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De mauvaises habitudes alimentaires compromettent la santé de nombreux enfants dans le monde

Trop d’enfants et de jeunes ne disposent pas de l’alimentation qui convient à leur âge et à leurs besoins. Cette alimentation inadaptée va avoir des conséquences négatives sur leur croissance, leur développement; elle va miner leurs chances d’apprentissage et les empêcher d’atteindre leur plein potentiel. La Belgique n’est pas épargnée par ce phénomène. Loin s’en faut. C'est ce qui ressort du rapport "La Situation des Enfants dans le Monde - Enfants, nourriture et nutrition"’ que vient de publier l'UNICEF.

Comment évoluent nos habitudes alimentaires

Ces 20 dernières années, notre société a profondément changé. Ces changements ont clairement un impact sur notre manière de nous alimenter :

  1. Notre habitat s’est déplacé : de plus en plus de familles ont quitté le milieu rural pour migrer vers les villes, une tendance qui se poursuit au niveau mondial.
  2. Les schémas de comportements sociaux se sont modifiés : les femmes sont de plus en plus présentes dans le monde du travail et doivent trouver un équilibre subtil entre leurs responsabilités professionnelles et celles d’éducatrice de première ligne avec leurs enfants. Elles ne peuvent pas toujours compter sur le soutien de leur famille et encore moins sur celui de leur employeur ou de la société dans son ensemble.
  3. le visage de notre planète a changé aussi : les changements climatiques, le recul de la biodiversité, la pollution des océans, de l’air et des sols nous font nous demander s’il nous sera encore possible d’assurer une alimentation à nos enfants de manière durable. Et ici, nous ne parlons pas encore de la génération suivante …
  4. Nous mangeons différemment : les habitudes alimentaires traditionnelles, jadis plus saines, sont de plus en plus souvent remplacées par des habitudes modernes. Les familles pauvres se tournent plus volontiers vers de la restauration rapide, souvent riche en sucres et graisses et pauvre en fibres et éléments nutritifs essentiels.

Des chiffres inquiétants : au moins 1 enfant sur 3 dans le monde est sous-alimenté ou en surpoids

© UNICEF/UNI210857/Sujan

Dans un monde qui change continuellement, la notion de ‘malnutrition’ a sensiblement évolué aussi. Alors qu’il y a quelques années encore, le terme était fréquemment associé à des images de famine dans l’esprit du grand public, la ‘malnutrition’ du 21e siècle englobe aussi bien la sous-alimentation, la « faim cachée » que l’obésité.

Il ne s’agit pas juste de donner assez de nourriture aux enfants ; il faut aussi leur donner l’alimentation qui convienne à leurs besoins.

La sous-alimentation continue à prélever un lourd tribut chez les enfants. En 2018, on estimait que 149 millions d’enfants de moins de 5 ans souffraient de retards de croissance dus à de mauvaises pratiques alimentaires et 50 millions d’insuffisance pondérale. Ces enfants porteront toute leur vie les conséquences de cet état de malnutrition et ne pourront probablement jamais développer tout leur potentiel physique et intellectuel.

1 enfant sur 2 souffre de “malnutrition invisible”, ce qu’il signifie qu’il présente une carence an vitamines ou micronutriments essentiels. Une situation d’autant plus dangereuse qu’elle n’apparaît souvent que lorsqu’il est trop tard pour y remédier. L’UNICEF estime à 340 millions le nombre d’enfants de moins de 5 ans concernés par ces carences.

Le surpoids et sa forme la plus grave, l’obésité, sont de plus en plus observés ces dernières années. De 2000 à 2016, le nombre d’enfants souffrant de surpoids a doublé passant d’1 enfant sur 10 à 1 enfants sur 5.

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Et en Belgique ?

© UNICEF/UN0343155/Pazos

Les chiffres qu’affiche la Belgique sont également préoccupants : 24% des enfants de 5 à 19 ans sont en surpoids, un phénomène plus marqué dans les familles pauvres. Une alimentation saine a un prix souvent élevé ce qui explique que certaines familles préfèrent se tourner vers une nourriture moins riche du point de vue nutritif mais accessible financièrement.

Parallèlement, le rapport remarque que notre pays – au même titre que la France, la Hongrie, la Finlande, le Chili et le Mexique -, a développé une politique contre le surpoids. Notamment en définissant des directives précises pour les étiquettes des produits alimentaires afin d’en rendre la compréhension plus aisée. Ces étiquettes sont également munies d’un nutriscore dont le code couleur et la lettre fournissent aux consommateurs une indication sur la valeur nutritive des produits mis à l’étalage ou sur les rayons et aident les clients à faire les bons choix. Ces pratiques et d’autres suivent les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé pour faire reculer l’obésité chez les enfants.

L’importance de la première alimentation

Le rapport prévient que les mauvaises pratiques alimentaires commencent dès les premiers jours de la vie d’un enfant.

On sait qu’à peine 2 enfants sur 5 sont nourris exclusivement au sein durant leurs 6 premiers mois de vie. La vente de lait en poudre a connu une hausse spectaculaire de près de 72 % entre 2008 et 2013 dans les pays à revenus moyens élevés tels que le Brésil, la Chine et la Turquie, par exemple. C’est le résultat principalement de techniques de marketing souvent illicites et d’une politique démissionnaire quant à l’allaitement maternel. De nombreux enfants sont ainsi privés de la meilleure alimentation qu’un nourrisson puisse avoir.

La première alimentation solide qu’un bébé recevra, souvent vers l’âge de 6 mois, ne correspond souvent pas à ses besoins réels. Moins d’un enfant sur trois reçoit en effet une alimentation suffisamment variée indispensable au bon développement de son corps et de son cerveau. Pour les enfants vivant en milieu précaire, cette proportion descend encore à un enfant sur cinq.

Les enfants plus âgés, consomment, eux, trop peu de fruits et de légumes et de nombreux adolescents sautent souvent leur petit déjeuner alors qu’ils consomment des sodas et recourent à de la restauration rapide. Ils sont tous les jours confrontés avec une facilité déconcertante à ce que l’on appelle la “malbouffe”. Marketing agressif et matraquage publicitaire les mettent immédiatement en présence d’un flot de produits alimentaires industriels quand ce ne sont pas les chaînes de fast food ou les distributeurs de boissons sucrées. Phénomène observable tant en milieu rural qu’urbain.

100 géants du monde des entreprises produisent à eux seuls 77 % des aliments industriels de la planète. Par des techniques de marketing déployée à grande échelle, ils déterminent dans une mesure croissante ce qui se retrouve sur la table des familles.

La conséquence de tout ceci c’est qu’il y a 10 fois plus de filles et 12 fois plus de garçons entre 5 et 19 ans qui souffrent de surpoids par rapport à 1975 !

L’impact de nos habitudes alimentaires sur l’environnement

Les conséquences négatives de nos habitudes alimentaires modernes ne se font pas uniquement sentir sur notre santé. Elles sont nocives également pour l’environnement. La production alimentaire est responsable à elle seule pour un tiers de l’émission des gaz à effet de serre et 70 % de la consommation d’eau douce de la planète. La manière dont nous produisons actuellement notre nourriture est l’une des principales causes du réchauffement climatique.

Et à l’inverse, les conséquences du réchauffement climatique, telles que les inondations, ont un impact sur la capacité des communautés à produire de la nourriture en suffisance. Le risque pour les enfants de contracter des maladies par voie hydrique ne fait que croître. Les diarrhées qui en résultent empêchent les enfants de profiter comme il faut de leur alimentation et concourent ainsi à entretenir des cycles de sous-alimentation.

Que pensent les enfants et les jeunes d’une alimentation saine ?

De nombreux jeunes et de nombreuses mamans sont pourtant bien informées des bienfaits d’une nourriture saine et adaptée.

“Lorsque tu consommes des produits sains, tu prends soin de ta santé,” raconte une jeune fille de 16 ans originaire de Chine. Elle participe à l’un des 70 ateliers que l’UNICEF a organisés pour réaliser cette édition du rapport ‘La Situation des Enfants dans le Monde’. Et une jeune fille indienne de 13 ans de compléter : “L’alimentation est essentielle pour nous. C’est elle qui va nous permettre de bien étudier.”

Les jeunes interrogés connaissent les obstacles posés entre eux et une nourriture saine : “Je ne dispose pas d’assez d’argent pour acheter une nourriture saine pour mon bébé et pour moi-même,” raconte une jeune maman guatémaltèque de 20 ans. Une adolescente de 18 ans originaire du Zimbabwe nous apprend tout de même qu’elle n’est pas suffisamment informée des bonnes pratiques alimentaires.

Un plan d’action pour défendre le droit des enfants et ces jeunes à une alimentation saine

© UNICEF/UNI205819/Hearfield

Il y a 30 ans, la Convention relative aux droits de l’enfant a défini le droit de chaque enfant à une alimentation saine. Pour réaliser ce droit, il est important que nous comprenions bien le contexte de changement rapide dans lequel le réchauffement climatique, l’urbanisation galopante et la globalisation déterminent et modifient les habitudes alimentaires des enfants.

Pour veiller à ce que les systèmes alimentaires puissent mieux fonctionner et profiter aux enfants, nous devons relever les défis auxquels sont confrontés les enfants et leurs familles aux quatre coins de la planète : le coût élevé des aliments sains, le peu de temps dont les familles disposent, l’accès limité à des fruits et légumes frais dans de nombreuses communautés et la pression omniprésente des techniques de marketing ou publicitaires.

Nous devons nous engager à garantir aux enfants une nourriture riche du point de vue nutritif, saine, accessible financièrement et durable. Nous devons :

1.       Donner les moyens aux familles, aux enfants et aux jeunes de demander des aliments nutritifs, notamment en améliorant l’éducation à la nutrition et en utilisant des mesures législatives éprouvées, telles que les taxes sur le sucre, afin de réduire la demande d’aliments mauvais pour la santé ;

2.       Encourager les fournisseurs de denrées alimentaires à agir dans l’intérêt des enfants, en les incitant à produire des aliments sains, pratiques et abordables ;

3.       Créer des environnements alimentaires sains pour les enfants et les adolescents en utilisant des approches qui ont fait leurs preuves, telles que l’utilisation d’étiquettes précises et faciles à comprendre sur les emballages et des contrôles plus stricts en ce qui concerne la commercialisation des aliments préjudiciables à la santé ;

4.       Mobiliser les systèmes de soutien dans les domaines de la santé, de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, de l’éducation et de la protection sociale afin d’améliorer les résultats nutritionnels pour tous les enfants ;

5.       Collecter, analyser et utiliser régulièrement des données et éléments de preuve de bonne qualité pour orienter les actions et suivre les progrès.

Nous avons tous intérêt à ce que les systèmes de production alimentaire prennent davantage en considération les besoins alimentaires des enfants. Une alimentation saine peut briser le cercle vicieux selon lequel une mauvaise alimentation entretient la pauvreté et suivant lequel la pauvreté mène à son tour à une alimentation inadaptée. Les enfants bien nourris, ont une base solide qui leur permettra beaucoup plus facilement de développer toutes leurs potentialités. Tous profits pour la société dans laquelle ils vivront. Les bonnes pratiques alimentaires sont les pavés du chemin qui mène à une vie saine, équilibrée et réussie.

Lisez le rapport complet