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Mise à jour : 06 janvier 2026
Rien qu’en décembre 2025, près de 90.790 demandeur·euses d’asile ont fui le Sud-Kivu pour se réfugier au Burundi. La majorité est concentrée sur le site de Busuma, dans la commune de Ruyigi, déjà saturé et mal équipé pour faire face à cet afflux. Les conditions y sont alarmantes : abris insuffisants, manque de vêtements chauds et d’eau… Une situation qui expose les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées à de graves risques d’hypothermie, d’infections respiratoires et de malnutrition.
Cette crise s’ajoute à un contexte humanitaire déjà tendu, marqué par l’arrivée de 36.000 réfugié·es en février, le retour attendu de 100.000 Burundais·es depuis la Tanzanie, ainsi que les impacts des récentes inondations sur les communautés hôtes. Les dommages causés aux établissements de santé et la fermeture de certains hôpitaux ont d'ailleurs fortement perturbé les soins essentiels, tandis que le nombre de blessé·es lié au conflit augmente fortement, submergeant les services de santé.
Des campagnes de recrutement de masse, menées par les parties au conflit et ciblant les jeunes, accroissent considérablement le risque d'enlèvement et d'enrôlement des enfants. Sans compter que la RDC enregistre déjà l'un des plus grands nombres de cas vérifiés de recrutement d'enfants dans le cadre d'un conflit depuis le début du recensement mondial des données en 2005.
Violences sexuelles en hausse
Un récent rapport publié par l’UNICEF, que vous pouvez télécharger dans cet article, atteste qu’en RDC la violence sexuelle contre les enfants est endémique, systémique et en aggravation.
Bien que le conflit reste un facteur majeur, les cas sont documentés dans des communautés de toutes les provinces et ont fortement augmenté depuis 2022. Les données indiquent que plus de 35.000 cas de violences sexuelles contre des enfants ont été enregistrés au cours des neuf premiers mois de 2025, révélant une crise qui ne cesse de s’intensifier.
En 2024, près de 45.000 cas ont été recensés, représentant près de 40 % de l’ensemble des violences sexuelles signalées, soit trois fois plus qu’en 2022. À noter que le chiffre réel est probablement bien supérieur en raison de la sous-déclaration liée à la peur, à la stigmatisation, à l’insécurité et au manque d’accès aux services.
La majorité des cas se concentre dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri, où le conflit, les déplacements et l’effondrement des systèmes de protection accroissent les risques, mais des chiffres significatifs sont également observés à Kinshasa et dans le Kasaï, où la pauvreté, l’insécurité alimentaire et l’abandon scolaire augmentent le risque d’exposition (plus particulièrement) des filles à l’exploitation et au mariage précoce.
Entre 2022 et 2024, le nombre d’enfants aidé·es par l’UNICEF a augmenté de 143 %, atteignant plus de 24.200 enfants dans les provinces les plus touchées en 2024. L’insécurité et la baisse des financements mondiaux ont cependant contraint de nombreux espaces sûrs, cliniques mobiles et programmes communautaires à réduire leurs activités ou à fermer. À la mi-2025, seulement 23 % des interventions contre les violences basées sur le genre étaient financées, contre 48 % en 2022, mettant en danger des centaines de milliers d’enfants, dont 300.000 dans les régions orientales affectées par le conflit.
Propagation des maladies
Dans la province du Sud-Kivu, le système de santé est complètement saturé : les hôpitaux sont débordés, tandis que des pénuries de médicaments et d’équipements se font ressentir. Quinze centres de santé ont été presque totalement détruits et des épidémies de choléra, de rougeole et de variole frappent les populations, exacerbées par des conditions sanitaires déplorables.
La région centrale du Kasaï fait face à une situation extrêmement difficile en raison d'infrastructures défaillantes et d'une capacité logistique limitée. L’épidémie d'Ebola, centrée sur la zone de santé de Bulape, menace de s’étendre aux zones voisines. Cette seizième épidémie d'Ebola dans le pays survient dans une région marquée par un système de santé faible et des conditions sanitaires précaires.
En réponse, le Ministère de la Santé, l’UNICEF, l’OMS et d’autres organisations humanitaires renforcent les centres de traitement, intensifient les mesures d’hygiène et de décontamination, et développent des actions de sensibilisation communautaire. En date du 24 septembre 2024, près de 45.000 doses de vaccin étaient en route vers la province du Kasaï.
À noter que du 5 au 24 septembre, 47 cas suspects ou confirmés ont été recensés, dont 14 chez des enfants. Parallèlement, 25 décès sont à déplorer, dont 12 enfants. Le foyer principal se situe à Bulape, avec des risques dans les zones voisines de Mweka et Mushenge.
Épidémie de choléra
En 2025, la RDC est confrontée à la plus grave épidémie de choléra depuis 25 ans. À la mi-décembre, 17 des 26 provinces sont touchées (dont Kinshasa), plus de 64.000 cas ont été signalés (dont 14.818 enfants) et l'épidémie a déjà fait 1.888 victimes. Dans des régions telles que Kinshasa, où la population a été peu exposée au choléra par le passé, le faible niveau de sensibilisation à la maladie et les retards dans la recherche de soins contribuent à des taux de mortalité élevés.
La crise est également aggravée par des facteurs structurels et environnementaux : l'accès limité à l'eau et à l'assainissement continue de favoriser la propagation du choléra. Selon l'enquête démographique et sanitaire (EDS), seuls 15 % de la population ont accès à ces services de base. Les conflits persistants, les déplacements de population, l'insécurité dans l'est du pays et les catastrophes climatiques telles que les fortes pluies et les inondations aggravent également la situation.
En réponse à cette épidémie, le gouvernement a lancé l'initiative 'River Congo without cholera' (Le fleuve Congo sans choléra), qui vise à améliorer les mesures de contrôle du choléra dans les ports, à mettre en œuvre des plans sanitaires pour les bateaux, à sensibiliser les équipages et les passager·ères et à améliorer l'accès à l'eau potable le long du fleuve.
L'UNICEF prévient et lutte contre le choléra, à travers le soutien aux équipes d'intervention rapide qui utilisent l'approche CATI (Case-Area Targeted Intervention) pour contrôler les épidémies, le soutien aux centres de traitement du choléra et le renforcement des structures WASH dans les écoles et les communautés.
Impact sur l’éducation
Dans ces régions, l'éducation a également été gravement affectée. On estime à 391.015 le nombre d'élèves qui ne sont actuellement pas scolarisé·es, tandis que 15,4 % des écoles restent fermées en raison du conflit. Rien qu’à Bukavu, 19 écoles se sont transformées en refuges temporaires pour les familles déplacées. Ce qui met en évidence le besoin urgent de solutions alternatives pour soutenir l'éducation, mais aussi les besoins humanitaires.
L'UNICEF et ses partenaires travaillent dans le Sud-Kivu pour rouvrir les écoles, plaident pour le déminage et évaluent les infrastructures endommagées pour une réhabilitation rapide. Jean François Basse, représentant d’UNICEF RDC, a visité la région début mars 2025 et a témoigné de la situation désastreuse pour les enfants : « J'ai rencontré des enfants non accompagné·es qui ont tout perdu. Leur détresse est immense. Chaque jour sans une aide humanitaire renforcée, leur souffrance s'aggrave. »
Ce que fait l'UNICEF sur place
En réponse à cette situation critique, l'UNICEF et ses partenaires intensifient l'aide vitale pour les enfants et les familles. 40 % des enfants non accompagné·es ont déjà été réuni·es avec leurs familles dans la province. De plus, nous avons mis en place quatre "points d'écoute", offrant un soutien psychosocial aux enfants et aux familles touchées.
En raison de la destruction des infrastructures à Goma, capitale du Nord-Kivu, et dans ses environs, l'approvisionnement en eau a été interrompu, affectant des centaines de milliers de personnes. Actuellement, nous fournissons quotidiennement de l'eau potable à près de 700.000 personnes, dont 364.000 enfants, grâce à une distribution d'urgence et à des stations de chloration installées le long de la côte. Dans le Sud-Kivu également, l'accès à l'eau potable et aux installations sanitaires s'améliore. Trois stations de traitement fournissent d’ailleurs 180.000 litres d'eau propre chaque jour.
La situation demeure cependant extrêmement critique : de nombreuses personnes continuent de consommer de l'eau non traitée provenant du lac Kivu, ce qui favorise la propagation du choléra. Les enfants vivant dans les zones de conflit courent en effet trois fois plus de risques de mourir de maladies liées à l'eau que de violences. En 2025, 377 cas de choléra ont déjà été signalés, dont 146 en février. Ce mois-là, l'UNICEF et ses partenaires ont également fourni des soins de santé mentale et un soutien psychosocial à plus de 1.900 enfants dans le pays. Par ailleurs, nous renforçons l'aide apportée aux centres de santé pour lutter contre les épidémies de mpox (variole du singe) et de choléra, notamment à travers des traitements médicaux, des soins nutritionnels et un accompagnement en santé mentale.
L'UNICEF appelle toutes les parties à donner la priorité à la protection civile et à permettre aux agences humanitaires de faire leur travail.
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