Somalie. Les enfants n’ont plus le temps d’attendre de l’aide

En Somalie, le manque de pluie a provoqué une sécheresse qui touche des millions de personnes. Cette crise pourrait bien provoquer la mort de milliers d’enfants. Les enfants ne peuvent pas attendre que l’état de famine soit déclaré – le deuxième en sept ans – pour recevoir de l’aide.

© UNICEF/UN056039/Holt
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Les casseroles sont vides dans la maison de fortune construite dans un camp près de Caynabo, Somalie.

Une nouvelle saison des pluies « gu » (avril-juin) insuffisante pourrait encore aggraver la situation en Somalie. Si ajouté à cela, l’aide humanitaire n’atteint pas les populations vulnérables, il est très probable que l’état de famine soit déclaré. Toutefois, le temps de le déclarer, il est à craindre que de nombreux enfants aient trouvé la mort si l’aide n’est pas intensifié maintenant.

Les prix de l’eau et des aliments produits localement ont augmenté de manière dramatique. Des milliers de personnes sont déplacés et à la recherche de nourriture et d’eau. L’UNICEF estime qu’en avril 2017, 750.000 personnes auront besoin de soins de santé et 4.5 millions de personnes nécessiteront une aide en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WaSH). La sécheresse a provoqué une augmentation des maladies hydriques, avec plus de 4.000 cas de diarrhée aiguë et de choléra cette année.

Sécheresse fulgurante

© UNICEF/Holt
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Sur un terrain rocheux et poussiéreux près du village de Caynabo, plus de mille personnes ont créé des refuges de fortune où elles essaient de survivre. La sécheresse fulgurante a pratiquement détruit leur mode de vie pastoral. Elle risque maintenant de les tuer.

Ils sont parmi les 6 millions de personnes en Somalie qui ont besoin d’une assistance nutritionnelle d’urgence pour empêcher une répétition de la famine de 2011 qui a fait 250.000 morts.

Aujourd’hui, 185.000 enfants souffrent de la forme la plus grave de malnutrition – ce qui les rend neuf fois plus vulnérables qu’un enfant bien nourri. Le scénario le plus noir prédit que 370.000 enfants souffriront de malnutrition sévère d’ici la fin de l’année.

Amina Dahir, une maman d’une trentaine d’années, a voyagé pendant deux jours et deux nuits pour arriver à Caynabo . Tout le bétail de sa famille est mort. Elle était accompagnée de ses six enfants et d’autres membres de sa famille.

« Chaque jour il y a des gens comme nous qui arrivent ici. Ils portent le peu de possessions qu’ils ont. Mais il n’y a rien ici pour nous – rien à manger, nulle part où aller, » raconte-t-elle, montrant un bol vide que sa famille a utilisé ce matin pour manger la dernière nourriture qui restait – quelques portions de riz – ainsi que l’ultime réserve d’eau dont la famille disposait.

La Somalie est l’un des quatre pays ou une famine risque de se déclarer. Dans des parties du Soudan du Sud la famine a déjà été déclarée. Nous risquons donc d’être confrontés à la perspective sans précédent de quatre famines simultanées.

Assistance nutritionnelle avec l’aide de l’UNICEF

Dans un centre de santé soutenu par l’UNICEF près de Burao, la deuxième ville de Somaliland, des douzaines de mamans attendent patiemment pour faire vacciner leurs bébés, pour des soins prénataux et d’autres traitements.  Un tableau mural montre la hausse alarmante du nombre d’enfants souffrant de malnutrition modérée et aiguë.

En février, plus de 250 enfants malnutris ont reçu un traitement. Rien que pour la première semaine de mars seulement, 90 enfants ont déjà été traités, un signe que la situation nutritionnelle se détériore rapidement.

© UNICEF/UN056037/Holt
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Les deux enfants de Sara Fara Mohamud ont de la fièvre et souffrent de diarrhée. Elle a réussi à obtenir des médicaments mais pas de nourriture.

« Chaque matin, il y a des enfants malnutris qui sont admis ici. Les cas les plus sévères se trouvent au sein des familles qui ont été forcées de venir vers cette région à cause de la sécheresse, » raconte Dr Hamud Mohamed. Sa clinique fournit un soutien nutritionnel via des programmes financés par l’UNICEF et par le Programme Alimentaire Mondial.

Le traitement inclut l’utilisation de Plumpy’nut, une pâte à base d’arachides, riche en calories et en protéines, pour aider les enfants malnutris à regagner du poids.

© UNICEF/Holt
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Roda Mahamud et sa nièce Ayan, qui n’a pas mangé convenablement depuis des semaines.  Elle est assise avec des centaines d’autres familles. En silence, elle berce sa nièce Ayan, deux ans, qui est pâle et apathique. Elle prend soin de sa nièce puisque la mère de la fille est décédée en couches.  La famille, qui compte 10 enfants, a survécu grâce à des portions occasionnelles de riz et parfois juste grâce à du thé noir.

Les effets de la famine sur les enfants

© UNICEF/UN056038/Holt
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Tirig, six ans, et sa soeur devant leur maison de fortune à Burao. Leur famille a été forcée de quitter leur maison à la recherche d’eau et de nourriture. Tirig n’est jamais allé à l’école et s’occupait des chèvres de sa famille. Mais maintenant elles sont toutes mortes.

La crise de 2011 nous a appris que, même si la nourriture est cruciale, une grande partie des enfants sont décédés de maladies telles que la diarrhée, le choléra, la pneumonie, le paludisme et la rougeole. Ils sont décédés parce qu’ils buvaient des sources d’eau qui ne s’étaient pas asséchées, les mêmes où les animaux s’abreuvent et où des gens défèquent. Aujourd’hui, le choléra constitue une énorme menace. Au cours des deux premiers mois de 2017, le nombre de cas est déjà cinq fois plus élevé qu’au même moment l’année dernière.

Une famine a souvent pour effet d’interrompre l’éducation des enfants. Souvent, leurs parents leur demandent d’aller chercher de nouvelles sources d’eau. Suite à la crise de 2011, beaucoup d’enfants ne sont jamais retournés à l’école et beaucoup d’écoles sont maintenant fermées.  Un tiers des enfants venant des zones touchées par la sécheresse risquent d’abandonner l’école. 30.000 enfants ont déjà quitté l’école à Puntland et à Somaliland – des régions qui n’avaient pas été touchées par la sécheresse de 2011.

L’action de l’UNICEF

© UNICEF/UN053755/Prinsloo
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Pour éviter la mort massive des enfants, nous devons développer une approche intégrée qui englobe la nutrition, l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène, la prévention des maladies et la sécurité alimentaire. L’UNICEF a mis en place les actions suivantes :

  • Un plan d’intervention rapide pour atténuer l’impact de la crise, pour prévenir la perte massive de vies et pour éviter une famine a été implémenté.
  • Nous avons sécurisé l’acheminement de fournitures qui sauveront des vies jusque fin avril. Il s’agit de 85 tonnes de fournitures d’urgence – des kits d’éducation, des médicaments essentiels, des kits pour traiter la diarrhée, des trousses de secours, des trousses de sage-femme et des kits médicaux d’urgence.
  • Nous dépistons et traitons des enfants malnutris dans des centres de stabilisation. L’UNICEF soutient 95 centres de ce type dans toutes les régions.
  • 38 équipes mobiles visitent des centaines de sites pour examiner et traiter les enfants.  En mùars 2017, 9 équipes supplémentaires seront soutenuse par l’UNICEF dans les régions les plus touchées.
  • Nous réhabilitons des puits d’eau.
  • Une campagne d’urgence de vaccination contre le choléra a été lancée le 15 mars 2017 avec comme objectif d’atteindre 450.000 personnes.
  • Des équipes sont sur le terrain pour surveiller le nombre de déplacements, le niveau de malnutrition et le nombre de maladies

En 2011, le financement est venu trop tard – après la déclaration officielle de la famine. Des dizaines de milliers d’enfants ont appris – de la pire façon – ce que ‘trop tard’ veut dire. Cette année, des donateurs se sont mis en action – mais nous n’y sommes pas encore. Il est temps d’agir maintenant. Les enfants les plus vulnérables dépendent de nous. Ensemble, nous pouvons sauver des vies.

Les enfants ont besoin de votre aide