement des programmes de l’UNICEF en faveur des enfants.

De nombreux ambassadeurs de bonne volonté de l’UNICEF ont été associés aux cartes de vœux de l’UNICEF : Danny Kaye, Peter Ustinov et Julio Iglesias, par exemple, et chez nous Helmut Lotti.

 

En 1991, plus de 30 ans après avoir réalisé son dessin, Jitka Samkova déclarait à une journaliste qui l’interviewait : « C’était la première fois de ma vie que je buvais du lait. Et cela, c’est à l’UNICEF que je le dois. Je ne l’oublierai jamais. La suite, vous la connaissez, est tout à fait incroyable. »

 

Une belle histoire qui en rappelle inévitablement une autre, celle d’Audrey Hepburn, elle aussi aidée par l’UNICEF alors qu’elle était toute jeune avant de devenir à la fin de sa vie l’une des ambassadrices de bonne volonté les plus iconiques de l’UNICEF. Mais ceci est une autre histoire …

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La seconde vie des cartes de vœux

Vers 2010, de nombreux Comités Nationaux pour l’UNICEF ont dû mettre un terme à leurs campagnes de cartes de vœux en raison de coûts de gestion trop importants et de l’émergence des cartes électroniques. Mais les collections de l’UNICEF ne se sont pas écroulées pour autant comme des châteaux de cartes. La vente des cartes UNICEF a pris alors une autre direction. Externalisée, elle sera assurée en collaboration avec des intermédiaires commerciaux chargés de la production et de la diffusion.

 

Actuellement, les cartes de vœux sont produites en Belgique par 2 partenaires licenciés qui peuvent vendre des produits de l’UNICEF. Notre organisation perçoit un pourcentage sur les ventes de ces cartes de vœux et produits. Même si la part des e-cards est grandissante, on observe malgré tout un attachement aux cartes papiers.

Résultat : ce sont des dizaines de milliers de cartes de vœux UNICEF qui sont vendues chaque année en Belgique.

 

 

Découvrez nos deux collections !

  1. Une collection est disponible dans des centaines de points de vente en Belgique via BPost, IKEA, Delhaize, Carrefour, Fnac, etc.
  2. Une autre collection se retrouve en ligne sur shop.unicef.be