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Surmonter les traumatismes de guerre grâce aux centres Makani en Jordanie

Pour éviter que les enfants réfugiés syriens vivant en Jordanie ne deviennent une génération perdue, l’UNICEF a ouvert des centres adaptés à leurs besoins au sein des camps de réfugiés et des communautés hôtes : les Makani. Dans ces centres, les enfants peuvent apprendre, dessiner, faire de la musique, pratiquer des sports et confier les épreuves parfois douloureuses subies en Syrie ou les expériences difficiles vécues en Jordanie à des psychologues. Les Makani sont un véritable havre de paix pour des enfants souvent traumatisés par la guerre et la violence.

Des enfants réfugiés syriens dans un centre d’apprentissage Makani à Mafraq, près de la frontière syrienne

La Jordanie accueille 670.000 réfugiés syriens. Parmi eux 334.705 enfants mais seulement 212.000 d’entre eux vont à l’école. Le système scolaire jordanien prend en charge 130.668 enfants syriens via les écoles publiques. Mais de nombreux jeunes syriens en sont exclus par manque de places, parce qu’ils ne sont jamais allés à l’école, parce qu’ils ont manqué trop d’années ou tout simplement parce que leurs familles ne peuvent pas payer leurs frais de transport pour se rendre à l’école. Grâce aux centres Makani, ils ont la possibilité d’avoir accès à un enseignement informel.

Makani – “Je suis en sécurité, j’apprends et je me fais des amis”

Les centres Makani de l’UNICEF (“mon espace” en arabe) sont des centres d’apprentissage qui s’adressent à des enfants très difficiles à atteindre ou qui n’ont accès à aucune forme d’enseignement.

Ils sont un endroit sûr où des enfants vulnérables, qu’ils soient syriens et réfugiés ou jordaniens, seront préservés de l’obligation et du risque de travailler ou de se marier. Ils y apprennent à lire, à écrire, à calculer à développer des compétences de vie, à participer à des laboratoires d’innovation, … et se préparent ainsi petit à petit à rejoindre le système d’éducation public. Les enfants apprennent aussi à renforcer leur résistance morale, à acquérir de la confiance en eux et prennent connaissance de leurs droits.

Certains bénéficient d’une aide psychologique. Beaucoup d’enfants souffrent en effet de traumatismes de guerre. Grâce au sport, au théâtre, à la danse, à la musique, au bricolage, ils peuvent exprimer leurs émotions. Lorsqu’il s’agit de traumatismes plus sévères, une aide psychologique individuelle est proposée.

L’UNICEF et ses partenaires ont pu aménager en très peu de temps plus de 235 centres en Jordanie, aussi bien dans les camps de réfugiés que dans les communautés hôtes. Nous avons formé des collaborateurs syriens sur place qui sont maintenant en mesure de créer et de développer eux-mêmes ces centres. Les Makani accueillent pour l’instant 149.771 enfants.
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Rencontre avec quelques-uns des enfants des Makani

Hala, 9 ans, et Anas, 11 ans, se font des amis au centre Makani

Hala, 9 ans, adore le chant, la danse et la poésie auxquels elle peut s’adonner dans le centre Makani soutenu par l’UNICEF à Jerash (Jordanie). Elle et son frère Anas, 11 ans, sont originaires de Damas et vivent depuis 6ans en Jordanie comme réfugiés.

“Il y a tant de choses agréables à faire ici,” raconte Anas. “J’aime beaucoup chanter des chansons traditionnelles de Syrie et de Jordanie. Aujourd’hui, je chante une chanson de mon pays. Elle me fait penser à ma Syrie natale. »

« Nous apprenons à jouer dans le centre. C’est super. Car chaque jeu nous apprend quelque chose,” raconte Hala. “J’adore dessiner. Quand je fais cela, j’ai impression d’être à la maison. »

Hala porte une magnifique tunique qu’elle a ramenée de Syrie. C’est son père qui l’a confectionnée.  “J’étais hyper contente lorsqu’il me l’a montrée. Je suis très fière de mon papa !”

« Lorsque nous sommes arrivés ici en Jordanie, nous nous sentions mal. Mais à présent, nous avons des amis,” raconte Anas. “Dans les centres Makani, on se sent comme à la maison. J’ai l’impression d’avoir un tas de frères et de sœurs ici. »

Zahra, 14 ans, donne une orientation positive à sa vie grâce au théâtre

Zahra, 14 ans, est réfugiée syrienne. Elle habitait à Homs.  Maintenant elle vit à Mafraq, en Jordanie. Elle fréquente un centre d’apprentissage Makani et a rejoint la troupe de théâtre qui s’est constituée dans le centre. Leurs représentations abordent la violence et les difficultés qu’éprouvent les jeunes et leurs familles qui ont tout laissé derrière eux après des années de guerre en Syrie.

La troupe se réunit chaque semaine. Mafraq est une ville sûre mais les conditions de vie y sont particulièrement difficiles. La plupart des personnes qui ont fui la Syrie et qui s’y sont établies ont perdu toutes leurs possessions à cause de la guerre et sont encore très éprouvées tant physiquement qu’émotionnellement par ce qu’elles ont vécues. Ce qui leur est arrivé, personne – adulte ou enfant – ne devrait jamais avoir à le subir.

L’une des représentations que donne la troupe traite de la gestion de la violence sous toutes ses formes, à la maison, à l’école et au sein de la communauté. Pour les jeunes, c’est une manière de changer positivement leur vie et celle des autres aussi.

Nour, 9 ans, a recours à la musique pour dépasser certaines expériences traumatisantes vécues

© UNICEF/UN0206365/Herwig

Nour suit des cours de musique dans un centre Makani au sein du camp de réfugiés d’Azraq. Le programme “Musiqati”, dont elle fait partie, aide les enfants à surmonter certaines expériences traumatisantes et à exprimer leurs sentiments via la musique. Le projet contribue à renforcer la cohésion sociale entre les enfants réfugiés syriens et leurs familles.

“On fait de tout ici. De la batterie, du piano,” explique Nour, 9 ans. “J’adore le xylophone. Cet instrument me fait du bien.”

Grâce à cette musicothérapie, les enfants ont la possibilité de partager leurs émotions de manière créative : avec des mots, des harmonies, des rythmes et des mélodies. Des facilitateurs, des enseignants et des parents observent un changement positif et un bien-être émotionnel dans le comportement des enfants. Leurs capacités de concentration s’améliorent, ils ont davantage confiance en eux et prennent plus facilement des décisions.

Zana, 8 ans et Aia, 7ans, suivent des activités pédagogiques dans un centre Makani

Aia, 7 ans, est assise à côté de sa sœur Zana, 8 ans, durant le cours d’arabe.

“ Ici je peux jouer et c’est super,” raconte Aia. “Je joue aussi au football. Et je lis. Mon histoire préférée est celle qui parle de neige et d’animaux. Il y a un tiroir dans la classe où notre « institutrice » rassemble tous les livres. Elle nous en lit beaucoup. ”

“ C’est formidable de pouvoir étudier ici,” raconte Zana. “J’arrête l’école à 11h30 et puis je viens ici. J’apprends les mathématiques, l’anglais et l’arabe. Cela m’aide à améliorer ma moyenne. J’adore apprendre. Plus tard, je veux être médecin et guérir les gens malades. “

« Nous jouons ensemble,” ajoute Zana, qui est en classe de deuxième. Sa sœur cadette en en 1re. « A l’école, c’est différent. Ici, nous pouvons peindre et utiliser toutes les couleurs que nous souhaitons. Plus tard, je souhaiterais devenir artiste. Je peindrai des choses qui me plaisent vraiment comme les poissons dans la mer. Je ne suis pas encore allée à la mer. Mais j’aimerais tellement la voir. La mer est bleue, elle contient des poissons, des pieuvres, etc. Et les gens nagent dedans. »

« Je suis toujours heureuse de venir dans le centre Makani, » raconte Aia. Sa sœur aînée abonde dans son sens : « C’est fantastique d’être ici ! ».

Ce cri du cœur est celui d’une enfance heureuse ou en tous cas d’une enfance qui l’est redevenue. Jamais rien ne devrait interrompre la bonne marche de cette étape essentielle de la vie pour construire les êtres humains. Nous y veillons parce que l’humanité, notre bien le plus précieux, se construit et se transmet chaque jour. Les centres Makani sont un relais important dans ce processus de transmission des valeurs humaines.

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