Pollution : 300 millions d’enfants respirent de l’air toxique

Dans le monde, près d’un enfant sur sept, soit quelque 300 millions, vit dans une région où le niveau de toxicité de l’air extérieur dû à la pollution dépasse d’au moins six fois les directives internationales. C’est ce qui ressort du nouveau rapport de l’UNICEF, ‘Assainissons l’air pour les enfants’.

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Le rapport recourt à l’imagerie satellite pour montrer combien d’enfants sont exposés à des degrés de pollution atmosphérique excédant les normes internationales fixées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

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L’Asie du Sud
compte le plus grand nombre d’enfants vivant en pareil milieu, soit 620 millions, suivie par l’Afrique, avec 520 millions. Dans la région de l’Asie de l’Est et du Pacifique, 450 millions d’enfants vivent dans des zones où la pollution dépasse les limites indicatives.

Cap sur le Nigeria où la pollution de l’air fait partie de la réalité quotidienne pour beaucoup de gens.

Dans le centre-ville de Lagos

© UNICEF/UN037727/Bindra and © UNICEF/UN037724/Bindra
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(A gauche) Des vendeurs de rue vendent leurs produits au marché d’Oshodi lorsque les navetteurs rentrent à la maison dans la circulation dense et les gaz d’échappement. Les vendeurs et les navetteurs se plaignent de maux de tête et de difficultés respiratoires en inhalant les fumées toxiques quand ils sont bloqués dans les embouteillages.

(A droite) Kadija vend des ignames et d’autres aliments au marché d’Oshodi. Elle se faufile entre les voitures qui dégagent de la fumée toxique.

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L’air toxique peut avoir pour conséquence une fausse couche, un accouchement prématuré et un faible poids à la naissance. La pollution de l’air contribue chaque année à la mort de plus de jeunes enfants que le paludisme et le VIH/SIDA réunis. Elle nuit également au développement du cerveau des enfants. C’est un frein pour l’économie et pour la société, qui coûte déjà 0.3% du PIB mondial – un pourcentage qui continue d’augmenter. Dans beaucoup de parties au monde la situation empire.

Dans une scierie à Lagos

© UNICEF/UN037194/Bindra
© UNICEF/UN037194/Bindra

Les enfants respirent deux fois plus vite que les adultes et inhalent plus d’air par rapport à leur masse corporelle. Leurs voies respiratoires sont plus perméables que celles des adultes et donc plus vulnérables. Leur système immunitaire est plus faible et leur cerveau est encore en développement.

Des ouvriers qui travaillent dans une scierie passent devant des déchets et de la sciure qui sont en train de brûler et qui seront ensuite vendus comme du charbon. Des femmes et des enfants ramassent et portent la sciure qui sera ensuite brûlée avec des déchets. Les ouvriers à la scierie ont souvent des problèmes respiratoires. Ils toussent et ont des maux de tête lorsque la fumée entre dans leurs poumons.

© UNICEF/UN037196/Bindra
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« La pollution de l’air contribue grandement au décès de quelque 600 000 enfants de moins de cinq ans chaque année et menace la vie et l’avenir de millions d’autres chaque jour », affirme le Directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake.

 « Les matières polluantes ne se contentent pas d’endommager les poumons des enfants, elles peuvent aussi franchir la barrière hématoencéphalique et endommager définitivement leur cerveau en développement. Leur avenir en sera compromis. Aucune société ne peut se permettre d’ignorer la pollution. »

© UNICEF/UN037206/Bindra and UNICEF/UN037193/Bindra
© UNICEF/UN037206/Bindra and UNICEF/UN037193/Bindra

Sara Zanu, 9 ans, porte de la sciure à la scierie. Elle vit à Makoko, une communauté de pêche de l’autre côté du Third Mainland Bridge à Lagos. Elle traverse la lagune chaque jour en canoë avec sa sœur ainée, Kadija, 14 ans, qui travaille aussi à la scierie.

« Je préférerais aller à l’école ou tresser les cheveux de ma copine. Je peux réaliser beaucoup de tresses différentes, » raconte-t-elle.

Au lieu d’aller à l’école, elle travaille à la scierie depuis quatre ans, inhalant les fumées lorsque la sciure brûle.

“Je souffre à la maison. Je tousse beaucoup et mes poumons me font mal. Parfois quand je tousse,je crache un substance noire.”

Nous devons tous œuvrer pour atteindre les directives mondiales pour la qualité de l’air et donc pour améliorer la sécurité et le bien-être des enfants. Pour ce faire, nous devons réduire les émissions provenant de la combustion des combustibles fossiles et investir dans l’efficacité énergétique et des sources d’énergie renouvelables.

Dans une communauté de pêche dans la lagune de Lagos

© UNICEF/UN037377/Bindra
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Au Lagos des habitants naviguent dans les eaux polluées de Makoko, un village de pêche construit sur des vérins au-dessus de la lagune. La fumée des maisons plane au-dessus des canaux.

Des émissions de véhicules, des générateurs diesel, la combustion de la biomasse, des ordures et d’autres déchets environnementaux ont un énorme effet sur la qualité de l’air et de l’eau de la communauté.

Les habitants de Makoko dépendent de la pêche pour gagner leur vie et se plaignent que les stocks de poisson ont diminué depuis quelques années. Ils ont aussi du mal à respirer et beaucoup d’entre eux crachent de la suie chaque jour.

© UNICEF/UN037190/Bindra and © UNICEF/UN037189/Bindra
© UNICEF/UN037190/Bindra and © UNICEF/UN037189/Bindra

Dupe Gowon, 10 ans, fume du poisson dans sa maison à Makoko. Avant, elle fréquentait l’école, mais aujourd’hui elle reste à la maison afin d’aider sa mère à fumer le poisson pour le vendre ensuite au marché.

“Il peut faire très chaud dans la chambre et à cause de la fumée, il est parfois difficile de respirer,”raconte-t-elle.

La nuit elle tousse souvent, et elle a parfois le vertige, mais elle prétend que l’air est bon.

Le bilan de la pollution de l’air intérieur, causé par l’utilisation de combustibles tels que le charbon et le bois pour cuisiner et chauffer, est lourd et touche surtout des enfants dans des zones rurales à faible revenu.

La pollution de l’air intérieur et extérieur est directement liée à la pneumonie et aux autres maladies respiratoires qui causent près d’un décès sur 10 parmi les enfants de moins de cinq ans, ce qui fait de la pollution l’une des plus grandes menaces pour la santé des enfants.

Dans un abatoir à Yenagoa

© UNICEF/UN037172/Bindra
© UNICEF/UN037172/Bindra

Des polluants atmosphériques ultrafins – causés principalement par des fumées et des émanations – entrent plus facilement dans les poumons des enfants et sont plus susceptibles de les irriter et de provoquer ou d’aggraver des maladies graves.

Des études démontrent que ces petits particules peuvent également franchir la barrière hémato-encéphalique, qui est moins résistante chez les enfants. Lorsque c’est le cas, elles peuvent peut causer des inflammations, produire une lésion du tissu cérébral et compromettre le développement cognitif de manière permanente.

A Yenagoa, dans l’état de Bayelsa, des ouvriers effectuent de différentes tâches pour produire du Kanda, une sorte de viande fumée, dans un abattoir. Les ouvriers utilisent des os de vaches, des roues en caoutchouc, des fils électriques, des boîtes en aluminium et d’autres déchets pour entretenir le feu, ce qui rend la fumée très dangereuse à inhaler.

Badamasi Ibrahim, 15 ans, travaille toute la journée pour fumer la viande et la vendre ensuite au marché.

“Je travaille ici parce qu’il n’y a pas d’autre boulot. C’est pour cela que nous le faisons. C’est très dur et il fait très chaud. Vous voyez la flamme ? J’ai un problème aux poumons. Quand je tousse, je crache une substance noire. ”

Parfois Badamasi va à l’hôpital quand il a du mal à respirer ou quand il se sent malade. Après avoir reçu un traitement prescrit par un médecin, il rentre à la maison ou au travail.

© UNICEF/UN037169/Bindra and © UNICEF/UN037173/Bindra
© UNICEF/UN037169/Bindra and © UNICEF/UN037173/Bindra

Les enfants en ville qui grandissent trop près de sites industriels, de décharges fumantes et de générateurs électriques, les enfants à la campagne qui vivent dans des maisons non-ventilées où la nourriture est préparée sur des cuisinières dégagant de la fumée, des enfants réfugiés et migrants vivant dans des tentes remplies de fumée du feu de bois… Tous ces enfants inhalent des polluants jour et nuit qui mettent leur santé en danger, menacent leur vie et compromettent leur avenir

Beaucoup de ces enfants sont déjà défavorisés à cause de la pauvreté. La pollution de l’air est une menace supplémentaire pour leur santé et leur bien-être – c’est aussi une preuve de plus de l’indifférence du monde à leur égard.

Dans l’état de Bayelsa

© UNICEF/UN037718/Bindra
© UNICEF/UN037718/Bindra

Des enfants qui inhalent de l’air pollué courent un plus grand risque de développer des troubles de santé sévères – en particulier des infections respiratoires telles que la pneumonie. L’UNICEF soutient des programmes pour améliorer l’accès des enfants aux soins de santé de qualité et afin de les vacciner contre des affectations telles que la pneumonie.

© UNICEF/UN037721/Bindra and © UNICEF/UN037719/Bindra
© UNICEF/UN037721/Bindra and © UNICEF/UN037719/Bindra

Elisabeth Christopher, 26 ans, tient son bébé, Debora Christopher, 14 mois, dans les bras devant sa maison.

Quand elle parle du fleuve qui passait jadis devant sa maison, elle raconte :

« C’était un ruisseau, avec de l’eau courante. Nous pêchions et nous buvions dans le fleuve. Depuis que la raffinerie pétrolière est là, nous ne pouvons plus utiliser l’eau. La société nous a donné un puits, mais l’eau est toujours contaminée. Parfois, nous avons des éruptions cutanées. L’air pue et irrite mes poumons. Mon bébé tousse et a le nez qui coule. Nous ne voulons pas devenir des laissés-pour-compte. Nous souffrons beaucoup de cet air malodorant. »

© UNICEF/UN037183/Bindra and © UNICEF/UN037178/Bindra
© UNICEF/UN037183/Bindra and © UNICEF/UN037178/Bindra

Dans l’état de Bayelsa, les mangroves de la crique sont détruites par la pluie acide. Depuis que la combustion du gaz en torchère a commencé, les gens du village sentent sa chaleur intense et le grondement des conduites souterraines. Ils ont commencé à avoir des troubles de sommeil.

Elijah raconte : « Nous ne pouvons plus utiliser l’eau de la rivière ni l’eau de pluie. Quand nous recueillons l’eau de pluie dans un bassin blanc, il y de la suie noire qui flotte à la surface. Nous ne pouvons même pas laver nos vêtements dans cette eau, et encore moins la boire. Mais c’est la seule eau dont nous disposons ! Je parle en tant que citoyen ordinaire, en tant que père de deux enfants. Le meilleur héritage que nous pouvons laisser à nos enfants, c’est un environnement propre. Mon père m’a laissé des arbres verts. Mais regardez les arbres autour de moi : ils deviennent bruns. Ils sont en train de mourir. Est-ce cela ça l’héritage que je laisse à mes enfants ? »

L’UNICEF demande aux dirigeants de la planète qui participent à la COP22 de prendre quatre mesures d’urgence dans leur pays respectif pour protéger les enfants de la pollution atmosphérique.

Réduire la pollution : Tous les pays devraient s’efforcer de respecter les normes internationales de qualité de l’air fixées par l’OMS, afin de favoriser la sécurité et le bien-être des enfants. Pour ce faire, les gouvernements devraient adopter un éventail de mesures, notamment réduire la combustion de combustibles fossiles et investir dans l’efficacité énergétique et dans des sources d’énergie renouvelables.

Augmenter l’accès des enfants aux soins de santé : Investir dans les soins de santé généralement destinés aux enfants, y compris les campagnes de vaccination, et recenser les cas de pneumonie (cause première de décès chez les moins de 5 ans), au niveau communautaire, contribueront à assurer une plus grande résilience des enfants face à la pollution atmosphérique et à renforcer leur capacité à se remettre des maladies qui s’y rattachent.

Minimiser l’exposition des enfants à la pollution : Les sources de pollution, comme les usines, ne devraient pas se trouver près des écoles et des terrains de jeu. Une meilleure gestion des déchets pourrait réduire la quantité de détritus brûlés dans les collectivités. Des gazinières plus propres amélioreraient la qualité de l’air dans les habitations. Réduire la pollution atmosphérique en général pourrait contribuer à diminuer l’exposition des enfants.

Assurer le suivi de la pollution atmosphérique : un meilleur suivi a fait ses preuves pour aider les enfants, les jeunes, les familles et les collectivités à réduire leur exposition à la pollution atmosphérique, à mieux connaître ses causes et à demander des changements pour assainir l’air qu’ils respirent.
Quand nous protégeons la qualité de l’air, ce sont nos enfants que nous protégeons.
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