À Gaza, la situation humanitaire est plus que critique : l'eau potable et la nourriture commencent à manquer, le chaos et la panique augmentent, et les camions transportant de l'aide ne sont autorisés à entrer que de manière exceptionnelle.

Les frappes aériennes et les bombardements ont détruit de nombreux hôpitaux, écoles et habitations. Au moins 80% des écoles et plus de 177.000 maisons ont été endommagées ou détruites depuis le début des hostilités. 8 des 36 hôpitaux de Gaza - qui servent également d'abris pour les personnes déplacées - ne fonctionnent plus. Toutes les voies d'approvisionnement sont actuellement coupées. Les enfants et les familles de Gaza manquent cruellement de nourriture et d'eau, ils n'ont plus accès aux médicaments et aux hôpitaux. 

Le carburant vient lui aussi à manquer. Or il est indispensable au fonctionnement d'installations essentielles telles que les hôpitaux, les usines de dessalement et les stations de pompage d'eau. Les unités de soins intensifs néonatals accueillent plus de 100 nouveau-nés. Certains, placés dans des couveuses, dépendent d'une ventilation mécanique. L'alimentation électrique ininterrompue qu'elle nécessite est donc une question de vie ou de mort pour eux.

Gaza est devenu un cimetière pour des milliers d'enfants. Et ce ne sont pas seulement les bombardements qui mettent leur vie en danger. Plus d'un million d'entre eux manquent également d'eau. 

Gaza ne dispose pas de ruisseaux, de rivières ou d'autres sources d'eau fiables et dépend donc uniquement de l'eau de mer. Des usines de dessalement spéciales, soutenues par l'UNICEF, filtrent l'eau. En raison du manque de carburant et d'électricité, aucune des six usines ne fonctionne actuellement. 

La capacité de production d'eau se situe à 5 % des niveaux normaux et les 2,3 millions d'habitants de Gaza doivent survivre avec 3 litres d'eau par personne et par jour.

Les enfants boivent de l'eau salée ou contaminée depuis des jours, ce qui provoque des problèmes rénaux, des diarrhées et une déshydratation. Si l'accès à l'eau potable n'est pas rétabli, davantage de personnes, y compris des enfants, tomberont malades ou mourront de déshydratation ou de maladies transmises par l'eau.

Environ un million de personnes ont fui leur domicile, dont près de la moitié sont des enfants, et beaucoup se réfugient dans des abris surpeuplés avec un accès très limité à l'eau et à l'assainissement - des conditions et une promiscuité qui sont particulièrement dangereuses pour les jeunes enfants.

Le conflit en cours dans la bande de Gaza expose les enfants non seulement à des dangers physiques, mais il aura également de graves conséquences sur eux d'un point de vue émotionnel et psychologique. Avant que ce cauchemar ne débute, 800.000 enfants de Gaza - soit 3 enfants sur 4 - avaient déjà besoin d'un soutien psychosocial.

Nesma, une collègue de l'UNICEF, a deux enfants. Elle raconte que sa fille Talia, âgée de quatre ans, présente de graves symptômes de stress et d'anxiété. Elle s'arrache les cheveux et se gratte jusqu'au sang. Mais pour l'instant, elle n'a pas la possibilité de s'occuper de ce problème. Je n'arrête pas de me dire : "Nesma, fais en sorte qu'ils survivent à ça". Une fois que tout sera terminé, je pourrai chercher un soutien psychologique et des soins médicaux."

Même avant l'escalade de la violence, de nombreux enfants de Gaza souffraient déjà de retards de croissance et d'anémie dus à leur état de malnutrition. Ces dernières semaines, la nourriture et l'eau potable sont devenues incroyablement rares. Une situation qui engendre une vague de malnutrition aiguë et qui se veut particulièrement grave dans le nord de la bande de Gaza, presque totalement privé d'aide depuis des semaines.

Les enquêtes nutritionnelles menées dans les abris et les centres de santé montrent que 31% des enfants de moins de 2 ans - soit un enfant sur trois - souffrent de malnutrition aiguë. Un chiffre deux fois plus élevé que les 15,6% enregistrés en janvier. Parallèlement, 23 enfants du nord de Gaza ont perdu la vie en raison de la malnutrition et de la déshydratation ces dernières semaines. À Rafah, zone dans laquelle l'assistance est pourtant la plus importante, les résultats concernant la malnutrition ont démontré que le pourcentage d'enfants en sous-alimentation est passé de 5 à 10% et que la malnutrition aiguë sévère (forme de malnutrition la plus dangereuse) a quadruplé, passant de 1 à plus de 4%.

Les chiffres sont alarmants et la situation invraisemblable. Selon le ministère palestinien de la santé, le conflit a déjà coûté la vie à plus de 30.000 personnes. 70% d'entre elles sont des femmes et des enfants. Le nombre d'enfants tués est estimé à au moins 13.000 et plus de 70.000 personnes ont été blessées. Ces chiffres augmentent chaque jour.

Sans aide humanitaire supplémentaire, la situation nutritionnelle dans la bande de Gaza risque de continuer à se détériorer rapidement et à grande échelle. La plupart des installations de santé, d'eau et d'assainissement étant fortement dégradées, il est essentiel de protéger et de renforcer celles qui fonctionnent encore afin de freiner la propagation des maladies et d'empêcher la malnutrition de s'aggraver.

Les équipes de l'UNICEF restent sur le terrain pour répondre aux besoins fondamentaux des enfants. Comme la population de Gaza, nos collègues ont également été priés de quitter la ville, mais nous restons dans le sud de la bande de Gaza pour continuer à aider les enfants, notamment avec des fournitures médicales, des kits d'hygiène et du carburant.

L'UNICEF reste déterminé à rétablir temporairement l'accès à l'eau potable pour 1.326.000 de personnes à Deir Al Balah, Khan Younis, Rafah et le nord du Gaza, dont plus de 670.000 enfants, en livrant du carburant et du matériel de purification de l'eau.

Nous livrions déjà des fournitures médicales et des médicaments aux hôpitaux, mais compte tenu du nombre élevé de blessés, les lits d'hôpitaux et les médicaments essentiels (anesthésiques) viennent rapidement à manquer. 

En outre, l'UNICEF a fourni un soutien en espèces pour aider plus de 450.000 personnes, dont la moitié sont des enfants, à acheter de l'eau et de la nourriture, nous organisons des activités quotidiennes pour les enfants déplacés et nous leur apportons un soutien psychosocial. Nous travaillons également avec des partenaires pour soutenir les services de santé dans le nord et le sud de la bande de Gaza.

« La situation dans la bande de Gaza entache de plus en plus notre conscience collective. Le nombre d’enfants tués et blessés est tout simplement effroyable. Il est d’autant plus inquiétant de constater qu’en l’absence d’apaisement des tensions et d’autorisation d’accès de l’aide humanitaire permettant notamment l’acheminement de nourriture, d’eau, de fournitures médicales et de carburant, le nombre de victimes quotidiennes va continuer d’augmenter. »

L'UNICEF ET SES PARTENAIRES FONT PRESSION POUR AMÉLIORER L'ACCÈS À L'EAU, AUX MÉDICAMENTS, AUX SOINS DE SANTÉ ET AUX SERVICES ESSENTIELS DONT LA FOURNITURE EST URGENTE

Depuis l'escalade du conflit le 7 octobre, seul un nombre limité de camions transportant de l'aide humanitaire a été autorisé à entrer dans la bande de Gaza. Les pénuries à Gaza provoquent parfois la panique et des scènes de chaos au sein de la population.  

L'approvisionnement en eau en quantités limitées sauve des vies, mais les besoins immédiats restent immenses, non seulement au niveau de l'eau, mais aussi de la nourriture, du carburant, des médicaments et des biens et services essentiels. Sans la garantie d'un approvisionnement régulier en aide humanitaire, la menace d'épidémies potentiellement mortelles est bien réelle.

L'UNICEF poursuit l'acheminement de fournitures d'urgence supplémentaires en Égypte et continue d'insister sur la nécessité d'un accès humanitaire sûr et durable afin d'apporter une aide vitale aux enfants en difficulté.

Le droit humanitaire doit prévaloir.
Rien ne peut justifier le meurtre, la mutilation ou l’enlèvement d’enfants. 
Le meurtre et la mutilation d’enfants constituent une grave violation du droit humanitaire international. Nous appelons toutes les parties à ne pas prendre les enfants pour cibles et à adopter toutes les mesures nécessaires pour assurer leur protection pendant les hostilités.

L’enlèvement d’enfants par l’une ou l’autre des parties au conflit constitue une grave violation et la prise d’otages est interdite par le droit international humanitaire en toutes circonstances. L’UNICEF demande la libération immédiate et en toute sécurité de tous les otages.

Les attaques contre les civils et des infrastructures telles que les hôpitaux sont inacceptables et doivent cesser immédiatement.

L'UNICEF continue d'appeler à la fin immédiate des hostilités, demande d'assurer la protection des enfants et de garantir l'accès, en toute sécurité et en temps voulu, de l'aide humanitaire aux enfants qui en ont besoin.

CHAQUE ENFANT, OÙ QU'IL SOIT ET QUI QU'IL SOIT, DOIT ÊTRE PROTÉGÉ.