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Soudan du sud : avoir 5 ans dans un pays qui a le même âge

Le 9 juillet 2016, le Soudan du Sud a célébré son cinquième anniversaire. Des dizaines de milliers d’enfants du pays n’ont connu que la violence, la peur et la tourmente pendant la plus grande partie de leur vie.

Qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui d’être enfant au Soudan du Sud, après plus de deux années de guerre civile. Près d’un million d’enfants ont été obligés de quitter leur foyer à cause de la violence. Environ 400 000 enfants ont abandonné l’école en raison des combats et plus d’un tiers d’entre eux sont sous-alimentés. Voici les histoires de six enfants sud-soudanais qui ont cinq ans.

© UNICEF/UNI203954/Everett
© UNICEF/UNI203954/Everett

Gatchang Moet, 5 ans, originaire de Bentiu, sur le site de protection de la population civile de Bentiu.

« Je veux être pilote d’avion », répond Gatchang sans hésitation, debout au milieu de la pièce qu’il partage avec huit membres de sa famille.

Son grand-père raconte que Gatchang est né lors d’une journée particulièrement chaude. Le garçon n’a pas le souvenir d’une période de sa vie sans conflit. Quand Gatchang avait à peine deux ans, sa ville a été détruite quasiment complètement lorsque la guerre civile a éclatée. Sa famille s’est enfuie pour trouver refuge dans le camp de protection de la population civile contrôlé par l’ONU. Il a passé la plus grande partie de sa vie à l’intérieur de ce site extrêmement protégé.

© UNICEF/UNI203953/Everett
© UNICEF/UNI203953/Everett

Madadr Tuok, 5 ans, originaire de Bentiu, à l’école primaire de Lich, sur le site de protection de la population civile de Bentiu.

« Chaque matin, avant d’aller à l’école, ma mère m’aide à boutonner mes vêtements », dit Madadr en montrant fièrement son uniforme.

Son école est l’un des huit établissements soutenus par l’UNICEF sur le site de protection de la population civile. Avec une population de plus de 90 000 personnes, dont plus de 60 % âgé de moins de dix-huit ans, la demande pour aller à l’école est énorme.

Il nous montre un bidon d’huile de cuisine et il poursuit : « Je l’emmène chaque jour avec moi et il me sert de tabouret. Si je m’assois au premier rang, je peux voir le professeur. »

UNICEF/UNI203955/Everett
UNICEF/UNI203955/Everett

Sabri John, 5 ans, de Magwi, à l’extérieur de la maison que loue sa mère à Torit, au Soudan du Sud.

« Mes bottines viennent de Juba », dit Sabri, fier que ses bottines viennent de la capitale du Soudan du Sud, une ville où il ne s’est jamais rendu. « Ma mère a une sœur là-bas et elle travaille dans un hôpital. »

Hadia, 13 ans, est le soutien de la famille de Sabri, qui est composée de six personnes dont deux jumeaux nés il y a six mois.

« En ce moment, nous n’avons pas d’argent pour aller à l’école », dit Rose, la mère de Sabri. « Mais quand les bébés seront un peu plus grands, je retournerai travailler et Sabri pourra aller à l’école. Je veux qu’il fasse des études. Il peut tout faire. Vous voyez, c’est un gentil garçon. »

© UNICEF/UNI203951/Everett
© UNICEF/UNI203951/Everett

Aber Beatrice, 5 ans, et sa mère Ida, dans le restaurant dont sa mère est gérante, à Magri, au Soudan du Sud.

« Je veux devenir médecin », dit Aber. Puis elle ajoute : « Pour aider les gens, ici, à Magri. »

Comme beaucoup d’autres Sud-Soudanais, le père d’Aber a été réfugié en Ouganda durant plusieurs années pendant la guerre civile pour l’indépendance. C’est là-bas qu’il a rencontré son épouse Ida, Ougandaise d’origine. La famille est retournée au Soudan du Sud juste avant l’indépendance. Aber y est né. Avec le revenu provenant du petit restaurant que gère la famille, Ida envoie sa fille à l’école. Elle espère qu’Aber finira ses études secondaires et que, peut-être, elle pourra aller à l’université.

© UNICEF/UNI203956/Everett
© UNICEF/UNI203956/Everett

Susan Andua, 5 ans, à l’extérieur de la maison de sa mère, Florence, à Nimule, au Soudan du Sud.

« Un jour, elle a demandé au professeur ce qui permettait aux avions de voler dans le ciel », dit Florence en riant alors qu’elle entend sa fille dire qu’elle veut devenir pilote. « Son professeur lui a répondu que c’était les gens qui vont pendant longtemps à l’école qui peuvent piloter des avions. C’est à ce moment-là que Susan a décidé qu’elle voulait devenir pilote. »

Seulement 10 % des filles au Soudan du Sud finissent l’école primaire et dans les zones rurales elles se marient le plus souvent avant l’âge de quinze ans. Par conséquent, il y a plus d’adolescentes qui meurent en couches que d’adolescentes qui terminent l’enseignement secondaire.

© UNICEF/UNI203958/Everett
© UNICEF/UNI203958/Everett

Election Lowata, 5 ans, originaire du village de Lomolo, au centre de transit du HCR, à Adjumani, en Ouganda.

« Jamais ! Je n’ai jamais été sur un toboggan auparavant. Mais j’adore ça », dit-elle avant de remonter encore une fois.

Puisqu’elle est née l’année où son pays a acquis l’indépendance, ses parents l’ont fièrement appelée Election. Après deux années de mauvaises récoltes et suite aux vols répétés de leur bétail par des tribus rivales, la famille n’avait plus de choix. Maintenant qu’Election et son pays célèbrent leur cinquième anniversaire, sa famille a été obligée de se rendre en Ouganda, le pays voisin. Le matin suivant son arrivée, Election visite l’espace amis des enfants et sa classe, tous deux soutenus par l’UNICEF. Elle lève déjà la main pour répondre à une question.

« Je pense qu’elle viendra ici tous les jours », dit fièrement son père, Kompeo, en souriant pour la première fois de la semaine.