Une famille syrienne prend un nouveau départ à Berlin

“Nous avons immortalisé chaque endroit où nous sommes passés en le photographiant”, raconte Amira Raslan, une jeune syrienne de 26 ans, qui vit aujourd’hui avec sa famille à Berlin. “A chaque fois que nous traversions une frontière, nous nous disions, Cool ! On est dans un autre pays. ‘Photo !’ “ Nous ne voulions pas que notre voyage ressemble à une fuite mais plutôt à une excursion de type familiale.”

Les Raslans ont fui Homs en Syrie en 2012, lorsque la ligne de front s’est déplacée jusque dans le quartier où ils habitaient. Des blindés circulaient dans les rues, suivis de patrouilles de soldats. “Ils allaient de maison en maison pour tuer les habitants. Des jeunes filles se sont fait violer devant leurs proches,” se souvient Amira.

“Nous sommes partis au pied levé, sans rien emporter, pas même un vêtement de rechange.”

La famille est arrivée en Allemagne en décembre 2015, après deux ans passés dans un camp de réfugiés du Liban et après avoir entrepris une traversée très périlleuse en bateau pour rejoindre la Grèce. Là, ils ont d’abord trouvé refuge dans une école transformée en centre d’accueil.  Maintenant, ils séjournent dans le centre Marienfelde, un bâtiment construit en 1953 pour accueillir les personnes qui fuyaient l’Allemagne de l’Est. Depuis 2015, il sert à accueillir des réfugiés, originaires principalement de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan.

Retour à l’école

Lorsqu’ils sont arrivés en Allemagne, les Raslan ont eu du mal à trouver une école pour leurs enfants. Mais il y a un an, la chance a tourné et les jumeaux Jannat et Amr, 8 ans, ont pu être scolarisés. Karam, le cadet qui a 5 ans, fréquente depuis peu l’école maternelle.

“Nous sommes arrivés ici en famille, pour prendre un nouveau départ dans la vie et pour participer à la culture allemande,” explique Amira.

La route

En chemin, la famille a pris de nombreux clichés. “Nos deux garçons avaient peur des policiers et des soldats,” raconte-t-elle à voix basse pour ne pas perturber ses enfants qui se tiennent à proximité. “Lorsque nous en rencontrions sur notre route, nous racontions aux enfants qu’ils étaient là pour nous protéger et nous prenions des photos d’eux avec les petits.”

“J’avais plus de 2.000 photos à la fin,” raconte Khaled, le mari de 34 ans. “J’avais des photos des enfants lorsque nous étions en Syrie, puis dans le camp au Liban, dans le bateau vers la Grèce et enfin de notre voyage ici en Allemagne.”

Dans le chaos propre à la crise des réfugiés, Khaled a perdu son téléphone en 2015 juste au moment où ils sont arrivés. “J’avais encore un compte Instagram,” raconte Khaled. “Maintenant, j’y poste toutes mes photos. Comme cela, même si je perds mon téléphone ou si on me le vole, mes photos sont sauvegardées. C’est comme si j’avais un album photo. Ce sont des souvenirs précieux que je veux conserver.”

Khaled fait défiler ses photos sur son smartphone et remonte aux plus anciennes.

“Regardez. Notre fils Karam n’est pas totalement comme les autres enfants,” dit-il. “Il est né avec un handicap. Il ne pouvait pas marcher. On l’a déjà opéré deux fois. J’ai appris toutes les techniques thérapeutiques, depuis le massage jusqu’à la physiothérapie. Je les ai appliquées pendant trois ans et demi jusqu’au moment où il a enfin su marcher. »

« Il était si heureux sur cette photo. Ce fut un tournant dans notre vie lorsqu’il s’est mis enfin à marcher et à courir. La main et les gouttes d’eau sur la photo sont comme un symbole qui nous permet d’effacer le passé au profit d’une vie nouvelle.”

« Ces photos symbolisent l’époque d’avant-guerre, même si elles ont été prises ici à Berlin. C’est ainsi je me représentais les enfants avant que la violence ne commence,” raconte Khaled. A cette époque, nous vivions encore dans le centre d’accueil. Nous faisions des promenades dans le parc. C’était la première fois que les enfants jouaient sans vraiment éprouver d’angoisse ici en Allemagne. Il leur a fallu trois mois pour retrouver la sérénité.Les enfants Raslan se sont adaptés à leur nouvelle vie. Ils sont tous les trois devenus bien plus sociables avec leurs amis et leur famille. “Ils ont retrouvé la joie de vivre. Ils rencontrent d’autres personnes. C’est une autre vie pour eux.,” explique leur maman. Lorsqu’ils voient des policiers dans la rue, ils les saluent. Finie la peur de l’uniforme.  »

Ce fut surtout Amr qui connut des problèmes psychologiques l’année dernière lorsqu’il se rappelait la violence en Syrie. Après plus d’un an à l’école et de nombreuses conversations avec ses parents, il a retrouvé progressivement le sourire.

Pendant qu’Amira et Khaled parcourent leur album photo sur le téléphone de Khaled, ils reçoivent un message via WhatsApp. C’est une vidéo du frère de Khaled, qui est encore en Syrie. Il vit dans leur appartement à Homs. La vidéo montre l’état actuel de l’appartement : il n’y a plus rien.

Des photos suivent. Elles montrent le bâtiment de l’extérieur, la rue, … Les mots manquent à Khaled pendant qu’Amira demeure figée.

« Si nous voulions retourner, nous aurions besoin de 30.000 € pour remettre notre flat en état », explique Khaled. “Lorsque je vois mon appartement, mon quartier et la rue où nous vivions, je ne vois que ruines et désolation.” Khaled essaie de voir cela rationnellement mais les larmes lui viennent. Il est préoccupé et craint que le statut de réfugiés de sa famille ne leur soit retiré et qu’ils soient tous expulsés vers la Syrie. Même s’ils se sont adaptés très rapidement à la société allemande, rien n’est encore certain pour eux.

Les nouvelles photos qu’ils viennent de recevoir de Homs n’auront pas leur place dans leur album. Celui-ci est réservé aux souvenirs heureux dont ils veulent se souvenir. Comme cette première fois où les enfants ont joué dans la neige en Allemagne, les fêtes d’anniversaire, …

« Ce qui rend notre famille spéciale, c’est qu’elle a de l’ambition et que nous voyons toujours le bon côté des choses,” raconte Amira. “Nous vivons mieux qu’avant, et cela ne peut aller qu’en s’améliorant.”

Lisez davantage sur les expériences vécues par la famille Raslan après sa fuite de Syrie et avant qu’elle ne s’établisse en Allemagne.

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Toutes les photos par Ashley Gilbertson / VII Photo pour l’UNICEF