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Les équipes de l’UNICEF ont entamé une véritable course contre la montre pour acheminer des secours vitaux au camp de Al-Hol

Alors que la guerre a entamé sa 9e année en Syrie, rien ne peut mieux illustrer la situation misérable des enfants dans ce pays que les conditions de vies désastreuses et scandaleuses dans lesquelles ils vivent au camp de Al-Hol.

Des travailleurs de l’UNICEF prennent soin des familles et des enfants. – © UNICEF/Syria/2019

De très loin, dans les étendues désertiques du nord-est de la Syrie, on peut apercevoir les phares des camions qui approchent du camp de Al-Hol. Ces véhicules sont chargés à ras bord de femmes et d’enfants qui ont fui la violence à Baghouz, à quelque 300 km de là. Recouverts de poussière, ils se sont entassés les uns contre les autres pour avoir un peu plus chaud.

Salih Al-Shiba est à son poste. Il attend l’arrivée des camions. L’UNICEF l’a désigné pour assurer les besoins médicaux et alimentaires des nouveaux arrivants dès leur entrée au camp, qu’il fasse jour ou qu’il fasse nuit.

Salih Al-Shiba examine un enfant qui vient d’arriver dans le camp d’Al-Hol afin de voir s’il souffre de malnutrition. Salih Al-Shiba a pour tâche de veiller à ce que les nouveaux arrivants ne manquent ni de soin ni de nourriture. © UNICEF/Syria/2019

“Notre local est situé à l’entrée du camp. Ainsi nous sommes immédiatement en contact avec les familles lorsqu’elles arrivent. Cela nous permet d’identifier tout de suite les cas critiques qu’il faut conduire vers l’hôpital le plus proche. ”

Salih vient quatre fois par semaine au camp de Al-Hol. Il habite à Qamishli à quelque 100 km de distance. Dès qu’ils sont prévenus de la possibilité de nouvelles arrivées, lui et ses collègues font la route jusqu’ici. Ils restent parfois plusieurs nuits sur place pour accueillir les enfants, leur fournir de la nourriture, de l’eau, des couvertures, les soins nécessaires et pour soutenir les équipes médicales et de protection.

Lors de l’une de ses permanences de nuit, Salih Al-Shiba, donne une couverture à un jeune garçon qui vient d’arriver au camp de Al-Hol. Il a pour tâche d’accueillir les nouveaux réfugiés et de leur procurer les premières nécessités. © UNICEF/Syria/2019

“Je n’oublierai jamais cette nuit, le mois dernier, lorsque j’ai trouvé une maman avec ses trois enfants dehors. Une pluie torrentielle s’abattait sur eux alors que les températures étaient proches de zéro.”

“La maman était dépassée et ne savait plus quoi faire. Je les ai conduits immédiatement dans la grande tente d’accueil où le leur ai trouvé une place pour dormir et des couvertures.”

Arsen Wartan s’acquitte de la même fonction que Salih Al-Shiba. Il fait partie d’une équipe de l’UNICEF dont les membres sont présents à Al-Hol à tour de rôle, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.  Il était là le fameux jour où près de 3.000 personnes sont arrivées en même temps. “Les familles que nous avons accueillies étaient épuisées et transies de froid à cause du voyage épuisant qu’elles avaient accompli,” raconte Arsen.

Arsen Wartan travaille pour l’UNICEF. La nuit, quand il est de quart, il effectue sa ronde dans les tentes communes afin de voir si aucune personne ne nécessite une prise en charge médicale urgente. © UNICEF/Syria/2019

“Il y a eu tellement de monde ce jour-là que nous avons dû laisser une partie des arrivants dormir dans les camions en attendant de pouvoir aménager des lieux sûrs pour eux dans le camp déjà surpeuplé” poursuit Arsen Wartan.

La population du camp ne fait qu’augmenter. Le manque d’espace devient un problème important.  Les nouveaux arrivants sont souvent regroupés dans des grandes tentes communes. Certaines tentes que l’UNICEF utilise pour organiser des cours ou créer des espaces “amis des enfants” servent maintenant à abriter les réfugiés en surnombre sans quoi ils seraient contraints de dormir dehors.

Etant donné qu’il y a 43 nationalités différentes dans le camp, l’UNICEF a fait appel à des personnes qui facilitent les contacts entre les équipes médicales et les patients.

Khorshid Hasan en fait partie. Il accompagne les équipes de l’UNICEF à Al-Hol et les aide à surmonter les barrières linguistiques.

“La semaine dernière, nous avions un petit garçon de 4 ans qui faisait une crise d’asthme assez grave. Nous avons pu le transférer finalement vers l’hôpital le plus proche. J’avais rassuré préalablement la maman et lui avait expliqué ce qui allait se passer et qu’une personne de confiance ne quitterait pas son fils des yeux tant qu’il n’irait pas mieux,” se souvient Khorshid.

Mais quand on parle plusieurs langues, il faut parfois aussi annoncer des mauvaises nouvelles aussi.

Khorshid Hasan, spécialisé dans l’accueil des réfugiés au camp de Al-Hol, s’entretient avec des femmes qui viennent d’arriver. UNICEF/Syria/2019

“Il y a quelques semaines, j’ai dû annoncer des nouvelles terribles : six enfants venaient de décéder dans l’hôpital de Hassakeh. Ce fut le pire moment de ma vie. J’avais le coeur déchiré devant ces mamans apprenant la mort de leur enfant.” – raconte Khorshid Hasan.

De nombreux enfants et femmes arrivent traumatisés, exténués et sous-alimentés. Ces personnes ont vécu depuis des années dans des conditions inhumaines sans accès à des services de base. L’expédition vers le camp est très longue et éreintante. Malgré tous nos efforts, certains meurent en route, juste en arrivant au camp ou après leur transfert à l’hôpital. Les causes de décès sont souvent les infections respiratoires, l’hypothermie, la déshydratation, des diarrhées sévères ou des complications liées à un état de dénutrition grave. Dans 80%, il s’agit d’enfants.

© UNICEF/UN0277722/Souleiman

 » En raison des conditions de sécurité difficiles, il est impossible de venir en aide aux réfugiés durant les trajets, » explique Geert Cappelaere, Directeur général pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. « Il faut absolument que les combats cessent afin de mettre un terme aux déplacements de populations. Nous devons aussi pouvoir avoir accès aux zones de combat afin d’aider au plus vite les personnes en détresse et leur éparner des trajets de plusieurs centaines de kilomètres pour venir à nous. »

Le camp est déjà surpeuplé. Pourtant l’UNICEF et ses partenaires s’attendent à voir arriver encore 15.000 personnes. Pour satisfaire les besoins croissants des enfants et des familles qui se posent, l’UNICEF a dû étendre ses activités dans le camp de Al-Hol :

©UNICEF Mena

Nous assurons un service de soins de santé et de vaccination au sein d’équipes mobiles ou dans les hôpitaux 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Dans ces infrastructures, nous évaluons le statut nutritionnel des enfants et nous nous efforçons de prévenir les maladies les plus fréquentes. Nous apportons les suppléments nutritionnels dont les enfants ont besoin et le cas échéant nous les transférons vers l’hôpital d’Hassakeh.

L’UNICEF soutient également les familles à Al-Hol en leur donnant accès à de l’eau potable, à des latrines, à des douches et en leur fournissant des kits d’hygiène.

Nous avons distribué 500 poêles, 10.000 couvertures et 7.000 sets de vêtements d’hiver pour des enfants.

Nous avons aménagé des centres d’apprentissage et des espaces récréatifs où les enfants et les jeunes bénéficient d’un encadrement psychosocial qui les aide à composer avec la réalité à laquelle ils sont confrontés.

Nous avons également créé un centre d’accueil temporaire et communautaire pour les nouveaux arrivants, près d’un centre qui prend en charge les enfants non accompagnés qui ont été séparés de leurs parents.

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