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Un no man’s land où les enfants migrants sont devenus nobody’s problem

De plus en plus d’enfants migrants sont refoulés vers le Niger en raison des politiques migratoires toujours plus strictes des pays d’Europe et d’Afrique du Nord. Ces enfants encourent d’importants risques et doivent bénéficier d’urgence d’une protection.

Un enfant dans le quartier dit du « Ghetto » à Agadez. – © UNICEF/UN0209714/Gilbertson VII Photo

Soleil de plomb. Vent sec. Poussière. Températures avoisinant les 45° C. Si la brûlante région d’Agadez est surtout connue pour ses mines de sel et d’uranium, elle est considérée aujourd’hui comme la dernière halte des migrants et des réfugiés avant le grand départ (clandestin) vers l’Europe, l’Algérie ou la Libye.

Vue sur Agadez et sur le Sahara – © UNICEF/UN0209729/Gilbertson VII Photo

Il était une fois … Agadez, capitale de l’émigration en Afrique. Agadez, point de convergence de populations en quête de nouveaux établissements et centre d’affaires pour trafiquants de tous bords. Agadez, vaste hall de départ où foisonnent une multitude de petits commerces vendant châles et lunettes solaires – les accessoires indispensables pour entreprendre le grand voyage. Agadez, enfin, caravansérail où les trafiquants d’êtres humains attendent littéralement la marchandise devant des autorités souvent complaisantes.

La grande mosquée d’Agadez, Niger – © UNICEF/UN0209672/Gilbertson VII Photo

Maintenant que l’Europe et l’Afrique du Nord ont renforcé leurs frontières et fermé leurs ports pour contenir l’immigration dans certaines limites, Agadez et ses alentours sont devenus en quelque sorte la nouvelle frontière méridionale de l’Europe.

Dan Adler, un ancien trafiquant qui a vu son commerce lucratif se tarir lorsque l’immigration vers l’Europe a subi un vent contraire, nous raconte :

« Il y a tant de routes possibles … et pour chacune d’elles autant de vies qui s’arrêtent en chemin. Car si votre GPS vous lâche, dites-vous bien que vous êtes cuit ! Impossible de s’en sortir. »

En mer au moins, vous avez les garde-côtes. Ici, pas une voile en vue, en revanche. Juste un immense océan de sable.

Un centre de transit pour migrants que l’on renverra d’Algérie vers Agadez, Niger. © UNICEF/UN0209663/Gilbertson VII Photo

Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde. Il subit la politique ‘loin des yeux, loin du cœur’ pratiquée par des pays pour qui la migration est « le problème des autres ». Ce sont les enfants qui paient le plus lourd tribut à cette politique de la « patate chaude » étant donné que les services pour assurer leur protection sont quasi inexistants.

Des femmes et des enfants dans une tente d’un centre de transit pour migrants à Agadez. Ils viennent d’être expulsés d’Algérie.

Les équipes de l’UNICEF ont rencontré plusieurs femmes avec des enfants en bas âge dont un nouveau-né, qui ont échoué au Niger. La plupart avaient accompli des distances énormes à pied, dans une chaleur extrême, sans abri, sans eau ou presque.

Au moins un tiers des 500 personnes qui arrivent chaque jour ici, sont des enfants. On ne connaît pas les chiffres exacts mais ils sont probablement sous-estimés parce que beaucoup d’enfants ne sont pas enregistrés. Bon nombre sont épuisés et doivent faire face à des violences.

Arouna Nouhou, a 11 ans. Elle vit dans un centre de transit à Agadez avec des migrants, femmes et enfants expulsés d’Algérie. – © UNICEF/UN0209664/Gilbertson VII Photo

Arouna Nouhou, 11 ans, originaire d’Arlit, Niger, est l’une d’entre eux. Arouna a été renvoyée chez elle par la manière forte depuis l’Algérie. Sa maman raconte que depuis cet épisode malheureux, elle refuse de parler et de manger. Elle est fortement traumatisée suite aux problèmes rencontrés avec les autorités algériennes alors qu’elle pratiquait la mendicité et marquée par la violence de son expulsion.

Trois agences des Nations unies – l’UNHCR, l’IOM et l’UNICEF – ont renforcé leurs activités d’accueil et de protection au Niger mais trop de personnes passent encore au travers des mailles du filet.

© UNICEF/UN0209685/Gilbertson VII Photo

“Nous assistons à une augmentation importante du nombre d’enfants non-accompagnés. Ils empruntent des routes où il est impossible de les suivre et qui sont assez dangereuses, » explique Dan Rono, spécialiste de la protection à l’UNICEF. « Pour un adulte, il s’agit déjà d’une épreuve, alors imaginez pour un enfant de 11 ans ! »

Beaucoup d’enfants sur la route vers la Libye et en Libye même sont victimes du trafic d’êtres humains, d’exploitation, de violences ou de détentions arbitraires. Trop peu de mesures de protection existent pour préserver les enfants qui voyagent d’un pays à un autre de tous les dangers qui les guettent.

Moussa Ab Babikir, 10 ans, est l’un de ces enfants qui viennent grossir les statistiques. Il est parti tout seul du Soudan pour fuir la guerre. Il n’a pas averti ses parents de son départ. Il espérait atteindre la Libye et y trouver du travail. A son arrivée, il a été kidnappé et forcé de travailler. Tout ce dont il rêve c’est d’avoir une vie tranquille et de pouvoir aller à l’école.

Que fait l’UNICEF?

Un jeune garçon dans une école communautaire soutenue par l’UNICEF à Agadez, Niger – © UNICEF/UN0209676/Gilbertson VII Photo

  • L’UNICEF met tout en œuvre pour réunir des familles dont les membres ont été séparés, pour donner accès à l’école aux enfants et les faire bénéficier des services sociaux les plus élémentaires.
  • L’UNHCR, l’IOM et l’UNICEF collaborent avec les autorités au Niger afin de réunir à nouveau des enfants avec leur famille, soutiennent les recherches pour trouver des lieux d’accueil sécurisés dans d’autres pays pour les enfants évacués depuis la Libye et apportent une aide psychosociale aux enfants traumatisés.
  • Au cours des prochains mois, l’UNICEF créera des centres ambulants où des enfants voyageant seuls, des enfants ayant perdu la trace de leurs parents en chemin, des familles vulnérables pourront obtenir de l’aide. Là, ils pourront aussi avoir accès à des services de base, à des soins médicaux et essayer de reprendre contact avec leur famille.

L’UNICEF demande une aide supplémentaire pour ces enfants

Daoussiya (en rouge) retrouve sa maman (en jaune) après s’être rendue en Algérie – contre la volonté de sa mère – pour y mendier avec son papa. – © UNICEF/UN0209724/Gilbertson VII Photo

L’UNICEF demande que certaines mesures soient prises afin de garantir la sécurité de ces enfants :

  • Protection des enfants migrants et réfugiés au-delà des frontières
  • Attention accrue des autorités aux frontières quant aux enfants vulnérables
  • Accès des enfants à la santé, à l’éducation et à une prise en charge adaptée.
  • Traitement des causes principales poussant les enfants à migrer telles que la pauvreté, la violence et le manque d’accès à l’éducation.

‘Les enfants qui échouent au Niger ont non seulement besoin d’une prise en charge urgente mais aussi d’un soutien à plus long terme’, déclare Ted Chaiban, le responsable de l’UNICEF sur place. ‘Ils doivent bénéficier d’informations suffisantes pour effectuer les bons choix et ils ont besoin d’aide pour rentrer éventuellement chez eux ou pour gagner un autre pays. Pour les enfants qui n’ont pas la possibilité de rentrer chez eux, il est nécessaire d’identifier un autre pays ou un autre endroit. Tous ces enfants qui sont arrivés ici attendent désespérément que nous leur fournissions une solution durable.’

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