Ni sains, ni saufs : Les enfants non accompagnés dans le Nord de la France

Le gouvernement français a décidé de démanteler la jungle de calais dans quelques jours, avant la trêve hivernale. Quelque 1 300 enfants et adolescents non accompagnés s'y trouvent encore. Toujours en danger. Ce démantèlement ne doit pas s’ajouter aux graves traumatismes déjà supportés par ces enfants sur la route et ne doit pas conduire à voir disparaître des radars, à nouveau, une grande partie d’entre eux.

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Dans le bidonville, le feu est partout ; il éclaire, réchauffe, rassure.

L’UNICEF France rappelle les trois pré- requis pour l’éviter :

  • Garantir les moyens d’un accompagnement des mineurs non accompagnés dans des lieux spécifiques séparés des adultes, selon les exigences de la Protection de l’enfance ;
  • Privilégier la réunification familiale au sens large en coordination avec les autorités britanniques ;
  • Assurer avant le démantèlement, un travail d’explication (en lien avec les ONG et intégrant des traducteurs) sans quoi les efforts entrepris pourraient être compromis par une incompréhension et une méfiance de la part des mineurs eux-mêmes.

L’UNICEF France et ses partenaires resteront très vigilants quant au déploiement effectif de ces trois mesures. Celles-ci sont indispensables pour accompagner cette population vulnérable, pendant ce moment qui accentue les dangers qu’ils courent déjà et les protéger des réseaux de trafics et de traite dont ils sont victimes.

C’est pourquoi l’UNICEF France recommande la nomination d’une personnalité qualifiée et indépendante, qui garantisse la mise en œuvre effective des mesures d’accompagnement pour les mineurs non accompagnés et en suive les difficultés éventuelles dans la durée.

Enfin, il est impératif en vue des arrivées prochaines de réfugiés mineurs de créer un lieu d’accueil et de répit dans le Calaisis, afin de ne pas reproduire les mêmes situations de mises en danger.

« Le démantèlement ne peut être traité en dehors d’une prise en compte plus globale qui intègre non seulement le Nord et le littoral de la Manche mais aussi l’Ile de France et les Alpes-Maritimes, avec des lieux d’accueil et de répit pour assurer une réelle protection à ces enfants tout au long de leur route », ajoute Sébastien Lyon, Directeur général de l’UNICEF France.

Entre février et mai 2016, la photographe Laurence Geai s’est rendue à Calais et a enquêté dans le bidonville, auprès des enfants isolés décidés à rejoindre l’Angleterre. Le reportage photo est associé à l’enquête ‘Ni sains, ni saufs’, qui révèle les nombreux dangers auxquels sont exposés en permanence les enfants non accompagnés qui vivent dans les bidonvilles et camps du Nord de la France.

Ces enfants fragiles ne sont pas protégés et ils vivent dans des conditions indignes. Ils manquent de nourriture et d’accès à l’eau, et ils ne vont pas à l’école. A la merci des passeurs, ils sont exposés à des dangers permanents : accidents, blessures, violences dont des situations de violences sexuelles.

Ses photographies nous engagent à reconnaître la rudesse de l’existence de ces enfants, les risques qu’ils encourent, et l’urgence à leur venir en aide. Elles nous rappellent que ce sont avant tout des enfants, et que la façon de les accueillir dans nos pays est une responsabilité partagée. Une expulsion sans solution alternative ne fait que renforcer les situations extrêmes et les dangers encourus par les enfants.

* Les prénoms des enfants ont été changés

Ahmed, 16 ans, Soudan – Jungle de Calais, février 2016 unicef-france_1
Ahmed a quitté ses parents restés au Darfour et a emprunté la route migratoire passant par la Libye. Il vit dans le bidonville de Calais depuis 5 mois. Son objectif: rejoindre l’Angleterre “pour étudier les sciences”.

Le 1er mars 2016, Ahmed assiste au démantèlement de la partie Sud de la « jungle » de Calais où il vit.

La décision prise par les pouvoirs publics d’évacuer le camp fragilise encore un plus les enfants non accompagnés.

Conséquence du démantèlement sans déploiement d’une réponse appropriée : le lien avec un certain nombre de ces enfants est perdu, on perd leur trace.

Mirzal, 16 ans, Afghanistan – Jungle de Calais, février 2016 1-z7n8b2a9dzwlbz7axckula
Mirzal est arrivé seul à Calais en février 2016. Ses parents sont restés en Afghanistan. Il semble en permanence accompagné d’un adulte afghan “qui s’occupe de lui”. Ils partagent la même cabane.

Ce jour là, Mirzal a très mal aux dents. Chez un coiffeur afghan de la “jungle” il passe un moment à se reposer.

Le lendemain, Mirzal profite de la présence dans la “jungle” d’une association de dentistes anglais qui proposent des consultations dans une caravane.unicef-france_3
Mars 2016. Mirzal a quitté Calais pour Paris car sa cabane se trouvait dans la zone sud, démantelée depuis. Il est accompagné d’un adulte chez qui il sera hébergé.unicef-france_12
Depuis, Mirzal aurait quitté Paris pour l’Allemagne, découragé par plusieurs tentatives échouées de passage en Angleterre.

Bahman, 17 ans, Afghanistan – Jungle de Calais, mars 2016unicef-france_9
Bahman a accepté une place dans un container du CAP (Centre d’Accueil Provisoire) construit début 2016 et qui jouxte le bidonville.unicef-france_13
Ces 125 containers peuvent accueillir 1 500 personnes, des adultes et des familles. Pour obtenir une place dans le CAP, un mineur doit être accompagné d’un “tuteur”. Il n’existe pas d’espace destiné spécifiquement aux enfants isolés.

Iyad, 11 jaar, Syrie – Jungle de Calais, avril 2016unicef-france_15
Iyad est originaire du Golan. Il est arrivé à Calais début 2016. Il est seul, ses parents sont réfugiés au Liban. Des syriens originaires eux aussi du Golan s’occupent de lui. Un oncle attendrait Iyad en Angleterre et l’enfant cherche donc à passer. Depuis, il semblerait que son frère aîné, perdu un temps lors du périple, ait lui aussi rejoint Calais.

Pour les enfants de Calais, la vie quotidienne se passe presque toujours dehors et en groupe, qu’il s’agisse de jouer, de manger ou de se laver. Et le sommeil vient, les tentatives de passages occupant les nuits.

Zaher, 16 ans, Syrie – Jungle de Calais, avril 2016unicef-france_17
Avec son ami Mussab, âgé de 20 ans, ils vont tenter de passer en Angleterre en montant à bord d’un camion. Ils rejoignent un groupe qui se dirige vers l’autoroute. Leur stratégie : se cacher dans un parc, couper des branches avec lesquelles bloquer l’autoroute pour forcer les camions à s’arrêter et tenter de monter à bord de la remorque. La majorité d’entre eux seront probablement débarqués mais il arrive qu’un ou deux réfugiés parviennent à se cacher dans la marchandise.

Cela fait plus de 5 mois que les jeunes essaient de passer tous les jours.unicef-france_18
Les blessures dues à ces tentatives de passage sont nombreuses. Lorsqu’elles ne sont pas soignées, elles peuvent s’infecter et laisser de lourdes séquelles.

Sufyan, AfghanistanJungle de Calais, mai 2016unicef-france_19
Sufyan vient d’une région proche de l’Afghanistan . Suite au décès de son père, sa mère s’est remariée à son oncle, taliban, qui a menacé d’utiliser l’enfant dans une attaque suicide. C’est sa mère qui a organisé la fuite de Sufyan en Europe.unicef-france_20
Au moment du reportage, cela faisait 8 ou 9 mois que le jeune garçon avait rejoint Calais. Il y a rencontré un adulte dans la “jungle”, avec qui il reste en permanence pour être “protégé”. Ce soir-là, il va tenter une nouvelle fois de passer en Angleterre avec un groupe d’Afghans.

Sufyan, Zaher, Iyad, Bahman, Mirzal et Ahmed doivent être protégés et bénéficier de nouvelles formes d’accueil adaptées à leurs besoins, sécurisées, et durables. Ceci permettra de gagner leur confiance et de les éloigner des passeurs et des adultes avec de mauvaises intentions.

L’UNICEF recommande d’évaluer la situation de chaque enfant et de trouver des alternatives avant d’envisager toute expulsion. Sans cette précaution, les enfants devront faire face à des situations encore plus dangereuses que celles qu’ils vivent actuellement dans le camp et seront encore plus exposés aux risques de trafic.

Lisez le rapport ‘Ni sains, ni saufs’