Reportage photo : les enfants de l’exil

15 mars 2018, Ghouta orientale, Syrie : un homme transporte dans son sac de voyage ce qui’il a de plus précieux : son fils. Il se dirige vers Hamourieh, un point d’évacuation qui permet à la population de fuir la violence dont la Ghouta orientale est le théâtre.

 

Objets. Souvenirs. Carnets.

Enfants, nous étions nombreux à avoir un objet auquel nous tenions beaucoup – un objet qui n’appartenait qu’à nous. Nous en prenions soin. Nous le chérissions. Par la suite, cet objet est devenu le gardien de souvenirs qui nous accompagnent encore aujourd’hui.

Imaginez maintenant que vous ayez subitement été forcé(e) de tout quitter, pour fuir la guerre ou échapper à la pauvreté. Auriez-vous pu emporter cet objet dans vos affaires ? Auriez-vous été contraint(e) de trouver un autre objet sur le chemin ?

Beaucoup des photos présentées dans ce reportage nous montrent que ces effets personnels aident les jeunes à ne pas perdre le sentiment de posséder quelque chose durant leur périple. D’autres nous montrent que ces objets peuvent tout aussi bien témoigner du chagrin et du désespoir de leur propriétaire que de sa force et de son courage. Et puis il y a ces enfants qui se déplacent sans rien d’autre que leurs habits sur le dos.

Nous espérons que ce reportage vous rappellera que quelle que soit sa situation – qu’il soit migrant, réfugié, déplacé interne ou apatride – avant toute chose, un enfant est un enfant.

Equateur, 2018

© UNICEF/UN0255467/Moreno Gonzalez

Harold, 17 ans, a quitté la ville de Caracas, au Venezuela, et voyage désormais vers Lima, au Pérou, dans l’espoir de commencer une nouvelle vie. En partant, le jeune homme a dû laisser derrière lui beaucoup de choses qui ne tenaient pas dans son sac. Il a malgré tout réussi à emporter un objet spécial : la médaille qu’il a reçue dans le deuxième cycle du secondaire. Cette médaille, espère-t-il, représente la première d’une longue série de réussites dans sa vie.

Photo: Manuel Moreno Gonzalez

Bangladesh, 2018

© UNICEF/UN0179490/Sokol

Tasmin Akter, une jeune réfugiée rohingya de 14 ans, tient dans ses bras son livre de poésie préféré tandis qu’elle prend part à un projet soutenu par l’UNICEF dans le camp de réfugiés de Kutupalong, dans le district de Cox’s Bazaar, au Bangladesh. « Lorsque je prends une décision pour moi, comme le fait de décider de lire un poème bengali à la maison, je me sens forte », affirme-t-elle.

Lorsqu’on lui demande si elle a un message à adresser aux jeunes filles de son âge, sa réponse fuse :  “ De grâce, ne vous mariez pas avant d’avoir 18 ans.”

Photo: Brian Sokol

Ukraine, 2015

© UNICEF/UNI181501/Zmey

Une petite fille pose avec son chien en peluche dans la gare centrale de Sloviansk, dans l’est de l’Ukraine. Elle vit dans ce wagon avec sa mère depuis que leur maison a été détruite par des missiles dans la ville d’Ouglegorsk, dans l’oblast de Donetsk.

Photo: Paul Zmey

Ouganda, 2017

© UNICEF/UN068523/Oatway

Agnes montre le bonnet de son bébé dans la zone d’installation de réfugiés de Bidi Bidi, dans le nord-ouest de l’Ouganda. La jeune femme a fui le Soudan du Sud avec son enfant en plein milieu du conflit, dans l’espoir d’échapper à la grave crise alimentaire provoquée par la guerre et l’instabilité. Mais le bébé d’Agnes a attrapé le paludisme durant leur voyage vers l’Ouganda. Il est décédé quelques jours après leur arrivée dans la zone d’installation de réfugiés.

Photo: James Oatway

Jordanie, 2018

© UNICEF/UN0255469/Herwig

Dans le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie, Hamza, 14 ans, montre un mot rédigé par son enseignant en Syrie. Dans ce mot, l’enseignant indique qu’Hamza est un élève modèle. Le jeune garçon a pris soin de mettre le mot dans ses affaires lorsqu’il a quitté la Syrie. Hamza est désormais en huitième année et fait de gros efforts pour maintenir ses bons résultats scolaires, malgré cette période d’interruption dans sa scolarité. « C’est important pour moi de garder ce mot parce qu’il me rappelle l’époque où j’étais le meilleur élève de la classe », confie-t-il.

Photo: Christopher Herwig

Soudan du sud, 2016

© UNICEF/UN030148/Rich

Sur le site de protection des civils de Bentiu, dans l’État d’Unity, au Soudan du Sud, Nyaboth, 6 ans, porte le réchaud de sa famille. La petite fille apporte ce réchaud tous les jours à l’école afin d’avoir un siège sur lequel s’asseoir pendant qu’elle apprend.

Photo: Sebastian Rich

Ex-République yougoslave de Macédoine, 2015

© UNICEF/UNI196290/Georgiev

Un jeune garçon porte sur son épaule un grand sac en toile contenant toutes ses affaires. Il marche le long de la voie de chemin de fer qui relie l’ex-République yougoslave de Macédoine et la Serbie. La ville frontalière de Preöevo, située dans le sud du pays, a servi de point de transit à de nombreux migrants et réfugiés en 2015.

Photo: Tomislav Georgiev

Guatemala, 2018

© UNICEF/UN0217830/Bindra

Dans un centre d’accueil gouvernemental situé à Quetzaltenango, au Guatemala, Eliasa, 15 ans, montre les seules affaires qu’il avait avec lui durant son périple pour rejoindre les États-Unis – une ceinture, des lacets de chaussure et un morceau de savon. De plus en plus d’enfants et de familles originaires d’El Salvador, du Honduras et du Guatemala migrent vers le nord par des voies clandestines, dans l’espoir de s’installer aux États-Unis. Certains fuient la violence des gangs, omniprésente dans leur communauté d’origine, tandis que d’autres tentent d’échapper à une pauvreté endémique.

Photo: Tanya Bindra

Autriche, 2017

© UNICEF/UN0120114/Gilbertson VII Photo

Sajad Al-Faraji, 16 ans, pose avec son arc durant son entraînement de tir à l’arc à Vienne, en Autriche. Le jeune homme a fait le pénible voyage depuis l’Iraq dans son fauteuil roulant. « J’éprouve un sentiment merveilleux lorsque j’atteins ma cible », confie-t-il. « Lorsque je pose les yeux sur la flèche, je ne pense plus à rien. J’oublie la demande d’asile, j’oublie mes jambes. Je n’ai plus de problèmes. Le temps d’un instant, je suis seul avec la cible. Et durant cet instant, je me sens vraiment heureux, je me sens libre. »

Photo: Ashley Gilbertson, VII Photo

Somalie, 2018

© UNICEF/UN0260172/Prinsloo

En Somalie, l’extrême pauvreté a poussé Ideeya, 17 ans, à tout quitter, y compris ce qu’elle avait de plus cher au monde, son bébé. Elle a migré vers le Yémen dans l’espoir d’y trouver du travail. La jeune fille est partie sans rien si ce n’est les vêtements qu’elle portait sur elle. Elle a attendu un bateau pendant quatre jours sans eau ni nourriture, et lorsqu’il est enfin arrivé, elle a dû se défendre contre les viols et la violence. Elle a fini par rentrer chez elle : « Je veux travailler dur pour m’assurer que ma fille ne se retrouve pas dans la même situation que moi », affirme Ideeya, qui ne sait ni lire ni écrire.

Photo: Karel Prinsloo

Jordanie, 2018

© UNICEF/UN0255468/Herwig

Dans le camp de réfugiés de Zaatari, situé dans le nord de la Jordanie, Yahya, 13 ans, montre une photo d’identité de lui petit. La photo date de sa première inscription à l’école. Mais Yahya n’a passé qu’une semaine en première année avant que sa famille ne s’enfuie en Jordanie. Il garde cette photo précieusement, car elle lui permet de se souvenir de son passé. « Cette photo est une partie de mon enfance », explique-t-il. « J’ai le sourire quand je la regarde et je suis heureux d’avoir un souvenir de moi quand j’étais plus jeune en Syrie. »

J’avais à peine 6 ans. Mon souhait le plus cher est de pouvoir retourner en Syrie pour revoir ma maison et mon école.”

Photo: Christopher Herwig

Ex-République yougoslave de Macédoine, 2015

© UNICEF/UNI201668/Georgiev

Une petite fille assise sur le sol joue avec son ours en peluche. Autour d’elle, les gens font la queue pour accéder au centre d’accueil de Vinojug, situé près de la ville de Gevgelija, dans l’ex-République yougoslave de Macédoine. Sans la compagnie de leurs amis en peluche, ces longues heures d’attente peuvent être éprouvantes pour les enfants.

Photo: Tomislav Georgiev

Italie, 2017

© UNICEF/UN065138/Cavalli

De jeunes migrants font une partie de Puissance 4 dans le Centro Astante, à Palerme, en Italie. Ce centre soutenu par l’UNICEF héberge deux sites d’accueil de première ligne pour les jeunes migrants non accompagnés présents dans la ville, afin de les accompagner dans leurs démarches d’enregistrement et de demande d’asile. On observe la même scène dans de nombreux centres d’accueil dans le monde : des jeux sont mis à la disposition des jeunes afin de les distraire de l’ennui et du désespoir provoqués par ces longues journées d’attente, qui se transforment souvent en mois et même en années, mettant en péril leur avenir.

Photo: Salvatore Cavalli

Bangladesh, 2017

© UNICEF/UN0147324/Brown

Mohammed Junaid, 10 ans, a fui son village natal de Yangsang, dans le canton de Buthedaung, au Myanmar, durant une violente offensive de l’armée birmane. Il a perdu le sac contenant ses vêtements, qui se trouvait sur un autre bateau. Ici, à Cox’s Bazaar, au Bangladesh, il serre dans ses bras les seules affaires qu’il lui reste : deux exemplaires du Coran.

Photo: Patrick Brown

Niger, 2018

Yonas [nom adapté], 16 ans, conserve toujours son bonnet. Il a quitté son Erythrée natale en 2016. Il a fui la situation instable de son pays et espérait trouver une vie meilleure en Europe. Il a traversé l’Ethiopie, le Soudan et la Libye à bord de pickups et de camions sur des routes souvent dangereuses avant de gagner Tripoli. Là, il a été évacué par le UNHCR et maintenant, il vit au Niger. Quand j’étais en Libye, mon bonnet me protégeait du froid durant la nuit. Cet objet m’est devenu très cher. Je veux le conserver jusqu’au moment où j’arriverais aux Etats-Unis. Car c’est là où je souhaite aller.”

Photo: Juan Haro

Des millions d’enfants jetés sur les routes de l’exil

Des millions d’enfants migrent en toute sécurité pour des raisons éducatives ou professionnelles, en quête d’une vie meilleure. Néanmoins, des millions d’autres sont déracinés ou contraints de partir de chez eux à cause de la violence, de la guerre, de la pauvreté, de persécutions et des effets du changement climatique.

Ce ne devrait pas être le cas. La discrimination envers les enfants migrants et la souffrance qui en résulte sont inacceptables et évitables. Les enfants sont des enfants, peu importent les raisons qui les poussent à partir de chez eux, d’où ils viennent et où ils sont, et les moyens employés pour arriver là. Chaque enfant mérite d’être protégé, de recevoir des soins et de bénéficier du soutien et des services nécessaires pour s’épanouir. Pourtant, trop souvent, ce n’est pas le cas.

Il existe des solutions ; elles sont réalisables.

Découvrez-les en consultant notre Agenda pour passer à l’action qui montre les actions à entreprendre pour aider les enfants qui ont été jetés sur les routes de l’exil.

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