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Mise à jour : 20 mai 2026
Il y a 20 ans, le Darfour bouleversait déjà. À l’époque, une génération d’enfants avait été victime d'atrocités ou y avait survécu. Aujourd’hui, alors que la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année, l’histoire se répète : des enfants sont tué·es, des villages incendiés et les déplacements massifs de population s'intensifient.
Le nouveau rapport, intitulé « Darfour : 20 ans après, les enfants en danger », dresse un tableau alarmant de la situation actuelle au Soudan. Le conflit provoque à nouveau de nombreuses violences, une famine aiguë, la destruction des infrastructures et de graves violations des droits de l’enfant. Des millions d’enfants sont déplacé·es, tant à l’intérieur du Darfour qu’au-delà de la frontière avec le Tchad, où les structures d’accueil étaient déjà sous pression.
La situation est aujourd’hui encore plus grave qu’en 2005. Le manque de financement, l’accès limité à l’aide humanitaire et les dangers croissants empêchent les organisations humanitaires d’atteindre de nombreux·ses enfants.
Malgré les difficultés, nous continuons à prendre en charge et soigner les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Parallèlement, nous fournissons de l'eau, soutenons les équipes médicales mobiles et les services de vaccination, et offrons une aide psychosociale aux enfants dans des espaces adaptés à leurs besoins.
« Les enfants du Darfour ont besoin de protection et d'un accès humanitaire. Les parties à ce conflit doivent immédiatement mettre fin à cette guerre », déclare Catherine Russell, directrice générale de l'UNICEF.
Le conflit s’est non seulement prolongé, mais aussi intensifié : de nouvelles formes de guerre ont émergé, notamment les attaques de drones. Depuis le début de l’année 2026, 78 % des victimes infantiles signalées ont été causées par ce type d’attaques.
Entre janvier et mars 2026, au moins 160 enfants ont perdu la vie et 85 autres ont été mutilé·es, soit une augmentation alarmante de 50 % par rapport à la même période en 2025. Les communautés du Darfour et des États du Kordofan figurent parmi les plus durement touchées, devenues l’épicentre d’une violence exacerbée.
Le Soudan traverse l’une des pires crises humanitaires actuelles. 33,7 millions de personnes, dont 17,3 millions d’enfants, ont besoin d’une aide d'urgence. Le pays connaît aujourd’hui la plus grande crise de déplacements internes au monde, avec 9,5 millions de personnes déracinées, dont trois enfants sur cinq.
Plus d'un tiers des écoles au Soudan sont fermées et 11 % des bâtiments servent de centres d'accueil ou sont utilisés par des groupes politiques. Au moins 8 millions d'enfants au Soudan ne sont toujours pas scolarisé·es.
Le risque de famine persiste
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’UNICEF tirent la sonnette d’alarme face à la situation nutritionnelle au Soudan. Près de 19,5 millions de personnes – soit 2 personnes sur 5 – sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë (phase 3 de l’IPC), selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
Cette analyse révèle que près de 135.000 personnes vivent une insécurité alimentaire catastrophique (phase 5 de l’IPC) au Darfour, au Sud-Darfour et au Sud-Kordofan. Elles risquent de connaître la famine dans les mois à venir. Plus de 5 millions de personnes se trouvent en phase 4 de l’IPC, correspondant à une situation d’urgence, et 14 millions en phase 3, qualifiée de crise. Entre juin et septembre – la période où les ressources alimentaires sont les plus limitées – la situation menace de s’aggraver davantage.
En raison du conflit qui perdure, des déplacements massifs de population et de l’accès restreint à l’aide humanitaire, plus de 825.000 enfants de moins de cinq ans risquent de mourir de malnutrition aiguë sévère en 2026 ; la forme la plus mortelle de malnutrition. Cela représente une augmentation de 7 % par rapport à 2025. Entre janvier et mars de cette année, près de 100.000 enfants ont déjà été admis·es pour un traitement contre la malnutrition.
La destruction des infrastructures civiles – notamment les marchés, les établissements de santé, les systèmes d’approvisionnement en eau et les moyens de production agricole – a fortement limité la production alimentaire et l’accès aux services essentiels. Environ 40 % des structures de santé ne sont plus fonctionnelles. Par ailleurs, 17 millions de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre et 24 millions sont privées de services d’assainissement adéquats.
Plus d'un tiers des écoles au Soudan sont fermées et 11 % des bâtiments servent désormais de centres d'accueil ou sont utilisés par des groupes politiques. Près de la moitié de tous les bâtiments scolaires ne sont donc plus utilisés comme salles de classe. Au moins 8 millions d'enfants au Soudan ne sont toujours pas scolarisé·es.
Les signalements de meurtres, d’enlèvements, de violences basées sur le genre, de mutilations et de séparations familiales se multiplient. Plus de 107.000 personnes ont fui Al Fasher depuis fin octobre 2025 et beaucoup restent piégées dans des conditions désespérées, sans accès suffisant à l’eau, à la nourriture ou aux soins.
La majorité des personnes déplacées se sont installées dans la localité de Tawila, où les sites surpeuplés manquent cruellement de services. Environ 500.000 personnes y ont trouvé refuge. Les enfants y sont exposé·es à des flambées de rougeole, de choléra et de dengue, ainsi qu’à des pénuries de soins, d’abris et d’eau potable.
Malgré les risques extrêmes, l'UNICEF et ses partenaires restent sur place pour venir en aide aux enfants et à leurs familles. Toutes les parties au conflit doivent immédiatement mettre fin à ces violations et respecter le droit international. Pour sauver des vies et prévenir la famine, il est essentiel d'intensifier notre aide d'urgence afin de relancer la production alimentaire locale. Il est aussi urgent de garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave sur l'ensemble du territoire, sans quoi la situation continuera de se détériorer rapidement.
À noter que ces chiffres concernent les deux premières semaines de janvier 2026.
- Près de 141.000 enfants ont été vacciné·es contre la rougeole et la rubéole ;
- Plus de 9.000 consultations médicales ont été assurées ;
- Plus de 65.000 personnes ont eu accès à de l’eau potable et à des installations sanitaires, contribuant à l’absence de cas de choléra en janvier ;
- Plus de 5.600 élèves ont rejoint de nouveaux centres d’apprentissage ;
- 13.000 personnes ont bénéficié de repas quotidiens.