Les chiffres qu’affiche la Belgique sont également préoccupants : 24% des enfants de 5 à 19 ans sont en surpoids, un phénomène plus marqué dans les familles pauvres. Une alimentation saine a un prix souvent élevé ce qui explique que certaines familles préfèrent se tourner vers une nourriture moins riche du point de vue nutritif mais accessible financièrement.

Parallèlement, le rapport remarque que notre pays – au même titre que la France, la Hongrie, la Finlande, le Chili et le Mexique -, a développé une politique contre le surpoids. Notamment en définissant des directives précises pour les étiquettes des produits alimentaires afin d’en rendre la compréhension plus aisée. Ces étiquettes sont également munies d’un nutriscore dont le code couleur et la lettre fournissent aux consommateurs une indication sur la valeur nutritive des produits mis à l’étalage ou sur les rayons et aident les clients à faire les bons choix. Ces pratiques et d’autres suivent les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé pour faire reculer l’obésité chez les enfants.

Le rapport prévient que les mauvaises pratiques alimentaires commencent dès les premiers jours de la vie d’un enfant.

On sait qu’à peine 2 enfants sur 5 sont nourris exclusivement au sein durant leurs 6 premiers mois de vie. La vente de lait en poudre a connu une hausse spectaculaire de près de 72 % entre 2008 et 2013 dans les pays à revenus moyens élevés tels que le Brésil, la Chine et la Turquie, par exemple. C’est le résultat principalement de techniques de marketing souvent illicites et d’une politique démissionnaire quant à l’allaitement maternel. De nombreux enfants sont ainsi privés de la meilleure alimentation qu’un nourrisson puisse avoir.

La première alimentation solide qu’un bébé recevra, souvent vers l’âge de 6 mois, ne correspond souvent pas à ses besoins réels. Moins d’un enfant sur trois reçoit en effet une alimentation suffisamment variée indispensable au bon développement de son corps et de son cerveau. Pour les enfants vivant en milieu précaire, cette proportion descend encore à un enfant sur cinq.

Les enfants plus âgés, consomment, eux, trop peu de fruits et de légumes et de nombreux adolescents sautent souvent leur petit déjeuner alors qu’ils consomment des sodas et recourent à de la restauration rapide. Ils sont tous les jours confrontés avec une facilité déconcertante à ce que l’on appelle la “malbouffe”. Marketing agressif et matraquage publicitaire les mettent immédiatement en présence d’un flot de produits alimentaires industriels quand ce ne sont pas les chaînes de fast food ou les distributeurs de boissons sucrées. Phénomène observable tant en milieu rural qu’urbain.

100 géants du monde des entreprises produisent à eux seuls 77 % des aliments industriels de la planète. Par des techniques de marketing déployée à grande échelle, ils déterminent dans une mesure croissante ce qui se retrouve sur la table des familles.

La conséquence de tout ceci c’est qu’il y a 10 fois plus de filles et 12 fois plus de garçons entre 5 et 19 ans qui souffrent de surpoids par rapport à 1975 !

© UNICEF/UN0315970/Pirozzi

Les conséquences négatives de nos habitudes alimentaires modernes ne se font pas uniquement sentir sur notre santé. Elles sont nocives également pour l’environnement. La production alimentaire est responsable à elle seule pour un tiers de l’émission des gaz à effet de serre et 70 % de la consommation d’eau douce de la planète. La manière dont nous produisons actuellement notre nourriture est l’une des principales causes du réchauffement climatique.

Et à l’inverse, les conséquences du réchauffement climatique, telles que les inondations, ont un impact sur la capacité des communautés à produire de la nourriture en suffisance. Le risque pour les enfants de contracter des maladies par voie hydrique ne fait que croître. Les diarrhées qui en résultent empêchent les enfants de profiter comme il faut de leur alimentation et concourent ainsi à entretenir des cycles de sous-alimentation.

Que pensent les enfants et les jeunes d’une alimentation saine ?

© UNICEF/UNI210860/Sujan

De nombreux jeunes et de nombreuses mamans sont pourtant bien informées des bienfaits d’une nourriture saine et adaptée.

“Lorsque tu consommes des produits sains, tu prends soin de ta santé,” raconte une jeune fille de 16 ans originaire de Chine. Elle participe à l’un des 70 ateliers que l’UNICEF a organisés pour réaliser cette édition du rapport ‘La Situation des Enfants dans le Monde’. Et une jeune fille indienne de 13 ans de compléter : “L’alimentation est essentielle pour nous. C’est elle qui va nous permettre de bien étudier.”

Les jeunes interrogés connaissent les obstacles posés entre eux et une nourriture saine : “Je ne dispose pas d’assez d’argent pour acheter une nourriture saine pour mon bébé et pour moi-même,” raconte une jeune maman guatémaltèque de 20 ans. Une adolescente de 18 ans originaire du Zimbabwe nous apprend tout de même qu’elle n’est pas suffisamment informée des bonnes pratiques alimentaires.

Un plan d’action pour défendre le droit des enfants et ces jeunes à une alimentation saine

Il y a 30 ans, la Convention relative aux droits de l’enfant a défini le droit de chaque enfant à une alimentation saine. Pour réaliser ce droit, il est important que nous comprenions bien le contexte de changement rapide dans lequel le réchauffement climatique, l’urbanisation galopante et la globalisation déterminent et modifient les habitudes alimentaires des enfants.

Pour veiller à ce que les systèmes alimentaires puissent mieux fonctionner et profiter aux enfants, nous devons relever les défis auxquels sont confrontés les enfants et leurs familles aux quatre coins de la planète : le coût élevé des aliments sains, le peu de temps dont les familles disposent, l’accès limité à des fruits et légumes frais dans de nombreuses communautés et la pression omniprésente des techniques de marketing ou publicitaires.

Nous devons nous engager à garantir aux enfants une nourriture riche du point de vue nutritif, saine, accessible financièrement et durable. Nous devons :

  1. Donner les moyens aux familles, aux enfants et aux jeunes de demander des aliments nutritifs, notamment en améliorant l’éducation à la nutrition et en utilisant des mesures législatives éprouvées, telles que les taxes sur le sucre, afin de réduire la demande d’aliments mauvais pour la santé ;
  2. Encourager les fournisseurs de denrées alimentaires à agir dans l’intérêt des enfants, en les incitant à produire des aliments sains, pratiques et abordables ;
  3. Créer des environnements alimentaires sains pour les enfants et les adolescents en utilisant des approches qui ont fait leurs preuves, telles que l’utilisation d’étiquettes précises et faciles à comprendre sur les emballages et des contrôles plus stricts en ce qui concerne la commercialisation des aliments préjudiciables à la santé ;
  4. Mobiliser les systèmes de soutien dans les domaines de la santé, de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, de l’éducation et de la protection sociale afin d’améliorer les résultats nutritionnels pour tous les enfants ;
  5. Collecter, analyser et utiliser régulièrement des données et éléments de preuve de bonne qualité pour orienter les actions et suivre les progrès.

Nous avons tous intérêt à ce que les systèmes de production alimentaire prennent davantage en considération les besoins alimentaires des enfants. Une alimentation saine peut briser le cercle vicieux selon lequel une mauvaise alimentation entretient la pauvreté et suivant lequel la pauvreté mène à son tour à une alimentation inadaptée. Les enfants bien nourris, ont une base solide qui leur permettra beaucoup plus facilement de développer toutes leurs potentialités. Tous profits pour la société dans laquelle ils vivront. Les bonnes pratiques alimentaires sont les pavés du chemin qui mène à une vie saine, équilibrée et réussie.